Orient express

ORIENT EXPRESS - Ebola Syndrome

8 janvier 2009 | Par : Seb Lecocq

La Cat III se déchaîne

L’oeuvre

Avant de parler de ce monument de cinéma déviant qu’est Ebola Syndrome, il est utile de replacer les choses dans leur contexte. Le système de censure hongkongais est assez différent de celui que nous connaissons ici en Europe ou aux Etats-Unis. Les films ne sont pas classés par limite d’âges mais par catégories. Il existe trois catégories. Catégorie I plus ou moins équivalent à notre « tous publics », la catégorie IIa, équivalente à notre « interdiction aux moins de 12 ans », la Catégorie IIb, que l’on peut comparer à notre « Interdiction aux moins de 1ans » et enfin, celle qui nous intéresse, la Catégorie III qui regroupe tout le reste. Aussi bien les films extrêmement violents que les bandes excessivement dénudées sans oublier les films à caractère politique ou contestataire. Avec le temps, la catégorie III, appelée CatIII par les fans, est sortie de son simple postulat de classification pour atteindre le statut de genre à part entière. Un genre dans lequel tout est permis et où toutes les déviances sont possibles. Il n’est donc pas rare qu’on retrouve dans le même film du gore, du cul et de la contestation politique. C’est ce qui est au programme d’Ebola Syndrome, le film qui est devenu au fil du temps le port étendard, le symbole et le film culte du genre. En gros, le métrage représente presque à lui seul le genre entier. Ebola Syndrome marque aussi le début du culte et de l’explosion qu’a connu son acteur principal, l’immense Anthony Wong. Acteur hors-norme, au physique disgracieux, capable de tous les excès et accessoirement meilleur comédien de sa génération. Bref plus qu’un film, Ebola Syndrome fait figure d’œuvre légendaire.

Success storiz

En tant que catégorie III, le film n’a donc pas connu un énorme succès lors de sa sortie mais il s’est taillé une sérieuse réputation parmi les cinéphages les plus extrêmes et déviants de la colonie. Bien que l’oeuvre soit plus réputée ici en Occident que dans sa patrie d’origine où elle fait figure de film lambda parmi tant d’autres. Chez nous, les choses sont un peu différentes, Ebola s’est construit dans la durée, d’abord connu d’une poignée de fans d’horreur et de cinéma asiatique, le film finit par s’imposer en grande partie grâce au net et au bouche à oreille (c’est dégueu, ça - ndlr). A l’époque Ebola était le film que tout le monde voulait voir dans le milieu, histoire de vraiment faire partie des « élus ». Ebola s’échangeait sous le manteau, se copiait et s’achetait en import chez les revendeurs asiatiques. Puis, finalement, le phénomène a pris de l’ampleur et le film fait aujourd’hui figure de référence et de nombreux fans, dont je fais bien sur partie, lui voue un culte farouche malgré son caractère éminemment déviant et contestataire. Il en est donc de mon devoir de faire découvrir cette pépite au plus grand nombre.

Chinopsis

A-Kain petite frappe locale se rend coupable du meurtre de son patron après une altercation entre les deux hommes. Seule la jeune fille du couple échappe au massacre perpétré par notre anti-héros. Dix ans passent et A-Kai a refait sa vie comme serveur dans un restaurant chinois en Afrique du Sud. Mais il souffre d’un sérieux problème…notre homme est un véritable obsédé sexuel qui ne pense qu’à tirer son coup ou, a défaut, de s’amuser tout seul dans son coin. Lors d’un déplacement de l’achat d’un stock de viande dans un village perdu de la brousse, notre queutard voit une opportunité qui ne se représentera plus jamais a lui. Là au bord de l’eau gît une jeune fille largement dénudée. Ni une ni deux, il dégaine et s’en va violer la pauvresse. Mais, manque de bol, celle-ci semble atteinte d’une étrange maladie…

Asian star

Qui peut être à l’origine d’un tel film ? Quel psychopathe est à blâmer pour un tel ramassis de déviance mentales, sexuelles et physiques ? Un homme clamant fièrement la paternité du film : Herman Yau. Il est devenu, comme son film et son acteur principal LE réalisateur attitré de la CatIII. Sa filmographie en tant que réalisateur est prolifique, diverse et variée. Alternant comédies, polars et films d’horreur, il connaît le succès en 1993 avec deux de ses œuvres : Taxi Hunter et Untold Story, toutes deux incluant son complice de toujours, Anthony Wong. Parmi sa filmographie en tant que réalisateur, on retiendra également Ebola Syndrome bien sûr, Best Of The Best, Shark Busters, l’excellent From The Quen To The Chief Executive ainsi que le récent et formidable polar On The Edge. Il est aussi à l’origine de la prolifique saga des Troublesome Night, la série qui compte pas moins de 18 films en même pas dix ans. Mais parallèlement à ses activités de réalisateur, Herman Yau est aussi l’un des chefs opérateurs les plus respectés de l’île grâce notamment à ses nombreuses collaborations avec Tsui Hark.

