Critique de film

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Norway of life

"Den Brysomme mannen"
affiche du film
  • Année de production : 2006
  • Réalisateurs : Jens Lien
  • Scénaristes : Per Schreiner
  • Acteurs : Trond Fausa Aurvaag, Petronella Barker, Per Schaaning, Brigitte Larsen, Johannes Joner
  • Musique : Ginge Anvik
  • Genre : Fantastique
  • Pays d'origine : Norvège, Islande
  • Durée : 1h35
  • Budget : 2,1 millions de dollars
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses : Prix Amanda des Meilleur acteur (Trond Fausa Aurvaag), Meilleur réalisateur et Meilleur scénario aux Amanda Awards en 2006 Prix ACID au festival de Cannes en 2006 Maverick Spirit Award au Cinequest San Jose en 2007 Mention spéciale à Fantasporto en 2007 Grand Prix, Prix de la critique internationale, Prix du jury jeunes et Prix du jury Sci Fi au festival de Gerardmer en 2007

Andréas se retrouve dans une ville étrange. Il ignore comment il est arrivé là. On lui remet un emploi, un appartement, et même une femme. Très vite, il s'aperçoit pourtant qu'il y a quelque chose qui cloche. Tentant de s'enfuir, il découvre que la ville est sans issuesâ

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Norway of life - Un fjord fantastique
Par : Damien Taymans
Tags : Psychologique

Trois ans après avoir glané quelques récompenses pour son premier long métrage, le Norvégien Jens Lien revient à la charge avec Norway of life, titre français réducteur aux prétentions sociologiques, qui a remplacé sur nos terres le titre original de Den Brysomme mannen (l’homme gênant) davantage en phase avec le contenu du métrage. Norway of life se démarque du cinéma intellectualiste et réaliste du Danois Lars Von Trier et de son Dogme 95 ou des peintures ontologiques aux accents dramatico-comiques d’Anders Thomas Jensen. Le Scandinave s’éloigne de la tendance devenue courante du réalisme décalé propice à l’érection d’une critique acerbe de la société sous une façade de dramaturgie (Idioterne, Adam’s apples) pour s’atteler à immiscer son intrigue au sein d’un monde parallèle empreint de fantastique.

Andréas débarque dans une contrée inconnue où il est accueilli par un homme qui vient juste de dresser une banderole pour célébrer son arrivée. Arrivé dans ladite ville, Andréas découvre sa nouvelle vie : il possède une maison semblable à celles, qualifiées de témoin, des salons de l’habitat, est l’heureux mari d’une femme aux galbes formidablement dessinés et se voit propulsé à un poste inintéressant de bureaucrate sans souci. Seulement, quelque chose cloche dans ce monde préfabriqué : les aliments n’ont plus de saveur, le sexe est devenu un acte protocolaire amputé de tout plaisir et les blessures se résorbent d’elles-mêmes…

Fable sociologique que ce Norway of life, sorte de pamphlet anticonformiste à l’égard de la société de consommation qui vise à standardiser l’existence des individus dans le seul but d’en faire des créatures consommatrices comme l’illustrent les intérieurs IKEA des bâtiments qui composent la ville. Pourtant, outre cette attaque anticonsumériste latente, le métrage brille par son appartenance au mouvement existentialiste développé dès la moitié du siècle précédent par une génération de romanciers et philosophes inspirés qui n’avaient d’autre but que de nous saper le moral avec leurs théories nihilistes.

Andréas, au sein de cet univers homogénéisé, ne peut que subir la vie normalisée qui lui est proposée, une existence comblée par le sempiternel métro-boulot-dodo et dont les seuls projets consistent en la décoration de son chez soi et l’ambition carriériste. Tel le héros sartrien, Andréas est perdu dans cet univers au sein duquel il ne se sent pas à sa place. Tel la figure camusienne, Andréas tente de trouver une raison de vivre. Pourtant, à l’inverse des personnages existentialistes, le héros de Jens Lien garde un espoir de quitter ce monde figé et aseptisé en recherchant à tout prix la lumière, celle qui lui permettra de fuir et de revivre.

Le monde statique doté d’un modernisme stérile (les buildings gris-bleu à l’architecture homogénéisée, le restaurant d’un blanc immaculé) évoque de nombreuses influences diverses : du Gattaca d’Andrew Niccol au 1984 de George Orwell, en passant par l’Alphaville de Godard et l’univers kafkaïen aux accents de Kierkegaard. Ce drame intimiste empreint de fantastique (ou l’inverse) sis au milieu d’un monde de catalogue ne tombe jamais dans le piège des vaines tergiversations explicatives, écueil habituellement inévitable, ici surmonté par l’absence de rationalisation.

On ne peut que se laisser subjuguer par le défilement de ces images figées semblant tout droit sorties du monde pictural. Intellectuel sans devenir intellectualiste, réel sans devenir réaliste, Norway of life réussit la délicate mission de conserver ses allures d’œuvre artistique sans pour autant plonger dans le contenu auteurisant.

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