Festival Offscreen

OFFSCREEN - Female Prisoner : Scorpion

Il était une fois... la vengeance

Premier volet de la série où l’on retrouve Meiko Kaji en indomptable "Scorpion". Envoyée en prison après avoir été trahie par un détective véreux dont elle s’est éprise, elle subit les pires tortures et humiliations dans une prison insalubre.

Après une précédente édition du style jouissive, consacrée entre autres au giallo et au poliziottesco, le festival OFFSCREEN nous revient avec une sélection des plus alléchante mettant à l’honneur les pinku eiga et les westerns spaghettis. Une bénédiction pour les bisseux de la pire espèce n’ayant pas peur de se choper des ulcères au contact des hordes de spectateurs hilares venus se gausser de ce qu’ils prennent, à tort, pour de simples kitcheries. Ils se foutent le doigt dans l’oeil les petits canaillous et la projection de la formidable trilogie de Shunya Ito nous l’a prouvé hier soir.

Alors qu’elle a été trahie par l’homme qu’elle aimait plus que tout au monde, un salopard de flic ripou prompt à jeter sa nana dans les pattes de yakuzas nerveux de la braguette pour s’en foutre illégalement plein les fouilles, Matsu, alias Sasori, va tout tenter pour se tirer des geôles infâmes du pénitencier où elle croupit, histoire de faire la peau aux crapuleux qui l’ont prise pour une truffe.

Oeuvre de commande tentant de prendre un max de fric en donnant dans la misogynie de base et mettant en scène des nuées de prisonnières devant faire face aux humiliations chroniques et aux ratonnades, les WIP très en vogue à l’époque, ont pour habitude de racoler sévère en capitalisant un maximum sur tout ce qui excite le spectateur mâle nippon. Les scènes de viols collectifs y sont légion, les petites culottes d’un blanc immaculé des starlettes constellent l’écran et les ébats saphiques se déroulent sous le regard lubrique des matons. De là à parier que ces films aient suscité des vocations en leur temps, il n’y a qu’un pas. Seulement voilà, la série des La Femme Scorpion se détache largement des motivations bassement mercantiles des grands manitous du cinoche d’exploitation, bien qu’elle comporte elle aussi son lot de scènes de douches grivoises et voyeuristes ainsi que tous les codes du genre précité.

Car derrière les apparats de pur film de genre de son métrage, où toutes les raisons sont bonnes pour balancer à l’écran des nénés et des popotins copieusement éclaboussés par des geysers de raisiné, le réalisateur profite de cette toile de fond des plus bis pour dénoncer -immense paradoxe - la répression masculine, totalement acceptée par l’ensemble d’une société japonaise avilissant constamment des femmes considérées uniquement comme des objets de plaisir voués à contenter les désirs de la gente masculine dominante. Sasori, interprétée par une Meiko Kaji magistrale en femme brisée et détruite se transformant en ange exterminateur glacial et mutique armé d’un couteau à la lame plus tranchante qu’un rasoir (bonjour le symbole phallique), ne trouvera la paix intérieure qu’une fois qu’elle aura fait la peau aux responsables de son calvaire : des hommes manipulateurs et cruels à l’image d’un monde n’ayant de cesse de rabaisser le "sexe faible".

Mêlant les codes du théâtre Kabuki aux couleurs criardes de la vague pop, les cadrages foutraques et alambiqués du cinéma de genre transalpin aux compositions musicales dignes de l’immense Shunsuke Kikuchi (le monsieur BO des Dragon Ball, Goldorak et Kamen Rider) et préfigurant les délires visuels de Gondry, Shunya Ito marque le coup magistralement dans sa façon d’allier une thématique riche en symboles forts et une mise en scène virtuose, à la fois théâtrale et grand-guignolesque, étrange et arty, en nous délivrant une pelloche sous acide qui en a à la fois dans le froc et dans le citron.

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