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OFFSCREEN - Sex and Fury

La vengeance nue

Ocho Inoshika est une petite fille tout ce qu’il y a de plus normale et heureuse. Le hic c’est que son papa est un flic, et les yakuzas, y sont pas trop copains avec les représentants de la loi (si si, y paraît), ce qui fait qu’une petite balade familiale tout ce qu’il y a de plus banale se transforme en véritable massacre où la petite assiste au meurtre de son paternel par une bande de tueurs bien zélés de la lame. Alors qu’il passe l’arme à gauche, son père lui remet trois petites cartes à jouer. Trois indices devant mettre Ocho sur la piste des assassins.

Après pas mal de bandes orientées ninkyou eiga, genre méga-codé et classique dans sa grammaire visuelle, Norifumi Susuki s’attaque au pink en y mêlant les excentricités psychédéliques et érotiques du genre aux thèmes des "films de chevalerie" qu’il traitait jusque-là. Le réalisateur se trouve donc tiraillé entre ses désirs de classicisme et le traitement visuel iconoclaste de cette histoire de vengeance d’un côté et de complot visant à faire péter le gouvernement en place de l’autre. Et c’est là qu’est l’os : un script faussement complexe que Suzuki peine à emballer. Car ils sont longs, trop longs, les moments d’attente entre deux fulgurances de mise en scène permettant enfin au spectateur de sortir d’une torpeur liée à la tiédeur d’un scénario maladroit et à la niaiserie de dialogues qui tombent souvent à plat.

On attend inlassablement de retrouver la folie et l’audace de cette incroyable séquence où Ocho, assaillie dans son bain par une tripotée de gugus, bondit hors de sa baignoire pour les exécuter un par un, nue et virevoltante, terminant sa besogne à l’extérieur et sous une douce pluie de flocons de neige, le tout emballé au ralenti et sur une mélodie endiablée que n’auraient pas renié les plus talentueux compositeurs de la Cinecittà.

Sous ses dehors de thriller historique, Sex & Fury est avant tout un film érotique où toutes les occasions sont bonnes pour dessaper Ike et consorts. Pas que cela pose problème, houlalaaa que non, mais l’aspect répétitif de ces séquences lasse très vite - surtout qu’elle s’amuse pas toute seule la Ocho, mais avec des pendants nippons du professeur Choron - et ce ne sont pas quelques petites touches exotiques, dont la participation de Christina Lindberg, l’exterminatrice venue du froid de Thriller, qui en mode encéphalogramme plat émotionnel fait preuve ici d’un charisme d’huitre au bout du rouleau, qui viendront changer la donne. A la décharge de l’actrice suédoise, les dialogues anglais bêtifiants que les scénaristes ont daigné lui consacrer ne sont pas là pour l’aider. Vraiment triste à voir… et dur à supporter par moments. Dommage quand on pense que la demoiselle personnifia la vengeance made in Sweden en incarnant avec une conviction toute meikokajienne le mythique personnage de One-Eye.

Par contre, on retiendra la partoche tout en anachronismes de Ichiro Araki, qui ne recule devant aucune prise de risque en jouant en permanence sur les décalages, alternant allègrement entre des sonorités psychédéliques et funky, et des morceaux old school directement inspirés de la musique traditionnelles japonaise. Mention spéciale à un thème principal d’une nonchalance latine dont la douceur cotonnée contraste avec la rage de certains affrontements.

Reste le soin porté aux magnifiques décors, aux chorégraphies inventives, ainsi qu’au design des kimonos et tatouages, qui font de Sex and Fury une oeuvre fétichiste et picturalement splendide et qui, malgré ses nombreuses lacunes scénaristiques, parvient à tirer une intrigue pataude et soporifique vers le haut lors d’instants de grâce et de poésie qui eux resteront à jamais gravés dans nos mémoires, nos pupilles de cinéphages déviants éternellement marquées au fer rouge par une Reiko Ike genou à terre, kimono baissé jusqu’au nombril et découvrant une poitrine tatouée, le sabre prêt à rayer de la carte tous les ennemis se mettant en travers de sa route.

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