Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Présentation et teasers...
Cet été, deux œuvres francophones s’annoncent très prometteuses en matière de renouvellement du genre hexagonal. D’une part, le Vinyan belge de Fabrice Du Welz, génialissime réalisateur du Calvaire qui a laissé de profondes cicatrices dans les chaumières peuplées de gens bien pensants qui ne se placent d’ordinaire devant leur téléviseur que pour Julie Lescaut ou La Méthode Cauet (mais sans jamais oser le dire). D’autre part, le Martyrs français de Pascal Laugier, réputé pour son controversé Saint Ange qui se déclinait comme une ode au cinéaste qu’il vénère : Dario Argento. D’un côté comme de l’autre, deux métrages novateurs qui ne font pas dans la dentelle et n’hésitent pas une seule seconde à prendre des risques pour colmater les fissures qu’accuse le panorama cinématographique francophone, davantage tourné vers les drames familiaux et les comédies dénuées d’humour, en matière de genre. Nous reviendrons prochainement sur le cas de Vinyan avec une interview bien sympathique de notre cher Fabrice Du Welz (juillet). En attendant, il nous était tout à fait impossible de ne pas aborder le cas de ce Martyrs qui, bien avant sa sortie, fait déjà couler beaucoup d’encre. Mais pas que ça…
France, début des années 70.
Lucie, une petite fille de dix ans, disparue quelques mois plus tôt, est retrouvée errant sur la route. Son corps maltraité ne porte aucune trace d’agression sexuelle. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses.
Traumatisée, mutique, elle est placée dans un hôpital où elle se lie d’amitié avec Anna, une fille de son âge.
15 ans plus tard.
On sonne à la porte d’une famille ordinaire. Le père ouvre et se retrouve face à Lucie, armée d’un fusil de chasse. Persuadée d’avoir retrouvé ses bourreaux, elle tire.
Ce pitch aussi mystérieux qu’enivrant a de quoi faire tourner la tête. Un rape and revenge français, dans la lignée de La dernière maison sur la gauche ou de I spit on your grave ? On ne demande qu’à voir…
D’après les échos qui circulent çà et là sur la toile et dans les journaux spécialisés, Martyrs est parti pour être le film de genre français le plus dérangeant. Pourtant, avant lui, quelques exemples se sont dressés en matière de violence et de jusqu’au-boutisme comme le récent Frontière(s) de Xavier Gens ou A l’intérieur des amis Bustillo et Maury. Qu’on repense à la Cène poisseuse où les apôtres ont été troqués par des nazis ou à la séquence mettant en exergue Béatrice Dalle en sage-femme intérimaire et les premiers symptômes de la nausée pointent le bout de leur nez. Profitant de cette reprise partielle d’un engouement pour le genre (tout est relatif) et bénéficiant d’une équipe de gens compétents qui croient en lui, Laugier compte bien bouleverser le public français en lui assénant une œuvre d’une violence graphique et psychologique bien présente. Martyrs, une nouvelle victime du règne de la surenchère ? Certainement pas. Le coup n’est pas publicitaire mais artistique. Amoureux de l’horreur, Laugier compte bien donner un grand coup de pompe dans la fourmilière afin de réveiller les producteurs frileux et les distributeurs pusillanimes. « L’horreur est un genre tellement récupéré, tellement digéré, nous confie Laugier, qu’il devient régulièrement aussi inoffensif que les autres genres. Or, il me semble que sa noblesse est justement d’être contre. Il est le fruit d’un acte de contre-culture, un acte qui se doit d’offenser, de fissurer les pensées majoritaires et les lieux communs. Je pense que notre époque a plus que jamais besoin d’un cinéma de genre libre, expérimentateur, un cinéma de genre qui fasse chier les bien-pensants, qui continue à inventer des formes, à proposer des perspectives singulières, des points de vue qui nous éloignent de l’horreur (la vraie celle-là) de la vision du monde selon TF1... »
Autant dire que le cinéaste est rempli de bonnes intentions et qu’il n’entend pas laisser sur le carreau un genre cinématographique qu’il affectionne tout particulièrement. Pour ce faire, Laugier prend des risques, ose tout. Au point de choquer pour le plaisir ? Billevesées. La
violence de Martyrs, pour dérangeante qu’elle soit, n’a d’autre fonction que de servir le réalisme de l’œuvre et de provoquer des émotions antagonistes chez un spectateur blasé par les banales créations hollywoodiennes estampillées PG-13. Retourné, le public le sera certainement. Dégoûté, il le sera probablement. Mais en aucun cas il ne saurait être indifférent aux propos traités ni aux enjeux émotifs énormes de l’œuvre laugérienne. D’autant que le réalisateur, en bon père de famille fier de son enfant, ne veut en aucun cas altérer ou édulcorer son métrage, au risque de rencontrer quelques problèmes avec la censure. « Il est effectivement possible que Martyrs soit très emmerdé par la censure. Une censure qui ne dit pas son nom, et qui consisterait à interdire le film aux moins de 18 ans pour empêcher un circuit normal de distribution. Les multiplexes ont une vision de plus en plus lisse et familiale du cinéma. Sans en avoir l’air, ils dictent de plus en plus ce que le public doit ou ne doit pas voir. Le tout, c’est de lui fourguer du pop corn. Ce système de diffusion des films me parait de plus en plus totalitaire. »
Mais, qu’à cela ne tienne, Pascal Laugier ira sans aucun doute jusqu’au bout pour donner une naissance officielle à son nouveau-né horrifique. D’autant que celui-ci est attendu par une belle communauté de geeks impatients de constater l’ampleur du phénomène. En attendant, faudra se contenter de quelques mièvreries peu ragoutantes dans les salles françaises juste pour voir la nouvelle coupe de cheveux de Frank Dubosc ou le délire novateur dans lequel Eddie Murphy incarne vingt-sept personnages. Dans quelques années, à force de nous vendre du réchauffé, on va directement bouffer surgelé, z’allez voir !
Les teasers officiels :
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Commentaires
J’en sors, et je ne dirai qu’un mot : ne ratez pas cet OVNI. Et surtout,
allez-y en en sachant le moins possible, parce que toute les préconceptions
que vous pourriez avoir finiront à la poubelle en cours de route.
Un film d’horreur viscéral, psychologique, métaphorique, métaphysique (si _ !), transgressif, hardcore, couillu, immersif et intelligent (ne serait-ce
que la façon dont le simple titre prend tout son sens à la fin, une de ces
conclusions qui vous hante bien après être sorti de la salle… Ça ne
m’étonnerait pas que le scénariste ait lu "Les racines du mal", et ce n’est
même pas un spoiler), on ne voit pas ça tous les jours…
On aurait envie que ce soit un succès de nous autres le public, mais vu la
distribution (ou son absence), faut pas trop rêver… Faudra atteindre le remake Hollywoodien édulcoré ! Si ce film était Espagnol, il serait déjà culte. M’est d’avis qu’il le deviendra malgré sa nationalité. Voire ce qu’en dit le chroniqueur de Fangoria…
Je n’ai pas encore vu le film, mais je crois que ça a était une prise de risque très osée concernant le choix du genre du film de la part de Morjana A, mais de toute façon je suis fan de Marock et je lui souhaite beacoup de succès avec ce film d’horreur.
ps : une marocaine dans un film d’horreur, ça n’arrive qu’une fois tous les 100 ans :)