Critique de film

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Les Sorcières de Zugarramurdi

"Las Brujas de Zugarramurdi"
affiche du film

Trois braqueurs d'un magasin d'or de la Puerta del Sol à Madrid, en fuite vers la frontière française, vont se réfugier par erreur dans la ville de Zugarramurdi, haut lieu de la sorcellerie, à la veille d'une très importante réunion de milliers de sorcières...

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Trailer - Les Sorcières de Zugarramurdi (2013)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les Sorcières de Zugarramurdi - Black Sabbath
Par : Seb Lecocq
Tags : Sorcellerie, PIFFF 2013

Avec Les Sorcières de Zugarramurdi, Alex de la Iglesia renoue avec la veine iconoclaste et comique de ses meilleurs films. Gros succès en Espagne, le résultat est pour le moins mitigé car si le métrage possède de très bons moments - on rit beaucoup, surtout dans la première moitié - il n’est pas avare en petits défauts qui le rendent bancal, voire par moments insupportable.

On sent que sous couvert d’une vraie trame fantastique qui n’est pas sans rappeler le Lords of Salem de Rob Zombie, le réalisateur espagnol veut nous parler de lui, des hommes et des femmes. Et là déjà, ça coince, car à vouloir ménager la chèvre et le chou, de la Iglesia se perd un peu et se retrouve le cul entre deux chaises. Les femmes en prennent pour leur grade et les hommes en prennent pour leur matricule, mais tout ça est amené de façon artificielle, comme s’il avait eu peur de trop brocarder la gent féminine. De fait, il se sent obligé de taper aussi sur les hommes mais avec moins de conviction et de talent, il faut bien l’avouer. Ça se remarque dès l’écriture où les personnages masculins, qui occupent toute la première partie du récit, se révèlent truculents et attachants en losers magnifiques soumis à de véritables harpies castratrices. De la Iglesia est à l’aise dans ce registre et épingle les petits travers de ces dames sur le ton de la caricature et de la farce. Ce n’est donc pas un hasard si c’est cette partie du film qui s’avère la plus réussie et surtout la plus jubilatoire.

L’œuvre démarre par une scène de braquage qui s’impose comme une des scènes les plus réussie de la carrière de l’espagnol. Mise en scène, écriture, mise en place et exécution, tout dans cette séquence frise la perfection. Et que dire de la joie ressentie lorsque Mickey, Minnie et Bob l’Eponge se font allègrement flinguer par notre bande de braqueurs eux-mêmes grimés en Jésus et en Soldat de plomb. Une scène de casse, à l’ambiance finalement assez sèche, magnifiée par une camera à l’épaule, nerveuse, rythmée mais toujours fluide. Avec, en prime, le nappage iconoclaste et punk qui fait la patte de l’ibère. Une mise en bouche du meilleur acabit qui malheureusement s’avérera la meilleure séquence d’un film long (près de deux heures) qui, par la suite, s’abîme dans ses propres circonvolutions narratives. En effet, le réalisateur et son fidèle scénariste Jorge Guericaechevarria vont au cours du film ajouter de nombreux éléments à l’intrigue qui, plutôt que de lui donner de l’épaisseur, ne vont faire que l’alourdir jusqu’à l’indigestion. De la Iglesia échoue dans le film « 2 en 1 » là où Robert Rodriguez, bien aidé par Tarantino, excellait avec son culte Une Nuit En Enfer.

Trop de personnages, trop de pistes narratives jetés sur l’écran et abandonnés aussi sec qui viennent rallonger inutilement un film qui, dans sa deuxième heure, s’enlise dans une hystérie gratuite, une vaine agitation telle celle d’une oie sans tête qui continue de courir sans but, de façon désordonnée. Peu à peu, l’humour hyperactif laisse place à l’agacement. Privé de moyens plus conséquents qu’à l’accoutumée, l’espagnol n’hésite pas à se faire plaisir et à faire plaisir à ses fans, notamment via un large casting parmi lequel plusieurs comiques espagnols (Carlos Areces et Santiago Segura entre autres) venus se faire plaisir devant la camera dans des rôles qui, malheureusement, n’apportent rien au film. Le clin d’œil est sympathique mais trop appuyé. L’envie de bien faire est louable, la générosité de l’ensemble aussi mais le film finit par s’écrouler sous son propre poids lors d’un final aussi épique qu’énervant car beaucoup, mais alors beaucoup trop long. Comme si on avait filé des hormones de croissance au film de Rob Zombie !

