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Masterclass Yuen Woo Ping

3 août 2012 | Par : Seb Lecocq

A true legend

Les termes « Maitre » ou « Légende » sont souvent honteusement galvaudés mais lorsqu’ils s’appliquent à quelqu’un comme Yuen Woo Ping, on se dit qu’ils ne sont pas encore assez forts. Le sifu était l’un des artistes mis à l’honneur par le festival Paris Cinéma qui, dans son focus sur le cinéma hongkongais, lui consacrait une partie de sa programmation et surtout lui offrait l’opportunité de dispenser une masterclass animée par Leonard Haddad, une des têtes pensantes de HK Vidéo. Une personne bien connue dans le petit monde du cinéma asiatique. Yuen Woo Ping pour ceux qui ne le connaitraient pas, est le réalisateur de nombreux classiques du cinéma martial hongkongais comme Drunken Master, Iron Monkey ou la série des Tiger Cage, en tant que chorégraphe, après une filmographie longue comme le bras dans l’ex-colonie, il s’est fait connaître en Occident en travaillant sur des films à succès tels que Tigre et dragons, Matrix et Kill Bill. Tout récemment, il a réalisé True Legend sorti en catimini sur quelques écrans français l’été dernier.

Il est vingt heures pile quand le maitre débarque, sous les applaudissements nourris, dans la petite salle des Trois Luxembourg, un des cinémas ouvrant ses portes à la rétrospectives HK du festival. Vont s’en suivre deux heures de discussions, de questions, d’anecdotes et de révélations sur sa vie et, surtout, sa façon de travailler. Chronologiquement, le maitre commence par aborder son enfance et sa jeunesse entouré de ses dix frères et sœurs, narrant la façon dont son père, Simon Yuen, célèbre acteur martial lui aussi, leur enseignait son art d’une façon rigoureuse et très sévère. Yuen racontera que lors des disputes entre frères, son père punissait tout le monde d’une dizaine de coups de trique sur les fesses. De quoi inciter la fratrie à se tenir à carreau. Puis vient le passage par l’école des Sept Fortunes de l’Opera de Pekin du maître Yu Jim Yuan qui plus tard formera Sammo Hung, Yuen Biao et Jackie Chan. Woo Ping revient avec nostalgie sur cette époque, difficile mais ô combien primordiale dans sa formation d’artiste martial complet même si, de son propre aveu, lui et ses frères maitrisaient déjà parfaitement la plupart des enseignements de Yu Jim Yuan grâce au travail effectué avec leur père.

Après avoir discuté brièvement de ses débuts en tant que comédien, arrive le moment d’aborder son travail de réalisateur avec ses deux premiers films sortis en 1977, Le Chinois se déchaine et Drunken Master, deux kung-fu comedy qui vont révéler un certain Jackie Chan aux prises avec un clochard ivrogne interprété par le propre père de Yuen. Drunken Master est considéré par beaucoup comme le premier grand film de Yuen Woo Ping et comme l’acte de naissance cinématographique de Jackie Chan qui passera dans la cour des très grands avec ce film. Dans le même ordre d’idée, il dirigera Sammo Hung dans The Magnificent Butech qui reste l’un de ses plus beaux films. Tout en égrainant la liste des comédiens avec lesquels il a travaillé et en remontant le fil de sa filmographie, on en apprend un peu plus sur sa façon de travailler, de concevoir et de mettre en scène des scènes d’action. Toujours commencer par visualiser et imaginer la scène, la soumettre aux artistes martiaux et, seulement après, réfléchir à son placement de caméra. La machinerie technique doit se mettre au service du combat et non l’inverse. Il en va de même pour les effets spéciaux numériques qui sont simplement là pour aider le chorégraphe et non pour lui dicter sa façon de faire. Les CGI ne sont utilisés que lorsqu’une action est physiquement irréalisable. Le Maître confiera qu’en début de carrière, la plupart de ses idées lui apparaissaient le nuit, ce qui finit par le rendre insomniaque.

Après Jackie Chan, c’est Jet Li, sur lequel il ne tarit pas d’éloge, Donnie Yen et ses talents de breakdancer et surtout Tsui Hark qui seront cités. Sa collaboration avec Hark coïncidant pour beaucoup avec le sommet de sa carrière de réalisateur. L’incroyable Iron Monkey qu’il réalise est produit par Tsui Hark et Il Etait Une Fois en Chine I et II dont les chorégraphies qu’il assure figurent au panthéon du cinéma martial chinois. Notamment, cette scène des échelles dont l’idée vient de Tsui Hark mais qu’il a entièrement chorégraphiée ou le combat au bâton de tissu entre Donnie Yen et Jet Li dont il revendique une bonne partie de la paternité. Il est maintenant temps d’aborder sa carrière hollywoodienne avec Matrix. Au moment de parler du film des frères Wachowski, il aura d’ailleurs un trou de mémoire, ne parvenant plus à se souvenir quel pouvait bien être ce film. Il aura fallu les explications détaillées du traducteur, excellent au passage, afin de lui remettre les idées en place. Il parlera du travail colossal fourni par son équipe et les comédiens pour leur apprendre les rudiments du kung fu et ainsi les rendre crédibles à l’écran. Rendre un comédien lambda crédible en tant qu’expert martial au cinéma fait aussi partie du métier. Mais le temps passe, et il est maintenant temps de laisser la parole au public pour un petit jeu de questions/réponses auquel il se prêtera bien volontiers. Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et il faut bien se quitter un jour même comme si le soulignera Leonard Haddad « on serait bien restés à l’écouter pendant encore vingt heures ». Place aux signatures et autres photographies en tout genre avant de continuer vaille que vaille la discussion à l’extérieur. Une belle masterclass longue de deux heures, instructive et bien menée mais un peu frustrante tout de même car il y aurait encore eu temps de choses à évoquer.

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