Critique de film

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Nymphomaniac - Volume 1

"Nymphomaniac"
affiche du film

La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Nymphomaniac Vol. 1 - Il est plus aisé d’accuser un sexe que d’excuser l’autre
Par : Seb Lecocq

Après des mois de salamalecs et de polémiques en tout genre, fort possiblement créées de toutes pièces, de fausses infos et de vraies intox, le nouveau film de Lars Von Trier, du moins sa première partie, pointe enfin le bout de son gland dans les salles. On a tout dit et écrit sur le film alors que personne, pas même le réalisateur d’après une énième rumeur, n’avait vu le film dans sa version définitive. Dans les faits, Nymphomaniac Volume I, validé par lui ou pas, on ne le sait toujours pas vraiment, est bien un film de Lars Von Trier. A tous les niveaux, on reconnait la patte esthétique du Danois, sa vision du monde pessimiste et nihiliste, son amour pour un cinéma intellectuel inspiré du théâtre, de la musique classique et de la grande littérature. On retrouve aussi son intransigeance dans la direction d’acteurs, ses comédiens se donnent encore une fois corps et âme au projet et sont tous d’une justesse incroyable. Le Danois balaye toute polémique d’un revers de la main via un message sibyllin planqué en fin de générique : non, les acteurs professionnels, malgré les déclarations de certains, n’ont pas pratiqué de scène de sexe non simulée. Pas de précisions par contre sur le sexe oral…

Ce premier Volume s’impose comme une œuvre cérébrale et intellectuelle plus que viscéralement charnelle. Si les images et la mise en scène s’avèrent magnifiques, le film adopte une forme et une structure très littéraire. L’œuvre est divisée en deux volumes eux–même scindés en cinq chapitres portant un sous-titre et qui pourraient éventuellement être vus de façon individuelle. Chaque segment qui prend place dans un grand tout en forme de séance de psychanalyse ou de récit intime illustre un style différent allant du vaudeville fielleux au récit de jeunesse en passant par le drame familial ou le documentaire animalier. Von Trier possède une approche intellectuelle et quasi scientifique du sexe, ce qui est illustré à l’écran par nombre de schémas, dessins médicaux, formules mathématiques ou métaphore animalière censée illustrer la nature de la relation sexuelle ou de la séduction perçue ici comme une partie de pêche. Le tout n’est pas de consommer sa prise mais de l’appâter, la ferrer suivant une technique bien établie et empiriquement éprouvée. Le sexe vu par Von Trier est une compétition, un acte égoïste, une addiction solitaire et froide. Il évite tout jugement de valeur ou moral mais en profite pour régler ses comptes à la bien-pensance cannoise au détour d’une réplique prononcée par Seligman, le personnage juif interprété par Stellan Skarsgard.

Lars Von Trier est un personnage sombre et complexe, misanthrope et agoraphobe. Cela se ressent fortement dans ses films où il ne montre aucune empathie pour ses personnages qui, souvent, sont d’une infinie tristesse presque contagieuse. Un film de Von Trier se ressent physiquement et c’est encore le cas ici où sans savoir vraiment pourquoi, on se voit sombrer dans une aigre et contagieuse mélancolie. La mise en scène est pourtant très bonne, les images sont chiadées à l’image de la scène d’ouverture d’où suinte cette fameuse tristesse encore rehaussée par les accords martiaux de la musique de Rammstein en total décalage avec la scène qui se déroule sous nos yeux et qui sert de point de départ au film : la rencontre entre Joe (Charlotte Gainsbourg) nymphomane blessée retrouvée sous la pluie dans une ruelle sombre par Seligman, un Juif raffiné et compréhensif qui va écouter, commenter et analyser le récit de Joe. Il ose des comparaisons entre le sexe et la pêche à la ligne, la musique de Bach ou la théorie des nombres de Fibonacci.

Nymphomaniac Volume I est plutôt chiche en sexe, on peut même dire que le film bande mou, qu’il a la baise triste, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Oh bien évidemment on voit des corps nus s’entremêler et s’ébattre mollement, des visages se tordre de façon grotesque lors de divers orgasmes mais rien de réellement révolutionnaire. On est très loin de la pornographie, même grand public, voulue par le metteur en scène et des diverses déviances sexuelles. L’atmosphère est dramatique, morne, la nymphomanie de Joe est montrée comme une addiction, une maladie aussi physique que psychique qui remonte à l’enfance. Le rôle de Seligman est intéressant car c’est lui qui commente et s’exprime sur le sujet en essayant de comprendre et d’analyser l’histoire de Joe. Il est la caution intellectuelle du film, disserte de littérature, de pêche à la mouche ou encore de musique lors d’un exceptionnel cinquième chapitre qui se clôt d’ailleurs sur un gros cliffhanger.

Le regard de Von Trier sur ses personnages est proche de celui d’un entomologiste qui regarde tout ce petit monde s’ébrouer par l’œilleton de sa caméra. A la fois démiurge et observateur attentif, il pose un regard détaché et froid mais précis sur la nymphomanie de son héroïne. Magnifiquement interprétée par Stacy Martin qui apporte son innocence, son angélisme de façade grâce à un visage et des attitudes mystiques presque christiques par moment qui exprime une parfaite dichotomie entre son physique de petite fille perdue et sa nymphomanie galopante. Nymphomaniac Volume I est un film très étrange et cérébral, à la fois littéraire et pratiquement scientifique dans son approche. Une œuvre riche, profondément triste et sombre mais parfois drôle aussi. Un film qui enchaîne les tours de passe-passe, les styles et les genres. Un film à la beauté plastique exceptionnelle qui livre certains plans d’une beauté ahurissante, notamment lors du chapitre « Delirium » tout en noir et blanc. Nymphomaniac Volume I est une œuvre tranchante, radicale, qui respecte un parti pris et une vision qui ne plaira pas à tout le monde. Bref, un film qui ressemble à 100% à son controversé auteur.


Commentaires sur le film

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Quel est le propos de ce film ? A part sacrifier à la mode du moment qui consiste à mettre le sexe à toutes les sauces et à discourir à n’en plus finir sur la bête à deux dos, jusque dans les salons mondains,on ne voit pas bien ce qu’il est susceptible d’apporter au spectateur. Je n’ai rien appris d’essentiel ce film surfe sur une certain déchaînement médiatique de la parole en matière de sexualité le tout avec une crudité supposée renverser le spectateur. Il aurait été visionnaire il y a vingt ans, il est bien tard...

24 janvier 2014 à 00:01 | Par JMD

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