Orient express

ORIENT EXPRESS - Future cops

30 septembre 2009 | Par : Seb Lecocq

Sonic Boom

L’œuvre

Future Cops est l’exemple parfait du cinéma hongkongais risque-tout, sans limites ni frontières. Les réalisateurs de l’ex-colonie n’ont jamais craint de mixer tous les genres du spectre cinématographique dans une seule œuvre d’une heure et demi à peine. Sous ses atours de comédie policière d’action, on peut trouver dans le présent métrage des traces de comédie, d’action, de science-fiction, d’arts martiaux, de cosplay, d’adaptation de jeux vidéo, de soft porn, de romance, de fantastique et d’actioner bourrin. Future Cops met en scène les personnages du célèbre jeu vidéo Street Fighter, devenus flics (pour les gentils) ou voyous (pour les méchants) dans une société futuriste gouvernée d’une main de fer par le redoutable Bison. Oui on peut donc dire que Future Cops est la meilleure adaptation de Street Fighter jamais tournée, voire même la meilleure adaptation de jeux vidéo jamais réalisée. Mais, ne s’en tenir qu’à cette seule donnée reviendrait à en réduire la portée, tant le film constitue une œuvre bien plus riche et audacieuse que la simple transposition d’un videogame cultissime dans le monde entier.

Success Storiz

Comme toute adaptation vidéo ludique qui se respecte, Future Cops est, à la base, une opération purement mercantile et opportuniste. Ce qui fait la différence entre une bonne et mauvaise adaptation, c’est avant toute chose la personne derrière le projet. En l’occurrence, il s’agit ici de Wong Jin, roi de la comédie putassière et opportuniste.

Baser un projet sur les personnages d’un des jeux les plus vendus dans le monde est un gage de réussite financière et de plébiscite public. Quand on ajoute à cette manne financière un casting all stars, c’est le carton assuré. Future Cops mêle habilement stars du cinéma, de la chanson, de la comédie et du film d’action, le tout chapeauté par un réalisateur au sommet de son art et un producteur passé docteur ès projets qui éclatent le box office. Qui dit succès en salles sur le marché local, dit intérêts sans bornes de la grande famille asiatophile. Ajoutez à cela la famille des gamers et des aventuriers du cinéma et vous avez une œuvre qui acquiert un statut culte auprès de ces deux castes ô combien influentes, cinématographiquement parlant.

Chinopsis

En 2043, le Général Bison, roi de la ville est fait prisonnier et est sur le point de se faire condamner à la réclusion à perpétuité par un avocat sans peurs et sans reproches. Inquiet pour son organisation et sa propre mainmise sur le crime, le Général Bison envoie ses hommes dans le passé et leur confie la mission d’assassiner le juge qui le présidera lors de son procès. Alertés, les policiers envoient eux aussi une escouade d’élite dans le but de le protéger. Mais bien vite les ennuis et les quiproquos ne tardent pas à succéder aux bastons.

Asian Star

Toutes proportions gardées, pour le public occidental ne connaissant pas son travail, on pourrait comparer Wong Jin à un improbable croisement entre Tinto Brass, Steven Spielberg, Jerry Bruckheimer et Stephen Chow. Soit un scénariste, producteur, réalisateur enquillant les succès comme d’autres les perles. Bien que classé parmi les réalisateurs les plus rentables et les plus appréciés du public, il est constamment vilipendé par la critique locale bien que reconnu par ses pairs comme un excellent technicien. Mais il faut bien avouer que Wong Jin ne fait pas partie du top 10 des meilleurs réalisateurs hongkongais. Cependant, son influence sur l’industrie toute entière est sans égal à Hong Kong. On lui doit nombre de films et franchises ayant amassé les dollars sur le territoire et à l’étranger. A son actif, on compte, entre autres, Romancing Star 1&2, la série des God of Gambler (3 films), Royal Tramp (2 épisodes), Fight Back To School (3 tomes) et Sixty Million Dollar Man, tous avec Stephen Chow. On lui doit aussi la célèbre saga des Raped By Angel ainsi que toute une tripotée de films de gambling ou de triades. Son style se caractérise par un cocktail d’action, de comédie vulgaire et sous la ceinture et d’érotisme larvé racoleur. La recette du succès en somme.

Nippon, ni mauvais ?

