Critique de film

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Making-Off

"Making-Off"
affiche du film

Cédric Dupuis, rêvant de célébrité, décide de réaliser le plus grand film d'horreur de tous les temps avec ses amis, mais découvrant à ses dépens les joies d'un tournage et d'une équipe non professionnelle, il va, dans un excès de colère tuer sa femme, Aline. Désormais, il n'a plus d'autre solution que de réaliser son propre documentaire.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Making Off - Off Record
Par : Damien Taymans
Tags : Type documentaire, Found footage

Lors d’un entretien "bonus" accordé à nos confrères de Zone Geek, Gilles Esposito évoquait très justement une matière trop souvent délaissée par la presse cinéma, celle du cinéma auto-produit, indépendant par nécessité, qui ne saurait rivaliser l’espace d’un instant même avec des productions modestes à la tête d’un budget certes pas vertigineux mais tout de même composée de six chiffres. A ce jeu, s’agissant d’exploitation de la veine du docu-fiction, Blair Witch Project relevait du coup de génie, Paranormal Activity 2 du coup de pute... Parallèlement naît chez les éditeurs français une sorte d’engouement pour ces "Do It Yourself" pelliculés : les expérimentations de François Gaillard se voient enrubannés d’un écrin DVD grâce au Chat qui fume tandis qu’Emylia exhume l’oncle Sam et son index intrusif et lance un appel à candidature destiné aux vidéastes néophytes. Après Echap et Dead Line, le Making Off de Cédric Dupuis connaît à son tour les joies d’une large distribution dans les bacs belges et français.

Ce faux documentaire adopte la forme, comme l’indique le titre, d’un making-of. Celui tronqué du meilleur film d’horreur de tous les temps, un monument d’irrévérence digne de détrôner une vague histoire de possession signée Friedkin ou de faire passer le so-sot à la tronço de Hooper pour une majorette armée d’un bâton vibrateur. La bande en question, baptisée Devil Darck Week end, décrit un carnage perpétré par un adepte de la découpe sauvage sur l’ensemble de ses amis. Ambitieux, Cédric Dupuis a la conviction que ce projet peut faire un tabac mais qu’il nécessite une équipe professionnelle et investie. Fauché comme les blés, il pratique sur ses aspirations premières un prix discount et engage sa bande de potes pour devenir la chair à saucisse de son boucher sanguinaire. Résultat : les enfilages de chemise ne dégagent pas suffisamment d’émotions et les répliques sonnent creux. De quoi se châtrer sans anesthésie, d’autant qu’Aline, sa légitime, lui chie quotidiennement une pendule (au figuré s’entend) concernant leur situation financière et se montre plus que dubitative sur le bien-fondé de cette abracadabrante entreprise cinématographique. La phrase assassine de trop : l’impudente se retrouve en deux coups de cuiller à pot à répéter ses réflexions cyniques au brave Saint Pierre tandis que son cher et tendre pratique sur son cadavre un coït post-mortem du plus bel aloi. Et comme il n’a pas l’habitude de gâcher, Cédric a la bonne idée d’enregistrer ses méfaits. Et si ses prétentions à l’Oscar venaient de retrouver un nouveau souffle dans cet épisode tragique ? C’est décidé : Dupuis passe en mode documentariste et met en boîte les décès de ses congénères. C’est bien ça ce qu’on appelle immortaliser un acteur, non ?

Troisième variation sur le même thème pour Cédric Dupuis qui avait jusqu’alors trituré son matériau documenteur pour un premier court-métrage (à l’origine baptisé C’est encore arrivé près de chez vous) avec une bande de potes avant d’en créer un second dans lequel il expérimente l’aspect technique qui sera celui de ce Making Off final. L’objet s’approprie les tics du faux-docu, gimmick à la mode du cinéma d’horreur contemporain. Comme dans Paranormal activity, quelques éléments de décor sont floutés (ici une rangée de DVD et tous les logos et marques de la bouteille de bière à la clope taxée par l’acteur au réa - pas de budget, on vous a dit !). A la manière des multiples déclinaisons faussement amateure, la caméra est portée, le décor réduit à quelques intérieurs, les lignes de dialogues poussivement réalistes.

Making Off prend pourtant le contrepied de toutes les décalques précitées pour s’illustrer dans un registre volontairement beauf (l’acteur principal et ses fringues ringardes incarne un de ces réas pète-sec bouffis d’orgueil, l’archétype même de l’égoïste en plein déni de sa propre incompétence). En cela, le film de Cédric Dupuis se rapproche d’une autre œuvre singulière, le Silence, ça tue du belge Christophe Lamotdans lequel le cinéaste se lance dans une diatribe contre la production cinématographique du plat pays en dénonçant l’intérêt porté aux films des frères Dardenne quand les vrais créateurs restent sur la touche du système de financement. Et pour colorer quelque peu la noirceur de son pamphlet, Dupuis s’ingénie à flirter avec le grand-guignol, joue avec la pesanteur via des séquences lourdingues (le Beat Box notamment) et cradingues qu’un comique de répétition percutant (le modus operandi du sodomite-meurtrier) vient de temps à autre alléger.

Et si, comme le soulignait Gilles, l’avenir du cinéma d’horreur se trouvait dans ce terreau si éloigné de l’univers froid et aseptisé des multiplexes qu’on en oublierait son existence ? Plus malin qu’il n’en a l’air, Making Off est le parfait exemple de ce cinoche indépendant décomplexé qui manie avec habileté les armes émoussées qu’il lui reste...


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