Critique de film

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M le Maudit

"M"
affiche du film

Un meurtrier inconnu sème la terreur dans la ville en assassinant sauvagement des petites filles. La police harcèle la pègre qui décide de faire elle-même justice. Inspiré d'un fait divers : Le vampire de Dusseldorf, ce film a la particularité d'avoir de vrais gangsters comme figurants.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de M le maudit - L’assassin sifflera trois fois
Par : Damien Taymans

Berlin, au début des années 30. Un mystérieux pervers hante les rues à la recherche de ses futures victimes, enfantines de surcroit, qu’il viole et tue ensuite. L’opinion publique s’émeut, la police organise des rafles répétées qui inquiètent la pègre, incapable de mener ses activités en toute tranquillité. Afin de retrouver des conditions normales, les bandits à la petite semaine s’organisent pour défaire l’assassin et l’empêcher définitivement de nuire. De son côté, la police continue ses investigations…

Déjà cinéaste à succès qui signe dans les années 20 quelques joyaux du cinéma muet avec Les Araignées, Les Trois Lumières, Metropolis ou Docteur Mabuse, le joueur, Fritz Lang effectue avec M le maudit sa première incursion dans le cinéma parlant, alors considéré comme un appauvrissement du septième art jusque-là cloisonné à sa seule composante imagée. Contrairement aux autres œuvres qui se déversent en ce début des années 30, M le maudit n’intègre nullement le fixisme théâtral qui baignait déjà considérablement un septième art souvent enlisé dans son inertie et dont les écarts par rapport au monde de la scène s’avéraient minimes. Abandonnant l’esthétisation outrancière et la stylisation pompeuse de l’expressionnisme, Lang crée contre toute attente une œuvre présageant les futures gloires hollywoodiennes, optant justement pour une mise en scène dynamique soutenue par un travail d’orfèvre sur la bande sonore. L’accompagnement musical remplacé depuis peu par les paroles des acteurs, le cinéaste préfère les dialogues chirurgicalement ciselés aux monologues infinis et dote, pour toute composition, son œuvre de l’un des premiers leitmotivs par le truchement du sifflement de l’assassin (émanant de la bouche du cinéaste lui-même et pas de celle de Peter Lorre).

A l’instar de Frau im Mond, le cinéaste effectue un travail documentaire considérable à propos des maniaques qui gangrènent la société allemande d’entre-deux-guerres qu’il dépeint d’un œil toujours aussi pessimiste que dans ses précédents ouvrages. Inspirée de vagues sanglantes d’assassinats d’enfants dans les années 20, l’intrigue de M le maudit se distancie des exactions récentes de Peter Kurten, le vampire de Dusseldorf, même si, actualité oblige, l’évocation du serial killer n’est qu’à un jet de pierres pour le public de l’époque. Etrangement, Lang rompt avec le traditionnel whodunit, pendant quasi incontournable des films de suspense et des énigmes policières qui foisonnent alors dans une littérature de plus en plus conséquente, en dévoilant au grand jour, dès la première séquence, le visage et l’identité du meurtrier. L’intérêt de l’auteur se situe ailleurs, dans la description dichotomique de la société berlinoise scindée en deux points de vue. Les investigations policières d’une part et, d’autre part, celles des représentants du crime « normal » qui tentent de mettre fin aux agissements du pervers et, par extension, d’accéder à nouveau à une période d’accalmie. Ainsi la police accumule-t-elle les rafles et explore-t-elle continuellement de nouvelles pistes (les recoupements des empreintes digitales, appels à la délation, promesses de récompense) qui ne mènent qu’à une impasse. Des investigations qui amènent à une confrontation avec la pègre locale, véritable Etat dans l’Etat, composée de vagabonds en tous genres, prostituées et mères maquerelles, cambrioleurs de fortune et bandits patibulaires. Une société autarcique utilisée à contre-emploi puisqu’elle se veut représentante du crime « normal » puisqu’elle permet de contrebalancer une économie chancelante.

Fin sociologue, Fritz Lang offre un nouveau tableau troublant de la République de Weimar, s’immisçant dans les milieux antagonistes de la milice policée et du banditisme local dont il dépeint les figures de proue que constituent Schränker et Lohmann, incroyables meneurs d’hommes aux motivations diverses. Teinté de burlesque à certains moments (le personnage du commissaire en est le porte-étendard), M le maudit est une œuvre tragique ingénieuse débarrassée de toute moralisation simpliste. Un caviar cinématographique dont les sifflements lancinants hantent largement les esprits.


