Critique de film

pub

Murderer (The)

"Hwanghae, The yellow sea"
affiche du film

Yanji, ville chinoise de la Préfecture de Yanbian, coincée entre la Corée du Nord et la Russie, où vivent quelques 800 000 Sino-coréens surnommés les «Joseon-Jok.» 50% de cette population vit d'activités illégales. Gu-nam, chauffeur de taxi, y mène une vie misérable. Depuis six mois, il est sans nouvelles de sa femme, partie en Corée du Sud pour chercher du travail. Myun, un parrain local, lui propose de l'aider à passer en Corée pour retrouver sa femme et même de rembourser ses dettes de jeu. En contrepartie il devra simplement… y assassiner un inconnu. Mais rien ne se passera comme prévu…

pub

Les critiques à propos de ce film

Critique de The murderer - Le péril jaune
Par : Seb Lecocq

Yanji, ville chinoise de la Préfecture de Yanbian, coincée entre la Corée du Nord et la Russie, où vivent quelques 800 000 Sino-Coréens surnommés les « Joseon-Jok. » 50% de cette population vit d’activités illégales. Gu-nam, chauffeur de taxi, y mène une vie misérable. Depuis six mois, il est sans nouvelles de sa femme, partie en Corée du Sud pour chercher du travail. Myun, un parrain local, lui propose de l’aider à passer en Corée pour retrouver sa femme et même de rembourser ses dettes de jeu. En contrepartie, il devra simplement… y assassiner un inconnu. Mais rien ne se passera comme prévu…

Na Hong jin s’est fait un nom dans le panier de crabes que représente le cinéma coréen avec un seul film,The Chaser, qui a cassé les dents de pas mal de monde. Certes, en surfant sur la vague du « néo polar » coréen, mais en y ajoutant une touche de virtuosité, de violence sèche et surtout en faisant montre d’un vrai talent de metteur en scène avec une vision et un style propre. Trois ans plus tard, comme pour le jeune communiant, l’heure de la confirmation est venue. Et quelle confirmation ! Na reprend les rennes de son cinéma et le pousse dans ses derniers retranchements en y ajoutant une bonne dose de politique, de social et de drame humain, des thématiques déjà bien présentes et sous-jacentes dans son précédent film qui, cette fois, bénéficient d’une mise en lumière particulière grâce à l’écriture de Na Hong jin.

The Yellow Sea déroule les méandres d’une histoire à la fois simple et complexe, brassant tout un tas de thématiques et de sous-textes politico-sociaux. Cette histoire est celle d’un chauffeur de taxi précaire, accro aux jeux et à la limite de la petite délinquance, qui se voit proposé un contrat particulier. Tuer une personne qu’il ne connait pas contre une grosse somme d’argent. Une fois le contrat rempli, il va vite se rendre compte que le piège se referme sur lui. Et le Coréen, depuis le temps vous l’avez compris, n’aime pas se faire piéger. Sur ce postulat de départ assez classique, Na Hong jin greffe tout ce qui faisait la force de The Chaser et fait exploser les coutures du genre polar hard boiled à la coréenne. Tous les passages obligés y sont poussés à leur paroxysme, le cinéaste défiant quiconque d’aller plus loin, de frapper plus fort, de courir plus vite. Son film s’impose comme une œuvre terminale poussant ses collègues à chercher de nouvelles approches, une nouvelle manière de filmer l’action et le polar. Car si la qualité est bien souvent au rendez vous, on peut reprocher au cinéma coréen une certaine uniformité formelle et narrative. En un mot comme en cent : tous les films finissent peu ou prou par se ressembler.

A l’inverse, Na Hong jin possède un regard, une vision de la Corée et de sa société. Une vision noire, désenchantée sans être nihiliste car au fond du tunnel, au fond de l’abime, Na laisse entrevoir la lumière salvatrice de l’espoir. Ici c’est une fois de plus le cas via un dernier plan planqué au beau milieu du générique. Un plan simple qui en dit long, très long. Le réalisateur, se complaisant parfois dans une violence sadique, aime aménager une porte de sortie pour ses personnages toujours en recherche de rédemption. Même si, à la base The Yellow Sea est un polar et un film de vengeance, les deux genres s’entremêlant habilement, on y trouve aussi une histoire d’amour perdu, impossible, faisant avancer et motivant le personnage principal. Autre spécificité du film, qui s’impose comme une des spécialités du réalisateur, c’est l’absence quasi-totale d’armes à feu durant les 2h15 que dure le métrage. Il faut savoir qu’en Corée, il est très difficile de se procurer une arme, les réalisateurs incluent donc cette caractéristique pour concentrer leur scènes d’action autour de combats pieds/poings et de bastons homériques à l’arme blanche. Hache, machette, tournevis, poignard, couteaux, un attirail prompt à rappeler les catalogues Leroy Merlin. Comble de la barbarie, le réalisateur nous gratifie même d’un combat à l’os à moelle. Une belle façon de mettre en image l’animalité et l’instinct de survie contenus dans chaque être humain et qui constituent une des composantes essentielles des personnages brossés par l’auteur.

Géopolitiquement parlant, le métrage se distingue aussi de ses homologues en situant l’action non pas dans la Séoul ultramoderne habituellement représentée au cinéma mais sur les rives de la Yellow Sea, source de l’intitulé de l’oeuvre. Plus précisément dans la ville de Yanji, une zone de non-droit située aux confins de la Russie, des deux Corée et de la Chine. Le film met en lumière le problème des Joseonjok, des immigrés illégaux coréens installés en Chine dans des conditions précaires. C’est là, dans cette zone où tout est permis, que se déroule la majeure partie de The Yellow Sea. Na en profite pour filmer la décrépitude et la paupérisation de sa population immigrée. Sa mise en scène est à l’image de son film : dure, sèche et sans compromis. Le réalisateur installe ses caméras dans la boue et filme la déchéance et la violence d’un homme pris dans l’engrenage de la vengeance et du sang. Le talent de cinéaste s’exprime notamment lors des scènes de courses-poursuites pédestres qui ont fait la réputation de son précédent film et des combats d’une rudesse rarement vue dans le cinéma coréen. Mais s’il ne recule pas devant les épanchements d’hémoglobine, le réalisateur dessine quelques ellipses gravement évocatrices qui décuplent l’impact et l’aura de violence de certains de ses personnages. Une idée merveilleuse de mise en scène prouvant que l’ellipse peut s’avérer plus brutale que n’importe quelle baston.

Pétri de nombreuses qualités esthétiques, thématiques et scénaristiques, The Yellow Sea doit également beaucoup à ses comédiens : tous se donnent corps et âme pour le bien du film. Cependant, le film n’est pas exempt de menus défauts comme certaines longueurs, des personnages aussi indestructibles que Boris The Blade dans le Snatch de Guy Ritchie et une certaine complaisance dans la violence. Na, avec The Yellow Sea, entre officiellement dans la cour des grands du cinéma coréen. Cinéma qui se porte on ne peut mieux car avec The Yellow Sea et I Saw The Devil (et en attendant « The Unjust » de Ryoo Seung wan), la Corée vient de se placer tout en haut du petit monde du polar en attendant qu’un miracle vienne les déloger...


Donnez votre avis sur le film !

En résumé
ecrire un commentaire sur le film
;



Récentes critiques

affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016
affiche du film
Wonder Woman
2017
affiche du film
Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
2017
affiche du film
The End
2016
affiche du film
Small Town Killers
2017

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage