Critique de film

pub

Nekromantik

"Nekromantik"
affiche du film

Rob (Daktari Lorenz) travaille pour une société de ramassage de corps (Joe's Street Cleaning Agency), ce qui lui permet de subtiliser des cadavres qu'il ramène chez lui afin de se livrer à des actes érotiques sur eux. Ce avec la complicité de sa fiancée (Beatrice Manowski). Mais son patron s'apercevant que "quelque chose cloche", Rob est renvoyé de son travail ce qui provoque une crise dans son couple. Ã

pub

Les critiques à propos de ce film

Critique de Nekromantik - Amour à mort
Par : Fred Pizzoferrato

Précédé d’une réputation sulfureuse, le métrage de Jorn Buttgereit consacré au tabou ultime de la nécrophilie s’avère en définitive plus proche du cinéma d’auteur « arty » que du gore pur et dur. L’intrigue se déroule à Berlin où Rob travaille dans une entreprise chargée de nettoyer les scènes de crimes et d’accidents. Il aime aussi collecter des morceaux de cadavres qu’il ramène à la maison à la grande joie de sa compagne Betty, une jeune femme fascinée par la mort. Un jour, Rob revient avec un corps complet déjà en partie décomposé et Betty commence à lui faire l’amour. Malheureusement, le lendemain, Rob perd son job et Betty le quitte en emmenant son cadavérique amant. Essayant de se consoler auprès d’une prostituée, le jeune homme constate qu’il ne peut dorénavant plus faire l’amour à un être vivant…

Nekromantik ne sera pas du goût de la majorité des fans de cinéma d’horreur. Nous sommes en effet aux antipodes d’un gros budget et d’un travail soigné pour plonger dans le monde des films amateurs réalisés de manière très artisanale avec un budget inexistant et trois bouts de ficelle. L’ensemble s’apparente donc clairement à un métrage expérimental qui, en dépit de son sujet malsain, se rapproche avant tout de l’art et essai. Ainsi le jeune réalisateur, sans doute contraint par le manque d’argent, utilise une photographie granuleuse rapprochant encore son œuvre d’un témoignage brut, comme pris sur le vif. Les dialogues, eux, sont rares et n’apportent pas grand-chose : ils sont souvent purement explicatifs et redondants au point que Nekromantik aurait finalement très bien pu s’en passer. La musique, pour sa part, se montre souvent en décalage et propose un contraste souvent intéressant entre les images (glauques) et la douceur des mélopées. La séquence la plus fameuse du film, à savoir le triolisme nécrophile, s’accompagne ainsi d’une mélodie douceâtre au piano. Alors que la scène est visuellement répugnante (la demoiselle glisse un bout de métal entre les jambes du cadavre et l’utilise comme accessoire érotique, le monsieur suce l’œil du corps décomposé,…), les mélodies apaisantes lui confèrent un certain romantisme macabre relativement efficace. Il s’agit à coup sûr du passage le plus intéressant et maîtrisé de Nekromantik, le cinéaste évitant astucieusement le voyeurisme morbide par un regard distancié et presque normalisateur sur une pratique pourtant horrible.

Par contre, à d’autres moments, Jorg Buttgereit cherche manifestement l’effet répulsif à peu de frais et ne se prive pas d’infliger aux spectateurs des scènes de cruautés gratuites perpétrées à l’encontre d’animaux innocents. Une pratique douteuse à rapprocher des excès de la vague « cannibale » italienne du début des années 80, sans l’alibi pseudo ethnologique de ces derniers. D’autres passages, supposés extrêmes, échouent complètement dans leur volonté de choquer et versent dans un comique involontaire assez déstabilisant. Le cinéaste, dans la seconde moitié de son métrage, tente ainsi de maladroites séquences poétiques, de déroutantes scènes romantiques et part en vrille pour plonger dans des délires psychédéliques franchement pesants. Une fois encore on a un peu l’impression que Buttgereit a intensément potassé « Le cinéma d’auteur pour les nuls » et qu’il souhaite atteindre une certaine légitimité, aspirant probablement à une certaine reconnaissance par delà les frontières des « simples » amateurs de gore. Nekromantik fut banni dans la plupart des pays du monde. Est-ce à dire qu’il est aussi insoutenable que sa réputation le laisse entendre ? Pas vraiment. Les scènes réellement gore sont peu nombreuses (et correctes compte tenu des faibles moyens dont a disposé Buttgereit) et même les passages nécrophiles se veulent plus romantiques qu’atroces. Néanmoins, le sujet demeure choquant et traité de manière suffisamment graphique pour révulser une bonne partie du public. La fin, bien glauque mais non dénuée d’un humour noir efficace, ouvre la porte à une séquelle qui sera tournée quatre ans plus tard.