Critique de M le Maudit - Naissance d’un cinéma nouveau
Par : Quentin Meignant

Trois ans avant son départ pour les Etats-Unis suite à l’avènement du régime hitlérien en Allemagne, Fritz Lang, l’un des porte-drapeaux de l’expressionnisme allemand qui fit le succès du cinéma muet, s’attela à sa première œuvre parlante, innovation du Septième Art considérée alors comme un appauvrissement de celui-ci. Le cinéaste pris donc un énorme risque en prenant le virage de la modernisation après avoir, pourtant, signé les œuvres les plus marquantes d’un cinéma muet qui lui allait comme un gant. Avec Les Trois Lumières, Metropolis ou encore Docteur Mabuse, le Joueur, Lang avait en effet su s’offrir une place de choix dans les prémices du cinéma de genre, qu’il ne quitte d’ailleurs pas avec M le Maudit, sa nouvelle création, qui retrace de manière assez libre la traque du Vampire de Düsseldorf, serial killer allemand qui terrorisa le pays avec, à son actif, entre 9 et 80 crimes entre 1925 et 1930. M le Maudit place, quant à lui, son action à Berlin où un meurtrier d’enfant jette les habitants de la ville dans la terreur et l’hystérie si bien que la police et la pègre se mettent toutes les deux à sa poursuite. Des avis de recherches sont lancés et une récompense est promise. Petit à petit l’étau se resserre autour du meurtrier qui ne se doute de rien et essaie de perpétrer de nouveaux méfaits.

Fort différent des premières œuvres de Lang, qui faisaient montre d’une esthétisation extrême, à l’image de nombreuses autres œuvres de l’expressionnisme allemand, le traitement apporté à M le Maudit démontre dès les premiers instants le changement de style d’un cinéaste qui, cette fois, mise avant tout sur l’action et le rythme de son œuvre. Celle-ci, annonçant donc, à elle seule, ce que le cinéma hollywoodien reproduira avec brio quelques années plus tard, plonge dès lors volontiers le spectateur dans une certaine paranoïa, Lang distillant scène après scène une tension imagée véritablement impressionnante. A ce titre, les séquences d’entame, utilisant encore les ficelles de l’expressionnisme, demeurent dès modèles du genre, le cinéaste mettant en place les éléments d’une situation aussi dramatique que poignante. Assénant par ailleurs pour la première fois les quelques notes de bande sonore annonçant le meurtrier (un peu comme le firent Robert Mitchum et Charles Laughton 24 ans plus tard avec La Nuit du Chasseur), le réalisateur dispose, de manière intelligente, les ingrédients nécessaires à la construction d’une œuvre inoubliable.

A ce titre, quelques unes des premières images font office de « clichés » troublants d’une réalité dérangeante qui, liées à la bande sonore de la mère qui appelle sa fille perdue, s’avèrent être d’une efficacité absolue. Dès lors, le cinéaste n’a plus qu’à faire dérouler les éléments de son intrigue pour que les cinéphiles acquiescent, le rythme s’élevant à de nombreuses reprises et l’action ne laissant que fort peu de temps morts. Ceux-ci, assez rares donc, se laissent aussi déguster grâce à l’interprétation d’acteurs convaincants, évitant les réminiscences scéniques du cinéma muet. Hormis l’un ou l’autre faux pas (tout à fait excusables) dans le domaine, la précision de la mise en scène va de pair avec l’emploi de figurants plus vrais que nature (la production avait engagé de vrais truands pour incarner les membres de la pègre) et d’un acteur hors normes, Peter Lorre, dans le rôle de Hans Beckert, alias le malfaisant M. Le comédien prouve toute sa valeur dans un final qui fait la part belle à son jeu et qui, à lui seul, impose M le Maudit au rang de chef-d’œuvre.

Plus qu’un simple départ vers le cinéma parlant, Fritz Lang signe, avec M le Maudit, l’une de ses œuvres les plus réussies, un chef-d’œuvre unique en son genre. Haletant, perturbant et novateur dans sa mise en scène, le métrage jette véritablement les bases de ce qu’Hollywood fera de mieux des années plus tard.


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