Orient express

ORIENT EXPRESS - All night long trilogy

9 février 2009 | Par : Seb Lecocq

Putain de trilogie

L’oeuvre

All Night Long est une œuvre typique de son époque et de son origine. Le film n’aurait pu naître ailleurs que dans le Japon des années 90. En effet, cette fin de vingtième siècle au paus du Soleil Levant est marquée par une recrudescence des violences et des meurtres commis par des adolescents à priori sans histoires. Tous ses actes de violences sont caractérisés par une cruauté et un sadisme presque sans limites. Plus, lorsqu’ils ne se sont pas suicidé après avoir commis leurs atrocités, les coupables ne semblent souffrir d’aucun remord et prennent leur condamnation avec un détachement hors du commun. C’est aussi durant cette période que le phénomène des otakus et des hikikomoris va connaître son apogée. Ces gens qui, délibérément, décident de couper tout contact avec leurs pairs et avec la société matérielle en général. Ces gens sont capables de passer plusieurs années sans sortir de chez eux et de cultiver une passion de manière malsaine et démesurée. C’est dans ce contexte que Katsuya Matsumura écrit et réalise sa trilogie All Night Long. Les films, différents dans la forme mais cohérents dans les thèmes développés, vont marquer les cinéphiles japonais et mettre le feu aux salles de projection. Du moins avec le premier épisode, les autres, jugés trop violents et interdits aux moins de 18ans, ne seront tournés et exploités que pour le circuit vidéo. Mais, qu’à cela ne tienne, Matsumura est bien décidé à en découdre avec la jeunesse nipponne. Le combat durera trois rounds et Matsumura en sortira vainqueur par K.O.

Success storiz

Le premier film de cette trilogie est perçu comme un film coup de poing, un choc pour ceux qui ont eu la chance de le voir sur grand écran. L’oeuvre a d’ailleurs remporté le Grand Prix au Festival de Yokohama en 1993. Bien que précédé d’une réputation de film gore, insoutenable et ultraviolent, et souvent comparé a la série des Guinea Pigs, All Night Long est avant tout un drame social (non, non ce n’est pas une insulte) à la trame réaliste, voire naturaliste. Ses deux suites, elles, joueront la carte de la surenchère d’hémoglobine et d’atrocités en tous genres. Le sous-titre de l’épisode II, n’est pas Atrocity pour rien. Bien que plus violentes, ces suites n’en ont pour autant pas oublié d’être avant tout de sévères pamphlets sociaux désenchantés. Car ce qui intéresse Matsumura, ce n’est pas la violence en tant que tel, mais les causes et les conséquences de ces éclats sanglants. Ce qui lui vaut une certaine respectabilité auprès de l’intelligentsia nipponne. En Occident, et surtout aux Etats-Unis, chaque film de la trilogie bénéficie du statut enviable de « film culte ». Bien qu’il faut avouer qu’ils le sont d’abord pour leur violence plutôt que pour leur virulent message social. Mais il est aujourd’hui l’heure de remettre les pendules à l’heure et de démontrer aux yeux de tous qu’on peut faire autre chose que du drame misérabiliste pour délivrer un message ou poser un constat sans appel de notre société contemporaine. En Europe, le film est encore peu connu et intéresse seulement les fans de bandes japonaises incendiaires les plus acharnés. Il est décidément temps que ça change.

Chinopsis

All Night Long : Trois jeunes japonais, Kensuke, Tetsuya et Shinji ayant assisté à un meurtre se lient d’amitié. Ils décident de rester en contact et d’organiser une soirée entre eux exactement sept jours après. La seule condition est d’emmener une fille à leur petite sauterie. Une semaine plus tard, seul Shinji est parvenu à séduire une fille. Sur le chemin de la fête, le couple se fait agresser et la fiancée de Shinji est violée par une bande de malfrats. Mis au courant de l’histoire, le trio décide de les retrouver et de monter une expédition punitive qui se terminera dans le sang et les larmes.

All Night Long II : Atrocity : Shinji, un otaku est la tête de turc d’un gang qui ne cesse de le terroriser et de le brutaliser. Un soir, le chef du gang emmène Shinji chez lui et lui montre la fille qu’il séquestre et torture à loisir. Shinji va, à son tour torturer la jeune victime. Après avoir tué la fille, le chef de gang rackette Shinji et lui laisse jusqu’au lendemain pour rassembler l’argent. Apeuré, Shinji rencontre quatre personnes sur le net et avec eux décide de se venger du gang et de son leader. La nuit sera longue et sanglante…

All Night Long III : Final Chapter : Kikuo, un jeune otaku passionné de plantes carnivores est employé dans un love hôtel et développe une fascination morbide pour une fille qui habite en face de chez lui. Il se met à fouiller ses poubelles pour collectionner toutes sortes de choses lui appartenant. Un soir, en rentrant chez lui, il surprend ses collègues en train de violer une fille. Laissée pour morte, Kikuo l’emmène chez lui, lorsqu’elle se réveille, celle-ci l’insulte et le frappe. Il se décide alors à la torturer et la démembrer.

