Festival Offscreen

OFFSCREEN 2011

Ouverture du cycle Shaw Brothers - “double bill” Liu Chia-Liang

Le public s’était déplacé en masse pour l’ouverture de ce tant attendu cycle Shaw Brothers, en majorité des invités du festival ; petites sommités et gens du métier, parmi lesquels on reconnut Bruno Forzani, co-réalisateur du sublime « néo-giallo » Amer.

L’assistance eut droit à deux introductions : l’une par la représentante de l’ambassade de Hong-Kong, au débit mitraillette et affirmant fièrement l’appui de l’ancienne colonie britannique aux réalisateurs, s’épanouissant dans une totale liberté (en voilà une qui fait mine de ne pas connaître les tabous inamovibles de l’industrie ciné locale et ne doit pas avoir entendu parler de la rétrocession…).

L’autre, par l’érudit Tony Rayns, cinéphile précieux et grand spécialiste du cinéma asiatique (il travaille régulièrement sur les bonus DVD de l’éditeur Criterion et pour la collection british Masters of Cinema). Pour l’anecdote, Rayns scénarisa le 1er long-métrage réalisé par Christopher Doyle (chef-op attitré de Wong Kar Wai), A Way with Words (1999), même si ce dernier n’aurait pas pris la peine de lire le script avant de tourner (Tony Rayns : « Vous savez, travailler avec Chris Doyle est particulier, il est sérieusement porté sur la bouteille ; quelques canettes de Heineken le matin, qui à midi se comptent au nombre de 16, une bouteille de vodka pendant le repas, … »).

Selon Rayns, The 36th Chamber of Shaolin (1978) s’ancre véritablement dans la révolution que les films de Bruce Lee avaient imprimée au genre, conférant un aspect plus « brutal », direct aux scènes de combat ; L’homme aux mains d’aciers, La fureur du dragon et Opération Dragon étant passés par là (1972 & 1973 ; je ne reviendrai pas sur l’animalité inhérente au corps filmique de Lee, se déplaçant tel un fauve, pour cela, reportez-vous à la belle analyse de Opération Dragon par Bernard Benoliel, aux éditions Yellow Now).

A l’époque, la Shaw Brothers (dirigée d’une main de fer par Run Run Shaw, qui fut solidement épaulé par ses trois frères) était en plein âge d’or, une multitude de productions se tournant à une cadence infernale. La légende veut qu’un nouveau tournage démarrait tous les 9 jours, les différentes équipes techniques logeant directement sur les terrains du studio, de façon à être le plus réactif possible…

La 36ème Chambre de Shaolin est pour Tony Rayns « more than a classic ».

33 ans après, on constate que l’objet n’a pas pris une ride…

The 36th Chamber of Shaolin

Réalisé par Liu Chia-Liang (alias Lau Kar-Leung en cantonais ; Retour à la 36ème Chambre, Les Disciples de la 36ème Chambre, Drunken Master 3, …), longtemps chorégraphe des œuvres du maître Chang Cheh (The One-Armed Swordsman, Le retour de l’hirondelle d’or, Frères de sang, …), La 36ème Chambre de Shaolin est une histoire de vengeance (des félons ont assassiné le père du héros et détruit son commerce), qui se mue en parcours d’apprentissage/initiation (le personnage principal se rendant au temple Shaolin pour y apprendre le kung-fu et, au fil de diverses épreuves, récolter leurs enseignements).

San Te (campé par le grand Gordon Liu : Les Exécuteurs de Shaolin, Les Démons du Karaté & Drunken Monkey de Liu Chia-Liang, Clan of the White Lotus de Lo Lieh, Kill Bill de Tarantino, …) verra son parcours personnel et spirituel s’enrichir en parcourant les diverses salles du temple, chacune dévouée à une épreuve particulière (de la plus terre à terre à la plus « absurde », bien qu’elles se caractérisent toutes par des visées spécifiques).

Le film, d’une exubérance généralisée ; outrance des situations relayée par le jeu « exotique » (pour le public occidental) des acteurs et la forme intrinsèque de l’œuvre (technique : découpage dynamique, nombreux « arrachés » et tirages brusques de focale, …), se pare (souvent) de ralentis « icônisants » lors des scènes d’action, autant que d’accents comiques (burlesques), intensifiés par la nature (apparente) des épreuves (cf. celle où le héros doit traverser un chemin jonché de sacs de sable suspendus, qu’il doit taper de la tête, jusqu’à l’étourdissement !).

A ce titre, il serait intéressant de se répandre plus longuement sur le film, qui orchestre une sorte de « dialectique des corps », captant merveilleusement les mouvements et « incidences » liés (effets sur le corps des épreuves endurées, « hypnotisme » des corps en mouvement, … l’intro stylisée du film ne raconte rien d’autre).
Chorégraphié par Liu Chia-Liang (qui porte les deux casquettes : réalisateur/chorégraphe des combats), The 36th Chamber of Shaolin (Shao Lin san shi liu fang) est un classique impérissable du « kung fu pian », de ceux qui marquent la vie d’un cinéphile…

Eight Diagram Pole Fighter

Réalisé 5 ans après The 36th Chamber of Shaolin par le même Liu Chia-Liang, Eight Diagram Pole Fighter (Wu Lang ba gua gun) se révèle moins mesuré que celui-ci, plus « théâtral » (cf. l’ouverture guerrière, devant des décors « abstraits »), opératique et grandiloquent.

Ce film est dédié à Fu Sheng, qui aurait du en tenir le rôle principal, mais décéda pendant le tournage des suites d’un accident de la route (à 28 ans…). En l’état, il tient le rôle du frère de Gordon Liu (une fois de plus en tête d’affiche), traumatisé par la guerre et complètement déphasé au retour de celle-ci.

Des scènes d’action décomplexées (ne se refusant pas cette fois des effusions sanguinolentes du plus bel effet), qui occupent d’ailleurs une majeure partie du film, lui confèrent un rythme soutenu (sans cesse renouvelé), le spectateur étant littéralement emporté dans un « tourbillon visuel ».

Les chorégraphies de combat sont brillantes et inventives, Tony Rayns soulignant aussi que l’on peut envisager le film comme féministe ; les femmes y tenant un rôle prépondérant (crucial pour la narration) et participant ardemment aux scènes d’action.

Parmi ce superbe casting de femmes fortes, l’amateur éclairé remarquera Lily Li (Les 13 fils du dragon d’or de Chang Cheh, La Danse du Lion de Jackie Chan, Le Combat des Maîtres de Liu Chia-Liang, …), Kara Hui (Les 18 armes légendaires du Kung Fu de Liu Chia-Liang, Big Brother de Jackie Chan, Infernal Affairs II, …), ou encore Yeung Ching-Ching (Shaolin contre Wu Tang de Chang Cheh, Retour à la 36ème Chambre de Liu Chia-Liang, Swordsman 2 de Ching Siu-Tung, Royal Tramp 1 & 2 de Wong Jing, …).

In fine, on se dit que Eight Diagram pourrait être un semblant de mise en abyme du genre (comme pas mal d’autres péloches de ce type), réduit à son essence-même : l’art de la tatane (avec classe).
La 36ème Chambre de Shaolin et Les 8 Diagrammes de Wu-Lang (titre français) font office d’incontournables, comme deux facettes du film de kung-fu traditionnel made in Shaw Brothers, pillés (comme beaucoup d’autres) par Tarantino pour son diptyque Kill Bill (Quentin, passeur du cinéma des marges en direction du public de masse, mais surtout « pompeur » devant l’éternel).

Merci le Offscreen ! Vivement la suite !

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