La verve et la vivacité du cinéma hongkongais pré-1997 n’est plus à prouver. Jusqu’à cette date, le cinéma de l’ex-colonie était le plus inventif et le plus permissif qu’on ait connu depuis que les Frères Lumière eurent l’idée de filmer leurs employés, éreintés après une longue journée de travail. On l’a vu avec notamment l’essor de la catégorie III, véritable oasis créative pour les cinéaste mis à mal par le circuit et l’industrie traditionnels. S’il n’officie que rarement dans la cat3, Wong Jin s’en inspire fortement tout au long de sa carrière. Il en reprend les ingrédients majeurs (sexe soft, violence et rythme débridé) en ôtant toute la portée politique et contestataire des films pour n’en conserver que le côté racoleur. Et le résultat ne se fait pas attendre, le public se rue dans les salles et les productions Wong Jin caracolent en tête du box-office local. Si le principe est contestable (encore que les cinéastes qui ne travaillent que pour l’amour de l’art et du travail bien fait sont une espèce en voie de disparition), la réussite est là et Jing parvient à sortir quelques franches réussites artistiques de sa botte. L’une de ces réussites est le film qui nous intéresse aujourd’hui : le joyeusement bordélique Future Cops.

Le pari de sa lancer dans une nouvelle « adaptation » de Street Fighter, était en soi sacrément couillu. Mais alors, parvenir à transformer le jeu de baston le plus célèbre de l’histoire en comédie fantastique, demandait une sacrée paire dans le calcif. Ca tombe bien, c’est exactement le cas du père Jing qui cette fois encore ne recule devant rien pour imprimer sur pellicule ses fantasmes les plus fous. A Hong Kong, si le pétrole fait défaut, les diées pour combler cette absence foisonnent. Un tel projet serait impossible à mettre en chantier aujourd’hui en Occident. A l’heure d’internet où les fans (ou devrais-je dire les ayatollahs) se disputent des heures durant sur la texture des lunettes de Clark Kent ou la taille du S sur le costume de son alter égo, leur faire avaler que Blanka sera simplement joué par…un ballon de plage provoquerait chez eux plus qu’une attaque cardiaque. Pourtant Wong Jing s’en contrefout royalement et lors de sa célèbre attaque roulée, remplace l’un des plus éminents personnages par un ballon de plage orange et vert. Coût de l’opération : 3$ chez le marchand de jouets du coin pour un résultat supérieur à n’importe quel horrible effet CGI un million de fois plus onéreux.

Mais le véritable coup de force du réalisateur/producteur est de réunir une brochette de stars sur un pareil projet. Le casting provoque ces fourmillements dans le caleçon de n’importe quel asiatophile digne de ce nom. Au menu donc Andy Lau (Vega), Jacky Cheung (Guyle), Aaron Kwok (Ryu), Simon Yam (Dhalsim), Ekin Cheng (Ken) ; Chingmy Yau (Chun Li), Richard Ng (Blanka) ou encore Ken Lo dans le rôle de Bison. Déjà pas mal, mais comme Wong se dit qu’il pourrait se faire encore plus d’argent en ajoutant une touche de Dragon Ball, il se permet donc de faire apparaitre Goku incarné par Dicky Cheung affublé d’un costume en papier crépon bien plus convaincant que la récente adaptation de James Wong. Tout ce petit monde s’ébroue joyeusement dans des scènes plus folles et outrageantes les unes que les autres : Guile se sert de sa chevelure comme balai brosse par exemple. Le film combine très habilement le mo lei tau cher à Stephen Chow avec d’énormes scènes de combats toujours crédibles.

Wong Jin prouve avec le délirant et déjanté Future Cops qu’un projet purement mercantile peut au final se transformer en divertissement joyeusement foutraque et accéder à un statut culte auprès de cinéphiles déviants. Le film procure un plaisir jamais démenti à condition d’enlever ses œillères avant d’insérer la galette dans son lecteur, de s’asseoir et de se laisser prendre par les images. Je vais enfin répondre à la question que tout le monde se pose : oui on peut être un gros fan de Street Fighter II et prendre un plaisir immense devant Future Cops.

Disponibilité

Une fois encore, impossible de mettre la main sur édition zone 2 de Future Cops, toutefois le film est trouvable pour une bouchée de pain en vcd ou dvd sur tous les sites d’imports asiatiques.

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