Asian star

Katsuya Matsumura, né à Tokyo en 1962, débute sa carrière dans le documentaire. En tant que documentariste, certaines de ses œuvres seront encensées par la critique voire primées. Rien ne le destinait à une carrière dans le cinéma d’horreur jusqu’à ce qu’en 1992, influencé par plusieurs faits divers mettant en scène de jeunes Tokyoïtes, il ne réalise le premier épisode de la trilogie All Night Long. Ces films lui assureront la renommée du milieu du cinéma underground et d’horreur. Après la mise en scène du premier épisode, il réalise un autre film, encore une fois tiré d’un fait divers bien réel, Concrete-Encased High School Girl Murder Case. A la suite de cela, il ne tournera plus qu’en vidéo jusqu’en 2004 où il renoue avec la pellicule pour Ki-Rei. En 2008, il signe son dernier film en date Dark Love : Rape. Outre ces deux œuvres, il signe aussi deux autre films tirés de la série des All Night Long : R et O. Ces deux films, en plus d’être d’une grande violence, font la part belle à l’érotisme et à la pornographie. Matsumura n’a de cesse d’ausculter et de gratter les plaies encore purulentes de la société japonaise moderne

Nippon, ni mauvais ?

All Night Long : Durant toute la nuit. Une nuit noire, sans lune et remplie de cauchemars. C’est ce qui attend les protagonistes de ces trois films. « La violence n’est pas une fatalité » disait Samy Silver. Et bien pour Matsumura si, elle l’est. Et tout ce qui a débuté dans la violence ne peut se terminer que par elle. La violence n’épargne personne, ni les victimes, ni les bourreaux. Thèse que s’échine à démontrer le réalisateur tout du long de cette trilogie. L’homme est un animal violent, brutal et sans espoir de rédemption. « You Can’t be redeem, even if you believe in a saviour.” C’est par cette sentence sans appel que s’ouvre All Night Long premier du nom. Le film n’est pas un film d’horreur, même si il est souvent perçu comme tel.mais avant tout un drame social mâtiné de vigilante flick à l’image du Carne de Gaspar Noé. La violence surgit sans prévenir, entraînant dans les abysses tous ceux qui y sont, de prés ou de loin, mêlés.

La journée commençait normalement pour Shinji, Tetsuya et Kensuke, trois adolescents que tout oppose et qui ne se connaissent pas. Pourtant, le meurtre d’une jeune fille va marquer le début de leur amitié et de leur descente aux enfers. Une amitié qui naît du meurtre et qui finira dans le meurtre. Sur cette trame a priori simple, Matsumura déroule sa démonstration. Une déconstruction froide et mécanique, pour ne pas dire clinique des rouages de la folie, de la violence et de la vengeance. Contrairement à sa réputation, le film est relativement pauvre en débordements sanglants, seuls la première et la dernière séquences s’avèrent sanglantes. Comme si le réalisateur voulait insérer son film entre ses deux parenthèses et boucler la boucle de l’Eternel Retour Nietzschéen.

Influencé par son passé de documentariste, le cinéaste dépouille sa mise en scène au maximum afin de ne s’intéresser qu’aux faits et aux personnages. Cette austérité de façade lui permet de plonger le spectateur dans une ambiance malsaine et nauséeuse de normalité grise et morne. Sur ce point, l’œuvre de Matsumura se rapproche de celle de Bruno Dumont. De la normalité surgit l’horreur. Soudaine, brute et inattendue. Les trois personnages ne sont pas préparés à affronter leur destin. Plus qu’acteurs, ils seront les victimes passives de l’engrenage qui les a happés un matin malgré eux. Kensuke semble contrôler la situation, mais il ne s’agit encore une fois que d’un leurre : il ne contrôle rien, la violence guide ses actes et ceux de tous les protagonistes du film d’ailleurs. Elle agit à sa guise, tel un démiurge sadique. Elle est le point central de la thèse défendue par Matsumura.

All Night Long, premier du nom, n’est pas un film facile d’accès. Les minutes s’égrainent décrivant le quotidien d’une bande d’adolescents s’enfonçant peu à peu dans la nuit contre leur gré. Le métrage, sec comme un coup de trique, renforce cette impression de « normalité anormale » qui conforte le spectateur dans sa petite routine tout en lui faisant garder dans un coin de l’esprit qu’il suffit de peu de chose pour que tout dérape. Et lorsque le dérapage arrive, il n’en est forcément que plus violent, le cinéaste faisant surgir la douleur au moment le plus opportun et le plus inattendu pour en souligner la force. Une force à l’image de l’explosion finale, véritable coup de poing. Tout comme ce plan final, en apparence apaisé mais qui cache une noirceur abyssale. Un plan qui viets conclure de façon magistrale la démonstration quasi mathématique de Matsumura.

