Orient express

ORIENT EXPRESS - Hard revenge Milly

13 juin 2010 | Par : Seb Lecocq

L’enfer commence ici

L’oeuvre

Le dyptique Hard Revenge Milly (Hard Revenge Milly et Hard Revenge Milly : Bloody battle) est un nouvel exemple de la vivacité du cinéma d’exploitation vidéo nippon. Une fois de plus, nous nous trouvons face à une paire d’œuvres à la cheapitude inversement proportionnelle à la qualité purement cinématographique. En effet, V-cinéma oblige, la production bénéficie d’un micro budget dont le moindre yen est rentabilisé et exploité au maximum de ses capacités. Autre élément essentiel de ce genre de production : la petite pépée « qui en a dans le pantalon ». Cette fois c’est Miki Mizuno, star de la télé locale qui s’y colle, et c’est peu dire que la belle « en a » autre part que dans le pantalon. Les nippophiles avaient déjà pu la voir dans Gamera II et le récent épisode de la saga Sasori (La Femme Scorpion popularisée par Meiko Kaji dans les seventies) : Sasori : Prisoner 701. Au niveau de l’intrigue, le dytique de Takanori Tsujimoto reste bien dans les clous en narrant une histoire de vengeance marchant sur les traces du Mad Max de George Miller. Bloody Battle, sa suite, se rapproche plus d’une version upgradée du premier film que d’une véritable séquelle.

Success storiz

Rien ne prédestinait Hard Revenge Milly à sortir un jour des frontières nipponnes. Pourtant le film, et sa suite, bénéficiant de l’engouement de tous les fans d’horreur envers la Nouvelle Vague du Gore japonais, fut projeté dans divers festival occidentaux dont le festival Fantasia 2009 et le BIFFF 2010. Soyons honnêtes, le film de Tsujimoto ne connut pas le même retentissement que ses collègues Machine Girl, Tokyo Gore Police ou Meatball Machine, toutefois ceux qui les ont vus en ont eu pour leur argent, tant les films réunissent tous les ingrédients habituels du genre : baston, flingues, bad motherfuckers et donzelle badass avide de revanche. Le film s’est contenté de ses quelques apparitions sur grand écran et d’une sortie dvd en Angleterre qui restera à coup sûr la seule disponible en Europe. Malgré ça, au Japon, le film est très apprécié et respecté grâce surtout à la participation de Miki Mizuno, très connue dans l’archipel. Elle apporte donc une véritable valeur ajoutée au double programme nippon. Bloody Battle a d’ailleurs été mis en chantier suite au succès vidéo du premier film

Asian star

Le réalisateur des deux films, Takanori Tsujimoto est un tout jeune réalisateur ayant débuté sa carrière en 2002 avec Killers. Issu du milieu de la publicité, comme nombre de ses collègues réalisateurs, il se fait connaître avec Hard Revenge Milly, démarcation féminine de Mad Max, et sa suite, sur lesquels, outre la mise en scène, il s’occupe aussi du scénario, de la direction photo et de la chorégraphie des combats. Il participe aussi au film à sketches, tiré du « Tachuiguishi » de Mamoru Oshii, entouré de cinq autres metteurs en scène, dont Oshii lui-même. Tsujimoto y signera le segment « Two Guns ». Dernièrement, il participa à un autre film à sketches, Kill, au côté de Mamoru Oshii toujours, de Minoru Tahara et de Kenta Fukasaku. Tsujimoto s’est occupé du segment nommé « Kiriko »

Chinopsis

Dans un futur proche, la violence règne en maitre dans la ville de Yokohama. Dans le quartier d’Aoba, devenu un désert, les gangs font la loi sur une population de plus en plus réduite. Là, Milly est battue et laissée pour morte tandis que son mari et leur bébé sont sauvagement tués. Milly, qui s’est entre-temps construit un nouveau corps cybernétique décide de se venger et de tuer les coupables : les redoutables Jack Brothers. Dos au mur, elle n’a plus que la vengeance à l’esprit.

Hard Revenge Milly : Bloody Battle voit Milly, débarrassée des Jack Brothers, venir en aide à une jeune fille dont le petit ami a été atrocement torturé et tué quelques années plus tôt. Trouvant une résonance personnelle dans l’histoire de cette jeune fille, Milly va accepter de lui venir en aide et part à la recherche des coupables afin de leur fin sentir le goût amer de la vengeance.

Nippon, ni mauvais ?

Le premier film débute par une courte introduction présentant les faits et l’endroit dans lequel se déroule l’intrigue : un Japon futuriste devenu une vaste étendue désertique et qui n’est pas sans rappeler le Paris du Dernier Combat de Luc Besson. On y voit LE plan emblématique du style : un corps coupé en deux dans le sens de la longueur laissant entrevoir la figure vengeresse, regard plus froid que la glace et lame au poing. Cette fois, cette figure est incarnée par Milly, jolie demoiselle laissée pour morte par un gang de sales types. Passé cette intro pétaradante, le film, malgré sa très courte durée, 44 minutes seulement, prend le temps de poser son personnage, dont le corps est maintenant une arme grâce à plusieurs lames judicieusement dissimulées et intégrées à sa constitution. Les raisons de son courroux sont vagues et seront dévoilées petit à petit via plusieurs flashbacks un peu à la façon d’Il Etait Une Fois Dans l’Ouest. Voilà le décor et les bases posées, place maintenant à la vengeance qui occupe, on s’en doute, une bonne partie du film.