Nippon, ni mauvais ?

Durée d’incubation : de 2 à 21 jours - 5 à 12 jours dans la plupart des cas.

Durée de la maladie : de 6 à 10 jours dans les formes mortelles.

La fièvre hémorragique d’Ebola se manifeste chez la plupart des patients dans les quelques jours après l’infection par une brusque montée de température, accompagnée de fatigue, de douleurs musculaires, de céphalées, de maux de gorge, de hoquets, d’éruption cutanée (mmh, arrête, ça m’excite - ndlr), de vomissements de sang et de diarrhée sanglante (ça y est, je me suis fait dessus, c’est malin - ndlr). D’autres symptômes peuvent survenir : conjonctivites injectées, dysphagie. Viennent ensuite des vomissements (oh non, il continue ! - ndlr), de la diarrhée, l’éruption masculopapuleuse, atteinte rénale et hépatique, et diathèse hémorragique ; atteinte du foie, du pancréas, des reins et, à un degré beaucoup moindre, du SNC et du coeur ; leucopénie, thrombocytopénie et élévation des transaminases. La mort est précédée par l’apparition de tachypnée, hypotension, tachycardie et anurie (c’est une inflammation du rectum, ça ? - ndlr). Les quelques données disponibles ne montrent pas d’atteinte pulmonaire expliquant la tachypnée et la spoliation sanguine due aux hémorragies est toujours trop faible pour expliquer l’hypotension. Ca ne fait pas rêver, on est d’accord (euh, si ! - ndlr). Mais les pires saloperies sont parfois mère nourricière des plus grands chefs-d’œuvres. C’est le cas ici.

Le film enfin, venons-y enfin après cette appétissante mise en bouche. Commençons par les avertissements de rigueur. Lecteur, toi qui me lis, prends bien note de ce qui va suivre : l’œuvre présentée ci-après fait sans conteste partie des bandes les plus extrêmes jamais tournées, non pas en terme de violence insoutenable ou de gore mais en terme de déviances mises en images. Sur à peine plus d’une heure trente de film, le métrage déroule toutes les perversions possibles et imaginables. Lors d’une même scène, on y voit simultanément meurtre, viol, nécrophilie et cannibalisme. Et cela n’est qu’un faible aperçu de ce qu’offre l’oeuvre en termes de joyeusetés. Te voilà prévenu, alors ami de la poésie et du raffinement passe ton chemin. Les autres, fermez les rideaux, éteignez les lumières, éloignez les enfants, le spectacle va commencer.

Ebola n’est pas un film comme les autres, vous l’avez compris, c’est un glaviot craché à la face de toute une industrie, un majeur tendu bien haut au monde entier, un acte de terrorisme filmique combattant la bienséance et l’esprit bien pensant régnant dans le milieu du cinéma. Une telle œuvre aurait été impossible à monter en Occident. Seule la CatégorieIII a permis ce décloisonnement. Ce genre de film est une bénédiction pour son réalisateur car quand tout est permis, il n’y a plus aucune limite, plus rien ne vient brider (ce jeu de mots est sponsorisé par Laurent Ruquier, merci pour lui) l’imagination débordante des vrais auteurs dont fait incontestablement partie Herman Yau. Il est de la trempe de ceux qui emmènent le cinéma dans ses derniers retranchements. De ceux que l’on peut qualifier de visionnaires. En effet, dans quelle autre pelloche a-t-on déjà vu un homme décongeler un bon morceau de viande bien rouge, y creuser un orifice à l’aide ses petits doigts boudinés afin de satisfaire ses plus bas instincts ? Faut dire que son patron besognait bruyamment sa femme dans la pièce d’à coté. Et pendant les heures de bureaux encore. Vive le patronat tiens. Certains crieront au mauvais goût, d’autres au génie. Voila c’est ça Ebola Syndrome.