Deux ans plus tard, Matsumura remet le couvert avec All Night Long II : Atrocity. Pour ce deuxième opus, il bénéficiera d’un budget inférieur et de conditions de tournage plus précaires. Il opte donc pour un tournage en vidéo et une exploitation sur ce même marché. Rien que le fait d’abandonner la pellicule donne un grain différent à Atrocity, un cachet qui le place d’entrée de jeu dans la case « exploitation ». Les conséquences sont sans appel, les qualités purement cinématographiques de cette suite en sont affaiblies. Moins de mise en scène mais plus de gore, ce principe pourrait à lui seul résumer le film mais c’est sans compter sur la rage de filmer de Matsumura. Centrant cette fois son film sur un personnage de pur otaku, il entend bien une fois de plus fustiger les dérives de la société nippone et sa propension à la violence. Il va même plus loin en mettant bourreaux et victimes dans le même panier. Shinji, au départ montré comme la victime d’une bande de marlous des bas quartiers, n’hésitera pas à se transformer en bourreau d’une innocente jeune file dès que la possibilité lui en sera offerte, détruisant par-là même les préconceptions des spectateurs. Matsumura étend cet état de fait à la société japonaise et à l’humanité tout entière, dépeinte via son héros, comme vidée de son sens moral et incapable de toute compassion.

Si le fond reste sensiblement le même, la forme change du tout au tout. Fini le 35mm et place à la vidéo. Fini la sécheresse de la mise en scène au profit de la surenchère de gore, de tortures et d’humiliations diverses et variées. Matsumura emploie cette fois la manière forte, quitte à noyer son message derrière des hectolitres de sang. C’est en grande partie sur cet épisode, le plus ouvertement gore et violent de la série, que s’est construite la réputation de la trilogie. Y sont offerts frontalement toutes sortes de sévices aussi bien d’ordre physique (énucléation, castration, amputation), psychologiques (insultes, intimidations) que sexuels (viol, humliliations). Une surenchère qui mène inexorablement à la polémique, choque l’opinion et courrouce la censure japonaise. Après moult débats et palabres, le film sera finalement autorisé a être édité en vidéo mais interdit aux mineurs. Tout cela près de dix ans avant la sortie du premier Saw et de la vague « torture porn ». Une fois de plus, le Japon fait office de précurseur.

Encore une paire d’année après, sort All Night long III : Final Chapter. Ce troisième opus, toujours tourné en vidéo, pour un budget ridicule peut-être vu comme un mix des deux films précédents. Le coté glauque et malsain du premier et la violence graphique du second. Une fois de plus, un otaku privé de tout tissu social est au centre de l’histoire et une fois de plus cette personne éprouve d’énormes difficultés à nouer des contacts humains et sociaux normaux. Le métrage, s’il n’évite pas quelques clichés et raccourcis faciles, enfonce définitivement le clou sur le vision peu ragoûtante de l’humanité de Matsumura. Son personnage qui travaille dans un lieu de débauche et de tromperie et qui préfère le contact des plantes à celui des hommes ira jusqu’à affirmer que ceux-ci ne valent pas mieux qu’un tas d’ordures et qu’ils méritent tous la mort. Constat tragique ou sombre prémonition ?

La série trouve ici son épisode le plus ouvertement nihiliste. Si All Night Long était empreint d’un fatalisme noir et Atrocity d’un cynisme rouge sang, Final Chapter abandonne tout espoir de rachat. Niveau violence, le film vaut aussi son pesant de cacahuètes. De la chambre de Kikuo au démembrement final d’Hitomi, tout respire le sang et la chair. Une fois de plus, fond et forme font bon ménage même si, sur ce point, Matsumura ne fera jamais mieux que son premier opus, véritable cocktail molotov jeté a la gueule d’une société japonaise aliénante et pousse-au-crime. Une trilogie essentielle donc qui ravira tout autant les amateurs d’ambiances morbides et malsaines que les viandards les plus endurcis. Des films pour toute la famille en somme.

En définitive, la saga s’avère sans concession, frontale dans la forme et explosive sur le fond. Un auteur qui dépeint le Japon et la société moderne en général comme une vaste décharge à ciel ouvert et les hommes comme des assassins en puissance qu’un petit grain de sable pousse vers la folie. Ces trois destins préfigurent les futurs carnages d’adolescents et pétages de plombs d’élèves dans les écoles américaines. On y retrouve tous les éléments présents dans les films de Matsumura. Des adolescents en marge, sans remords, une société uniforme rejetant toute différence et poussant au meurtre. Seule la violence a droit de cité dans cette longue nuit.

Disponibilité

Les films sont disponibles en dvd Zone 1 à l’unité mais la meilleure édition reste l’édition collector renfermant les trois films éditée par Tokyo Shock. Le tout est sous-titré anglais, au format 1 :85 pour le premier film, 1.33 pour ses deux suites et bénéficiant d’une qualité d’image tout à fait correcte. Cette édition est disponible sur la plupart des sites d’achats par correspondance neufs ou d’occasions.

Commentaires

Fantastique L’information, je vous souhaite un grand succés avec votre blog.

BonusParis sportifs

gagner de l’argent sur les portails de paris sportifs licencier en france afin de parier sur internet.

28 août 2011 | Par Herring

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Split
2017
affiche du film
Seuls
2017
affiche du film
La Grande Muraille
2016
affiche du film
The Strangers
2016
affiche du film
Quelques minutes après minuit
2016
affiche du film
Personal Shopper
2016