Festival Offscreen

OFFSCREEN 2011

Rubber de Quentin Dupieux

Une décharge publique. Parmi des montagnes de déchets, un pneu. La masse de caoutchouc noir, jusque-là inerte, se met à gigoter, trembler, prendre vie. Après des premiers « pas » malhabiles, le pneu se lance dans un périple durant lequel il sèmera la mort en faisant exploser dans des geysers de raisiné et de bidoche une tripotée de caboches et tombera raide dingue d’une souris aux courbes à faire se damner un pneu. Le tout sous le regard incrédule d’une smala de spectateurs matant jumelles vissées aux billes, le spectacle offert par Robert le pneu.

Echaudé par l’expérience Steak où tout prenait trop de temps à ses yeux, Quentin Dupieux reprend le chemin des plateaux avec la ferme intention de tourner avec une team über light pour shooter vite, puissant et efficace sans qu’aucun exécutif ne vienne lui pomper l’air sur son set pour cause de budget maousse. Cumulant les postes de réalisateur, chef opérateur et monteur, le père de Flat Eric se donne quatre semaines pour réaliser un thriller sans suspens, un film expérimental bouffon, un film libre. La preuve en est le choix délibéré de Dupieux d’opter dès les premières secondes de son métrage pour un rythme lent le détournant instantanément des codes bisseux et zèdards que pouvait augurer le synopsis du film, ainsi que sa volonté de briseur de peanuts de pousser le spectateur dans ses derniers retranchements en le forçant à faire sa part du boulot comme un grand.

Premier challenge pour Dupieux : rendre crédible son pneu, sans que le spectateur ne puisse un quart de seconde comprendre le stratagème donnant vie à son héros de caoutchouc et force est de constater que le bonhomme et sa clique de concepteurs ne se loupent pas dans leur mission casse-gueule. Si techniquement l’effet est saisissant, on ne peut pas véritablement dire que Dupieux réussisse à donner une âme à son pneu de héros. En gros, Robert existe mais ne vit pas. Dommage, car l’absence d’émotion découlant du pneu, ainsi que la distanciation narrative du récit due à un concept de mise en abyme astucieux et jusqu’au-boutiste, rendent le film à la fois fascinant et ludique mais hermétique à toute forme d’empathie pour les personnages. Plutôt ballot pour un film d’une heure et demie. Mais on va pas rouscailler pour si peu. Ne boudons pas notre plaisir. Car hormis cette pénurie de sentiments, le reste du film est une merveille de trouvailles, d’astuces et de surréalisme. Et puis c’est beau, ça en jette, ça a d’la foutue gueule quoi ! Et comment ne pas se pallucher face à un film se terminant sur une scène finale hallucinante, mettant en scène l’âme de Robert le pneu passant de sa carcasse de caoutchouc à celle d’un petit tricycle ralliant une cité lointaine avec une armée de congénères, métaphore de Dupieux le Rebelle partant à l’assaut de Hollywood avec la ferme intention d’y foutre un Bronx pas possible du côté des p’tits frileux de la cité des anges.

Trop long d’une bonne demi-heure, Rubber réussit malgré tout son pari de captiver de bout en bout et de rentrer dans le club très sélect des films instantanément cultes, grâce à des images donnant parfois l’impression de sortir tout droit d’une vidéo de Matthew Barney, une musique à la croisée des compositions indus de Carpenter et des mélodie barpapapesques du François de Roubais de Chapi-Chapo, à un casting tout minouch rempli de tout plein de gus cachetonnant dans des soaps made in USA, de la charmante Roxanne Mequida qui remue à merveille du croupion et des excès de cabotinage de cette bonne vielle gueule burinée de Wings Hauser et à des références qui titillent le cinéphile déviant là où ça lui fait du bien.

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