Contrairement à Noboru Iguchi ou Naoyuki Tomomatsu, Tsujimoto ne se départit jamais de son premier degré. Point de trace d’humour non-sensique ou burlesque ici. Point de trace d’humour du tout d’ailleurs. S’inspirant d’œuvres comme Mad Max, Thriller ou La Femme Scorpion, le réalisateur nippon en adopte un sérieux presque papal et la violence sèche même si, rassurez-vous, de par son pitch, Hard Revenge et sa suite ne sont pour autant pas avares en débordements gore et tsunamis d’hémoglobine. Décapitations et démembrements sont donc bien présents, projetant comme à chaque fois ses geysers de sang presque ininterrompus. Scénaristiquement parlant, et compte tenu de sa courte durée, Hard Revenge Milly est d’une précision et d’une concision bienvenues. Concis et logiquement amené, chaque événement s’enchaîne parfaitement, légitimant la quête vengeresse de Milly. Les flashbacks s’insèrent d’ailleurs avec beaucoup d’à-propos, laissant entrevoir le pourquoi de cette fuite en avant dans la violence. Contrairement à la majeure partie des films du style, la violence de Hard Revenge Milly possède un côté vraiment dérangeant, notamment lors de plusieurs scènes durant lesquelles des personnages, dont le bébé de Milly, sont brulés vifs. Une façon de légitimer les actes brutaux et barbares de son héroïne. D’ailleurs, sans en dévoiler toute la teneur, je suis obligé de vous parler de la scène finale du premier film qui voit le grand méchant finir en carré de viande pour brochettes, grillées façon barbecue. Une scène qui, à tous les coups, entrera dans les annales du genre. D’ailleurs, regardez bien le film jusqu’au bout car une petite surprise se dissimule en fin de générique.

Après la belle réussite d’Hard Revenge Milly, on attendait beaucoup de sa suite : Bloody Battle. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’éprouver une légère déception lors de la vision de celle-ci. Le film, plus long de près de trente minutes, s’apparente davantage à un remake déguisé qu’à une véritable suite. Le début du film est pourtant très prometteur mais après un démarrage sur les chapeaux de roues et une belle prolongation de l’univers du premier film, Bloody Battle s’enlise quelque peu dans de longues scènes dialoguées, approfondissant les relations entre Milly et certains personnages secondaires brièvement aperçus dans l’œuvre précédente. Le tout n’est pas inintéressant pour qui a aimé le premier film mais, ce qui faisait justement sa force était sa concision et la part de mystère que laissait planer cette femme vengeresse froide comme l’acier. Il faut aussi avouer que Hary, la jeune fille que Milly va prendre sous son aile, est moins charismatique que l’excellente Miki Mizuno.

D’un autre côté, malgré certaines longueurs, Bloody Battle fait montre d’une belle inventivité et d’une meilleure mise en scène, plus fluide et plus travaillée. La violence est toujours présente et a subi un petit lifting elle aussi. Riche d’un budget plus conséquent mais toujours microscopique malgré tout, les effets spéciaux sont plus fouillés et plus présents à l’écran accentuant le côté ouvertement gore de cette épisode. L’arsenal montré à l’écran est lui aussi plus riche. On sent que le réalisateur a pris du plaisir à imaginer un tas d’armes aussi redoutables qu’improbables. Niveau violence, le doute n’est pas permis : on est bien dans la logique bigger, louder, stronger de la suite. Le seul problème de cet épisode vient de son rythme inconstant qui affaiblit la portée de la violence et l’impact de cette nouvelle quête de vengeance. Pourtant, malgré les petits flottements de mi-métrage, le dernier tiers du film nous gratifie d’un déferlement de bastons et de violence quasiment ininterrompu, nous faisant découvrir le véritable lien unissant les deux héroïnes ainsi que le nouvel arsenal interne de Milly. Bref, Hard Revenge Milly Bloody Battle, sans être décevant, ne tient pas toutes ses promesses en comparaison de son grand frère. Toutefois, le dyptique signé Tsujimoto mérite amplement la vision et comblera les fans de gore attitude, de jolies petites pépées et de lames tranchantes.

Disponibilité

Comme souvent dans cette rubrique, le film en question n’est disponible ni en France ni en en Belgique mais rassurez-vous, il existe une très bonne édition zone 2 anglaise comportant les deux films en vosta, un making of de chacun des films et quelques autres petit bonus bien sympathiques. La galette est disponible chez 4DigitalMedia dans sa collection 4DigitalAsia.

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