Critique de film

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Maitre des illusions (Le)

"Lord of illusions"
affiche du film

Un spectacle du célébrissime illusionniste Philip Swann tourne mal. Voilà qui aurait dû être une enquête de routine pour le détective privé Harry d'Amour. Mais plus que Swann, c'est la femme de celui-ci qui fascine Harry... Elle qui porte, enfouis dans son passé, d'horribles secrets. En voulant en savoir plus, Harry va se retrouver confronté à une créature aux pouvoirs maléfiques que le détective n'aurait jamais osé imaginer...

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Le maître des illusions - Du côté de chez Swann
Par : Damien Taymans
Tags : Sorcellerie

Après le gros échec de Cabal, son deuxième long métrage en tant que réalisateur, Clive Barker décide de ne pas rester sur une fausse note et se lance en 1995 dans la nouvelle transposition de l’une de ses histoires, La Dernière illusion. Pour le coup, le dit récit se verra quelque peu transformé puisque Barker y introduit des personnages et éléments qui n’existaient pas dans le texte originel.

Œuvre hybride située quelque part entre le film noir et le genre horrifique, Le maître des illusions n’échappe pas à la poisse qui colle aux adaptations barkeriennes. Le métrage doit être remonté et souffre d’une amputation devenue monnaie courante pour l’auteur qui a déjà connu pareille mésaventure lors du montage de Cabal. Pourtant, petite éclaircie dans la destinée funeste de l’œuvre, une version director’s cut voit le jour contrairement à sa précédente œuvre dont les scènes coupées sont à ce jour considérées comme perdues.

Le maître des illusions, malgré une empreinte horrifique assumée, revêt de nombreuses caractéristiques des films noirs traditionnels. Le personnage central en particulier atteste de cette influence noireaude : Harry D’Amour, héros réputé auprès des émules barkeriennes, est un détective privé sur le retour qui vient de connaître quelques échecs (en l’occurrence un exorcisme qui a été tourné en dérision et un mariage qui a viré à l’échec). Le privé se voit confier une nouvelle mission : protéger l’illusionniste Swann face aux dangers qui semblent l’entourer. Dès lors, la majorité de l’intrigue est perçue à travers le point de vue de ce personnage, procédé introspectif qui nous pousse autant à l’identification qu’il ne restreint notre vision en nous propulsant dans un point de vue interne à défaut d’être omniscient. Le processus similaire à celui de l’écrit barkerien possède ici quelques limites puisque des éléments importants de l’intrigue ne sont jamais clairement explicités (pensons à la provenance et à la symbolique du masque apposé sur le visage de Nix ou à la naissance de l’étrange couple Swann-Dorothea).

Le maître des illusions est considéré par beaucoup comme l’œuvre cinématographique la plus aboutie de son auteur. Et pour cause. Outre le traitement narratif assez abscons à certains moments et la restriction explicative adoptée, le métrage est une véritable ode à la littérature barkerienne en même temps qu’il rend hommage à tout un pan cinématographique horrifique. Comment ne pas voir dans le mystérieux masque de Nix une allusion à celui du Masque du démon de Mario Bava ? Comment ne pas remarquer l’utilisation de la lumière très bavienne et argentienne ? Comment esquiver le rapport au corps très fulcien (avec ses délabrements manifestes) ? Bava n’était-il pas lui-même, à l’instar de certains homologues transalpins, un maître des illusions, lui qui parvenait à doter chacune de ses œuvres d’une magnificence photographique incontestable ?

Porte-parole des thèmes de la littérature barkerienne, Le maître des illusions aborde de nouveau la critique anticléricale virulente (bien que tempérée ici) et dresse un panorama de la sexualité débridée tout en n’éludant aucunement le rapport à la violence tant chéri par l’auteur. Le pamphlet antireligieux se fait acerbe dans un premier temps (la secte de Nix et ses dérives) avant de se voir édulcorée par la position démagogique de D’Amour qui participe à toutes les religions et celle du Nix ressuscité et dont le charisme se fait moins impressionnant. Barker met quelques carafes d’eau dans son vin, atténuant ainsi les propos plus incisifs tenus dans Hellraiser et Cabal. Il en ressort que la religion n’est pas nocive (comme le prouvent les croyances de D’Amour, comparables à celles de Barker) mais que la dangerosité religieuse découle des personnes qui sont censés la représenter. A l’image du Nix qui joue avec ses adeptes au point de les amener à se scarifier pour prouver leur dévotion avant de les sacrifier, Barker nous montre que l’élément essentiel d’une secte est incontestablement son gourou. Comme en politique, l’élu aveugle ses fidèles et les transforme en agneaux fébriles, proies facilement détruites.

Une seule personne échappe à cette emprise : l’illusionniste Swann, seul adepte que Nix compte emmener dans les ténèbres, sans doute par amour (allusion possible à l’homosexualité de Barker). Swann, à l’instar de tous les autres protagonistes, se retrouve au sein d’un réseau de relations amoureuses ambivalentes et complexes. Butterfield éprouve un amour sans précédent pour son gourou, Nix qui est épris de Swann. L’illusionniste vit une relation tumultueuse avec Dorothea qui entretient une relation adultère avec D’Amour alors que Valentin, dans son coin, éprouve des sentiments non dissimulés pour la belle. Jamais une telle peinture mélodramatique ne s’était retrouvée au cœur du récit barkerien. Peinture qui permet à Barker de glisser ses préceptes déviants (sadomasochisme, adultère). Peinture qui signe aussi un éloignement relatif du nœud de l’intrigue au profit d’une complexification assez encombrante à certains moments.

Le maître des illusions se retrouve dans la lignée des précédentes œuvres de Clive Barker. Approfondissant les réflexions dans son œuvre, le réalisateur signe un métrage formellement brillant mais sémantiquement pompeux (comme l’attestent le traitement narratif décousu et les sous-intrigues inutiles développées). Quoiqu’on en dise, il est des choses intéressantes du côté de chez Swann…

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