Festival Offscreen

OFFSCREEN 2011

Silent running de Douglas Trumbull

Ce mercredi, j’ai bravé les flocons de neige, la morsure du froid et les embouteillages, pour me rendre en plein après-midi à la projection du fabuleux Silent Running (1972) de Douglas Trumbull, dans l’enceinte de la vénérable Cinematek. Le festival touche bientôt à sa fin et ce sera donc le dernier film issu du cyle « Out of Space » que je visionnerai pour vous, chers lecteurs.

Réalisé par l’artisan Douglas Trumbull (responsable des SFX optiques de 2001, l’odyssée de l’espace, Le mystère Andromède de Robert Wise, Rencontres du troisième type, ou encore Blade Runner), Silent Running est un modèle de sci-fi « écolo » ; poème visuel dont une intense mélancolie se dégage des images.

Scénarisé par trois futures pointures du genre - Michael Cimino (sous le nom de Mike Cimino, réalisateur du sublime Voyage au bout de l’enfer alias The Deer Hunter, La porte du paradis, L’année du dragon, Sunchaser, …), Deric Washburn (co-scénariste de Voyage au bout de l’enfer, The Border & Extreme Prejudice de Walter Hill) et Steven Bochco (géniteur du « cop drama » séminal New York Police Blues) - et s’appuyant sur une belle BO de Peter Schickele (enjolivée de deux chansons de Joan Baez, dont la superbe « Rejoice in the Sun »), le film nous relate le travail de l’équipage d’une station orbitale, dont Freeman Lowell (Bruce Dern) est chargé de l’entretien et la préservation d’un écosystème (faune + flore) reconstitué sous dôme. En effet, toute trace de vie végétale et animale a disparu de la surface de la Terre, des suites de la folie des hommes (guerre nucléaire) ; l’atmosphère polluée de la planète bleue ayant petit à petit détruit toute manifestation (dons) de Mère Nature… Jusqu’au jour où le gouvernement américain décide de rapatrier l’équipage sur Terre et leur ordonne de détruire la totalité des serres. Mais Lowell ne l’entend pas de la sorte…

Silent Running démarre par une succession de plans serrés (macros) sur la faune et la flore de la serre, figurant une sorte de Jardin d’Eden, au calme vite brisé par l’irruption des collègues de Lowell (ce dernier finissait de se baigner dans la mare de son paradis re-créé), qui font la course en « buggies lunaires », écrasant sans vergogne les parterres floraux de leur « ami ». Tout le film réside dans cette matrice formelle, qui cristallise les enjeux et thématiques à venir, en plus de stigmatiser le manque de respect des hommes envers la nature.

Douglas Trumbull peut dès lors dérouler son intrigue, sise dans un univers parfaitement ciselé (de superbes maquettes spatiales, dont celle du vaisseau principal Valley Forge faisait environ 8,5 m de long, alternées avec des plans de l’intérieur d’un véhicule militaire de transport aérien, réquisitionné pour l’occasion), et toujours aussi pertinente (40 après !), au regard de notre exploitation irraisonnée des ressources naturelles et du réchauffement climatique…

Le film se permet aussi une dénonciation en règle des dérives et de l’absurdité de certaines décisions gouvernementales (l’Etat américain développe des écosystèmes dans l’espace, pour « reboiser » la Terre, mais décrète subitement de détruire toutes les serres ; lorsque le sort de Lowell s’avérera incertain, ils lui conseilleront à demi-mot de se suicider en bon américain !, etc.), en plus d’offrir une des représentations les plus réussies de la « solitude de l’astronaute », guidant le spectateur vers un final « nihiliste » (tétanisant).
Silent Running est idéalement servi par un Bruce Dern habité (The Trip de Roger Corman, On achève bien les chevaux de Sydney Pollack, Monster, The Hole de Joe Dante) dans le rôle central de Lowell, aux côtés de Cliff Potts (les séries Falcon Crest & Dallas, Sahara de Andrew V. McLaglen, l’érotico-horrifique Embrace the Darkness), Ron Rifkin (Maris et femmes de Woody Allen, Wolf, The Majestic de Frank Darabont, les séries Urgences & Alias) et Jesse Vint (Chinatown de Polanski, Earthquake, Les gladiateurs de l’an 2000).

Les droïdes (préfigurant le R2D2 de Star Wars) sont quant à eux incarnés par des acteurs amputés de plusieurs membres…
Dans les profondeurs du générique, on remarquera les noms de deux magiciens des SFX visuels (alors étudiants) : John Dykstra (le « crypto-gay » Batman Forever, Stuart Little, Spiderman 1 & 2, Hancock, …) et Richard Yuricich (Blade Runner, Event Horizon, Mission Impossible 1 & 2, Resident Evil, …).

Silent Running n’a pas vieilli et demeure d’une formidable acuité par rapport à l’évolution de notre chère planète. Sa vision se révèle beaucoup plus efficace pour éveiller les consciences que les charges opportunistes du démago Yann Arthus-Bertrand (et son « ambigu » Home, produit par les grands groupes dont il dénonce les agissements !).

En un mot : visionnaire ! Un classique oublié à redécouvrir.

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