La genèse du film est très simple, elle est constituée de deux autres films dont s’est inspiré Herman. The Untold Story, un de ses propres films, et le film Alerte ! de Wolfgang Petersen, parlant lui aussi du terrible virus. Ceux qui ont vu ce dernier pourront mieux appréhender Ebola en le considérant comme son remake sous acide. Ah, mais je remarque que j’ai omis un détail important ! A-Kai, notre graveleux héros, est porteur du germe de la maladie mais n’en est pas atteint. Ben oui le cas échéant il serait mort après une demi-heure de film et cela eût été fort fâcheux, vous en conviendrez. Comme Monsieur Yau est un génie, il n’oublie jamais de pimenter son film déjà sacrément relevé d’une petite touche d’humour bas du front, gras et très noir. Sans cet humour salvateur et la distanciation induite par la mise en scène et le scénario, le film serait tout bonnement irregardable. Voir une fille à moitié morte (ou à moitié vivante pour les plus optimistes) se faire violer c’est bien, mais si le tout est filmé avec humour c’est encore mieux ! L’humour est l’élément essentiel du film, la pipette de sécurité qui relâche la pression et rend le tout supportable.

Si l’esprit potache et contestataire règne en maître sur ce projet, ce n’est pas pour cela que les atours esthétiques sont négligés. Loin de là même. Ebola n’est pas un vulgaire Z putassier comme le cinéma underground américain peut parfois en produire. Yau puise dans son passé de chef-opérateur pour torcher des images léchées et rendre encore plus mémorables des séquences qui, sur papier, le sont déjà. Si le fond est complètement déjanté, la forme est on ne peut plus classique. Herman Yau n’oublie jamais qu’il est avant tout un talentueux metteur en scène et que ses comédiens, même s’ils sont en totale roue libre, sont d’excellent professionnels capables d’apporter de la crédibilité et du respect à son œuvre. D’ailleurs son auteur se permet de livrer quelques belles saillies politiques tout au long de son métrage en critiquant les autorités de son pays, fustigeant le sort des migrants et le peu d’importance accordé aux victimes. Le film se conclut d’ailleurs dans une noirceur abyssale, comme un dernier « fuck you » asséné par son géniteur fou. Ces virulentes sorties engagées renforcent le côté résolument punk de l’ensemble.

Disponibilité

Comme je vous l’ai dit précédemment, Ebola Syndrome ne s’est longtemps trouvé qu’en import hongkongais et en vcd qui plus est. Depuis cette année, il est aisément trouvable en Zone 2 grâce aux efforts de HK Video, Metropolitan et de sa collection consacrée à la Catégorie III. Les puristes opteront pour la version vcd car c’est le support parfait pour ce genre de film, conservation du côté artisanal et « underground » oblige.

LE TRAILER

Commentaires

Voila un film bien trash et dans tout les sens du terme. Par moment le film atteint des sommets de violence rarement atteint au cinéma. Non pas que ce soit d’une violence graphique qu’il s’agisse mais d’une violence aussi bien physique que psychologique. Dans son film Herman Yau se permet quasiment tout, du viol à la torture, et tout ça à un rythme effréné et un humour décapant. Très bien réalisé et surtout génialement interprété par Anthony Wong (Infernal Affairs) qui s’en donne à cœur joie dans ce rôle abjecte du plus anti des antihéros. Peu être l’un des personnages les plus infâmes que j’ai vu au ciné. Il faut le voir se taper un steak en guise de femme puis le remettre dans le plat pour les clients du restau. Le pire c’est que l’on assiste durant tout le film aux pires méfais et immondices et que l’on garde un sourire coupable au coin des lèvres. "Ebola Syndrome" c’est du Troma réalisé avec du budget, ça fait aussi beaucoup penser à du Peter Jackson de la Bonne époque celle de Bad Taste, mais surtout celle de Brain Dead). Progressivement le film qui ne cesse de faire marrer, en devient à proprement dire assez terrifiant tant ce qui se déroule sous nos yeux est abject. Le pire c’est que le virus Ebola est bien réel et que les moyens de le transmettre sont eux aussi bien réel et je peux vous dire que c’est assez flippant quand on y songe. Un film qui à la manière du "Retour des morts vivants" oscille entre humour et terreur pur. Un film nihiliste qui vient juste de rentrer au panthéon de mes films d’horreurs cultes. Laissez vous contaminer par le syndrome Ebola, vous ne le regretterez pas...

15 février 2009 | Par Triox

Ce film est une bombe !

12 janvier 2009 | Par Doctor Chris

Jolie chronique !

Même si j’adore ce film, pour moi la référence ultime dans le genre reste The Untold Story. Le même mais en juste 10 fois plus hallucinant (le massacre familial vaut son pesant de cacahuète !).

9 janvier 2009 | Par Ash

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