De la Iglesia livre une œuvre qui fourmille d’idées (bonnes ou mauvaises), d’inventivité et de scènes mémorables mais qui, dans le même temps, semble en pilotage automatique. Les Sorcières de Zugarramurdi souffre d’un trop plein d’énergie et offre une impression de work in progress comme si son réalisateur n’avait pas eu le temps de clôturer son montage alors que, délesté d’une bonne vingtaine de minutes, le film aurait gagné en rythme et en efficacité. Un film hybride, bancal bourré de générosité, porté par une vraie volonté de faire du fantastique ésotérique, de proposer une imagerie occulte et grotesque, mais parasité par tout un tas de menus défauts qui le rendent vraiment agaçant. Du de la Iglesia dans le texte, dans la générosité et dans l’excès mais qui ne possède pas la maîtrise dont il a pu faire preuve dans Le Jour de La Bête ou 800 Balles. Et, on le sait tous, sans maîtrise, la puissance n’est rien


Critique de Les Sorcières de Zugarramurdi - La Vénus de Zugarramurdi
Par : Samuel Tubez
Tags : BIFFF 2014

Merveilleusement accueillie lors du dernier BIFFF où elle était en compétition (grappillant lors de son passage le Corbeau d’or et le Prix du public), la dernière « pelicula de Alex de la Iglesia » se penche, une fois de plus sous le couvert de la grosse farce, sur les relations hommes-femmes, faisant de ses « witches » de véritables « bitches » donnant bien du fil à retordre à une bande de mâles en cavale. La guerre des sexes aura un goût de pourriture !

Suite à un braquage agité, José, jeune père divorcé, et son complice Tony, un dragueur invétéré, prennent la fuite avec un chauffeur de taxi ainsi que Sergio, le fils de José, vers la frontière française. Débarquant en pleine nuit dans le village de Zugarramurdi, le groupe trouve refuge dans la demeure de sorcières particulièrement excitées à l’idée d’accueillir ces hommes. Mais ce que ces derniers ignorent, c’est que cette obscure communauté se prépare à un rituel ancestral dont ils sont le plat de résistance. Alors que le sabbat s’organise, les forces de l’ordre mais aussi l’ex-femme de José s’approchent du village, ignorant ce qui les attend.

Moins virtuose que sur ses derniers films, Alex de la Iglesia opte pour une hystérie quasi constante proche de ses premières bobines, Action mutante en tête, pour offrir un pur divertissement iconoclaste. Suite à une très nerveuse et parfaitement maîtrisée scène de braquage en guise d’introduction, le réalisateur mène son film tambour battant, ne laissant que peu de répit aux spectateurs en en rajoutant toujours une couche dans l’humour vache et les aberrations surréalistes. Une générosité qui pourra en gaver plus d’un, surtout que le cinéaste y va avec ses gros souliers, alignant les gags misogynes et caricaturaux comme pour mieux dynamiter cette guerre des sexes envoutée. Car loin de se contenter de livrer une comédie noire sans fond, l’ibère piétine une fois de plus quelques institutions, à commencer par le fanatisme religieux et la cause féministe. Pour ne rien gâcher, il s’est entouré d’un casting diaboliquement ensorcelant d’où ressortent les prestations de sa muse Carolina Bang, une fois de plus incroyablement sexy et dangereuse en amoureuse possessive ou Carmen Maura, qui s’amuse comme une folle dans un double-rôle délicieusement machiavélique. Une hystérie totalement communicative, qui s’avère roborative à plus d’un titre et ne pète jamais plus haut que son fondement. Parfois, il n’en faut pas plus au fantasticophile averti pour passer un agréable moment et, si le film s’avère si bordélique et abracadabrant, sacrifiant même son plus gros (dans tous les sens du terme) effet visuel sur l’autel du numérique cheap, c’est pour mieux, finalement, être en osmose avec ses irrésistibles sorcières délurées que rien n’arrêtent.

Alex de la Iglesia profite de ses sorcières pour livrer une guerre des sexes poussive mais totalement folle et généreuse à plus d’un titre. Par-ci par-là son impétueuse virtuosité fait irruption entre deux hystéries collectives dont il a le secret depuis Action Mutante. Ce réalisateur-là est définitivement fou…et sa folie est incroyablement communicative !


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