Festival Offscreen

OFFSCREEN 2011

Double programme Phil Mulloy

En cette deuxième journée de festival, nous fûmes gratifiés par les organisateurs du Offscreen d’un événement de taille ; un double programme Phil Mulloy (présenté par le réalisateur himself, qui régala l’assistance de nombreuses anecdotes sur son « modus operandi » si particulier), articulé en deux temps : projection de son dernier film (le plutôt « radical » Goodbye, Mr. Christie) et des multi-primés Intolerance (courts-métrages, segments I à III). De quoi se familiariser (pour les non-initiés) avec l’œuvre de cet artiste iconoclaste.

Phil Mulloy est un des principaux francs tireurs de l’animation, une « tête brûlée » (qui autofinance en majeure partie ses films), à classer aux côtés (bien que leurs styles respectifs soient sensiblement différents) du génie Bill Plympton (dont les œuvres sont un peu moins « politisées », plus « camp » ; I Married a Strange Person !, Mutant Aliens, Hair High, …).

Une approche presque « artisanale » de l’animation (Mulloy occupe la quasi totalité des postes techniques sur ses films), alliée à une esthétique « brut » (voire minimaliste), le discours prenant le pas sur l’animation. Le réalisateur (selon ses propres propos) ne se considère d’ailleurs pas comme un animateur, mais plutôt comme un artiste, qui cherche toujours la manière la plus simple de concrétiser les choses. Explicitant une métaphore musicale, Mulloy avoue qu’il se voit plus comme un « one man band », pas comme un orchestre, et rapprocherait son art du blues (côté dépouillé, qui va à l’essentiel), dans une volonté de communiquer ses idées de la façon la plus directe possible.

Goodbye, Mr. Christie

Concrétisé en 2010, Goodbye, Mr. Christie est une sorte de « family drama » (tel The Simpsons), nous présentant les relations au sein d’une famille dysfonctionnelle (les Christie), qui implosera suite à l’arrivée inopinée d’un marin français à l’accent truculent, Ramon.

Ce dernier ne trouvera rien de mieux à faire que coucher avec mari et femme, mystérieusement envoûtés par un morceau romantique (téléchargé sur le net !).
En parallèle, le film s’ancre sur un reportage consacré à Mr. Christie (même si de prime abord dédié au cabot de la famille, Buster, authentique chien parlant !), un moyen comme un autre pour Mulloy de dénoncer les agissements des chaînes de télé, dans leur quête effrénée de l’audimat, et de stigmatiser différentes tares de l’humanité (avidité, capitalisme, infos simplifiées par les médias en direction du public de masse, etc.). Avec une grande ironie et sans se départir d’un humour british pince-sans-rire (parfois très noir).

Cet itinéraire « absurde » (rappelant par certains côtés les œuvres de Beckett & Ionesco) d’un homme (le Mr. Christie du titre) égoïste au dernier degré et amer, ne fait aucune concession, revêtant la forme simplifiée (que d’aucuns trouveront rebutante) d’un univers brut, géométrique (décors, arrière-plan), où les personnages sont « grossièrement » esquissés (de grands aplats noirs) ; ce qui donne au film cette esthétique singulière.

Très bien dialogué (les nombreuses « facéties linguistiques » des protagonistes, où les accents déclenchent une multiplicité de ressorts comiques), on peut aussi aisément accoler à Goodbye, Mr. Christie les termes « expérimental », « désenchanté », « épuré » ou « minimaliste ».

Une expérience à vivre, qui semblera hermétique pour certains, mais récompensera doublement ceux qui prendront la peine de s’y plonger (le film sera exploité sur une courte période au Cinéma Nova, sitôt le festival terminé).

Intolerance I-III

Intolerance (2000 à 2004) est quant à lui composé de trois segments, formant au final une seule et même trame narrative : l’hypothétique découverte par les humains d’une race d’extraterrestres (qui, fait notable, ont la tête et le sexe inversés !), les relations épidermiques qui en découlent (déclaration de guerre des deux parties, constitution de divers groupuscules religieux, …) et autres dommages collatéraux.

L’occasion pour Phil Mulloy de développer une vaste métaphore politique, brassant une multitude de thèmes (propagande politique et religieuse, obscurantisme, intolérance, non-respect de la différence, …) ; satire féroce de l’establishment et du « bellicisme » américains.
La forme s’apparente (presque) à de l’Art Brut, le visage des personnages rappelant un peu certaines œuvres des peintres Edvard Munch et James Ensor.

L’univers des trois segments a ici un aspect « gouaché », où l’on sent les traits de pinceau, une esthétique qui accentue la portée de cette charge contestataire, jusqu’au-boutiste et nihiliste, bien que ne se déparant jamais d’un humour grinçant (acerbe).

L’ensemble est de grande qualité, mais pris individuellement, certains segments souffrent de longueurs (ça peut sembler paradoxal vu leur courte durée).
Néanmoins, cela ne doit pas émousser votre enthousiasme pour ces œuvres, où l’artiste se permet tout ; on y torture les prisonniers avec des extraits de films Disney et un droïde, imitant le look d’Elvis, ainsi que sa voix dans G.I. Blues (Norman Taurog, 1960, chanson du théâtre de marionnettes), fait office de faux messie !

En quelques mots, rafraichissant et d’utilité publique !

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