Festival Offscreen

OFFSCREEN 2011

Dark passage

Avant-propos

Deuxième film projeté dans le cadre du module « Face/Off » (qui explore les rapports entre intériorité/extériorité, ainsi que le thème de l’identité et des variations de personnalité), après le classique du fantastique français Les yeux sans visage (1960, Georges Franju), Dark Passage (en v.f. : Les passagers de la nuit), grand classique du film noir, s’offrait en séance de 20h.
Petit bémol : pourquoi présenter ce film dans une copie non sous-titrée ? Dans ces conditions, difficile de comprendre les moindres détails de l’intrigue ; le débit caractéristique de Bogart et son grain de voix n’aidant pas…

Face/Off

Adapté du roman Cauchemar de David Goodis, auteur majeur de « pulps » américains (La Garce, La police est accusée, L’Allumette facile, …) qui vit pléthore de ses œuvres adaptées au cinéma (Epaves deviendra Rue barbare, La lune dans le caniveau sera porté à l’écran par Beineix, Tirez sur le pianiste par Truffaut, …), Dark Passage s’articule autour d’un couple archétypal du genre : Humphrey Bogart (Up the River de John Ford, Dead End de William Wyler, Angels with Dirty Faces & Casablanca de Michael Curtiz, Le faucon maltais, Le trésor de la Sierra Madre & The African Queen de John Huston, Ouragan sur le Caine, Sabrina de Billy Wilder, La comtesse aux pieds nus de Joseph Mankiewicz… excusez du peu !) et la divine Lauren Bacall (La femme aux chimères & Le roi du tabac de Michael Curtiz, Comment épouser un millionaire, La toile d’araignée de Vincente Minnelli, Written on the Wind de Douglas Sirk, Le crime de l’Orient-Express de Sidney Lumet, Le dernier des géants de Don Siegel, ultime film du grand John Wayne, Misery, Prêt-à-porter de Altman, ou encore Dogville & Manderlay de notre ami Lars Von Trier). Ce duo « magique » anime aussi Le Port de l’angoisse (1944) et Le grand sommeil (1946, tous deux d’Howard Hawks), ainsi que Key Largo (1948) de John Huston. Difficile d’éviter le « name dropping » quand on s’attaque à pareilles légendes du 7ème Art… Me plaisant à torturer le lecteur, je vais de ce pas allonger l’exercice…

Produit par le nabab Jack Warner et réalisé par le solide artisan Delmer Daves (le superbe western La flèche brisée, avec James Stewart, Never Let Me Go, romance entre Clark Gable & Gene Tierney, 3h10 pour Yuma, Diables au soleil, porté par le trio Frank Sinatra-Tony Curtis-Natalie Wood), Dark Passage se paye les services du directeur photo Sidney Hickox (plus de 160 entrées sur IMDb à ce poste ! : L’ange des ténèbres de Lewis Milestone, Le Port de l’angoisse, La fille du désert & L’enfer est à lui de Walsh, …), ainsi que des (fameux) « seconds-rôles » Agnes Moorehead (Citizen Kane & La splendeur des Amberson de Welles, le film à segments La conquête de l’Ouest, la série Ma sorcière bien aimée) et Bruce Bennett (L’amant sans visage, Crépuscule d’Irving Pichel, Love Me Tender, où il croisa Elvis Presley, The Alligator People, la série Perry Mason), dans le rôle du vil manipulateur. Mais fini de palabrer, venons-en au fait !

Plutôt réussi, le film repose surtout sur des artifices formels (que je vous exposerai plus bas), plutôt que sur son intrigue, qui s’avère somme toute classique pour un film noir. A vous de juger : « Un homme (Bogart), faussement accusé du meurtre de sa femme, s’évade de prison et est aidé par une mystérieuse femme (Bacall), qu’il ne connaît pas, mais qui lui offre néanmoins asile et protection. Acculé et l’objet d’une traque acharnée, orchestrée par les forces de l’ordre, il décide, sur les conseils d’un taximan loquace (Tom D’Andrea), de se faire opérer du visage, changeant à jamais d’identité… »

Première « audace » du film : tourner la première partie de celui-ci (presque) entièrement en caméra subjective, selon le point de vue de l’évadé « Bogey », le procédé s’étalant sur environ un tiers du métrage. Les passagers de la nuit restera célèbre pour cela (c’était assez osé pour l’époque) et ne dérogera à son dispositif que l’espace de quelques plans.

Deuxième tour de force : se permettre de cacher le visage de sa star (Bogart, à la hauteur du mythe) jusqu’à ce que l’opération de chirurgie plastique soit effective, pour ensuite lui ôter la parole (donc priver le public de la voix de l’acteur, reconnaissable entre toutes) durant un bon moment (il ne la recouvrera que quand il sortira de convalescence et que Lauren Bacall lui enlèvera ses bandelettes).
Bogey (toujours aussi charismatique et magnétique, même muet), sera dès lors forcé de ne s’exprimer qu’avec le regard, se montrant subtil dans l’intériorisation des tourments de son personnage. On décèle aisément les émotions poindre derrière les bandages. Ce qui n’aurait pas été donné au premier aspirant acteur venu…

Tout le film se cristallisera autour de ce postulat, transcendé par les échanges de regard entre Lauren Bacall (éminemment touchante, dans le rôle de cette femme passionnée, belle à mourir) et Humphrey Bogart (mutique & imposant), couple hollywoodien mythique s’il en est.
Dark Passage dévoilera aussi certains passages obligés du genre, finement troussés (empoignades et poursuites diverses, dont le must reste la fuite de Bogart depuis le toit d’un immeuble, consécutive à la chute mortelle - fortuite - d’une connaissance féminine, pas étrangère au meurtre de sa femme…) et emballés avec le savoir-faire éprouvé de Delmer Daves.

Un film noir que d’aucuns trouveront « mineur », mais qui s’avère hautement recommandable.

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