Au final, Nekromantik apparaît comme une œuvre souvent ennuyeuse et maladroite traversée de l’une ou l’autre fulgurance. L’ensemble s’avère surtout longuet (un comble alors que le métrage ne dure que 70 minutes) et sans beaucoup d’intérêt hors de son sujet rarement traité sur les écrans. A voir uniquement par curiosité pour les inconditionnels de cinéma étrange et déviant.

Critique de Nekromantik - La petite mort
Par : Damien Taymans

Paraphilie des plus fascinantes, la nécrophilie constitue une déviance sexuelle socialement réprouvée. Incontestablement taboue, cette pratique consistant en un coït avec un partenaire qui ne peut plus dire s’il est réellement consentant a été étrangement peu abordée dans le septième art, si ce n’est dans les catacombes du cinoche underground et déviant, à la limite du sectarisme. Nacho Cerda dans le segment Aftermath de La trilogie de la mort, Patrick Bouchitey avec Lune froide, Joe D’Amato dans son Buio Omega sont quelques rares cinéastes téméraires à avoir traité du sujet et à voir forcément leur oeuvre devenir le sujet de diatribes véhémentes.

Projectionniste de formation, l’Allemande Jorg Buttgereit entreprend, après deux courts métrages plutôt trashs (Horror Heaven et Hot Love) de coucher sur pellicule les exactions nécrophiliques de Rob, employé dans une compagnie de ramassage de cadavres, qui subtilise les corps afin de s’adonner, avec sa compagne, à un triolisme morbide. Tourné sur deux années avec une bande de potes en 8mm, Nekromantik a tout de la bobine amateure expérimentale shooté à l’arrache dans des décors naturels, à l’abri des regards de voisins un brin voyeurs. C’est bien là l’étrange destin de ces bandes sulfureuses destinées à quelques fétichistes du passage bien trashy capable de leur désorganiser les organes.

Pourtant, malgré une mise en scène souvent too much accentuant le psychédélisme de l’entreprise et quelques séquences de violence gratuite (l’égorgement du lapin, tout à fait dispensable), le film de Buttgereit désarçonne par son mélange des tons (succède à l’étêtement d’un croquemort une scène excessivement poétique) et par le traitement particulier de sa thématique. Rob, sinistre bonhomme à la solde d’une petite amie castratrice, est élevé dans la fascination de la mort et n’envisage son existence sans la jouissance que lui apportent ses fétiches. Collectionnant les morceaux d’organes dans des bocaux hermétiquement fermés, partageant l’acte sexuel avec des corps en décomposition, le héros fétichise la mort et entrevoir en elle un moment de plaisir intense. Son propre suicide s’accompagne d’une éjaculation, symbole suprême de "la petite mort", expression stigmatisant la caractère divin de l’orgasme.

Controversé et interdit de diffusion dans de nombreux pays, Nekromantik reste à ce jour l’un des essais les plus aboutis de son réalisateur qui persévéra dans la description voyeuriste de l’abject avec Der Todesking et Nekromantik 2.


Donnez votre avis sur le film !

En résumé
ecrire un commentaire sur le film
;



Récentes critiques

affiche du film
The End
2016
affiche du film
Small Town Killers
2017
affiche du film
The Circle
2017
affiche du film
K-Shop
2016
affiche du film
Extinction
2015
affiche du film
Attraction
2017
affiche du film
Tunnel
2016
affiche du film
Message from the King
2016
affiche du film
Child Eater
2016
affiche du film
On l'appelle Jeeg Robot
2015

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage