Le Gros

14 novembre 2013 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch) | Des livres

Titre Le Gros

Auteur Didier Lefèvre

Éditeur Les éditions Euryale

Année 2013 (sortie : 31 octobre 2013)

Genre Littérature (drame, chronique sociale)

Note 9/10

Résumé

François, adolescent complexé par ses cent-trois kilos, boulimique, partage un morne quotidien entre une mère alcoolique, les moqueries blessantes d’une sœur incroyablement belle et les coups d’un beau-père violent. Rien ne pourrait être pire dans le pire des mondes, et pourtant, pour François, l’horreur ne fait que commencer…

Les journées de Didier Lefèvre durent 48 heures. C’est la seule explication possible à une telle débauche d’activité(s). Rédacteur en chef de Medusa fanzine (un monument du fanzinat qui fêtera ses 25 ans avec le prochain numéro) et cinéphage invétéré, bissophile devant l’éternel et animateur radio, l’ami Didier est aussi le frontman de l’excellent groupe de punk rock Dead Rats (écoutez leur dernier album Annus horribilis !), dont il signe la majorité des textes. Lui qui ne rechigne pas à prêter sa plume à des publications tierces (pas des moindres : Darkness fanzine, Vidéotopsie, …) vient de franchir un nouveau palier avec la sortie de son premier roman : l’inattendu Le Gros . Et c’est peu dire que la qualité est au rendez-vous, car notre romancier s’y investit corps et âme, comme dans ses autres passions.

Dès les premières pages, le lecteur est inexorablement aspiré dans l’univers d’une noirceur abyssale du Gros . C’est que Didier Lefèvre manie les mots comme des couperets. Les phrases vont droit à l’essentiel, dégraissées à l’extrême, « rongées à l’os ». Leur impact n’en est que décuplé, qu’elles aiguisent les sentences les plus cruelles ou décrivent un quotidien morne, dépressif, à la glauquitude contagieuse. Mais l’auteur se pose en portraitiste doué, ce qui empêche le tout de sombrer dans l’abject ou de se complaire dans la fange.

Les personnages sont autant de marginaux tuant l’ennui dans la France (très) profonde, entre beuveries pitoyables et parties de jambes en l’air désabusées ; de lointains cousins des white trash américains, entassés dans leurs parcs de caravanes. Il y a assurément un jusqu’au-boutisme tout Célinien dans la peinture de ces pauvres hères à l’horizon bouché - englués dans leur milieu social plus que modeste - et du Maupassant dans la description minutieuse des caractères.

Didier Lefèvre est sans nul doute un amoureux de la langue française et se régale d’expressions rigolardes (morceaux choisis : « Lucien, qui la trompe pire qu’un éléphant… », « … écrasé par le bus comme un cancrelat sous une godasse », « Le corps en mouvement de la sœurette nymphomane ressemble à un pantin désarticulé et paraît comme démantibulé. Ce n’est plus de la souplesse, c’est de la bio-mécanique ! »). Néanmoins, ne vous y trompez pas : si l’atmosphère d’horreur quotidienne confine au misérabilisme, l’heureux papa du Gros est attaché à ses personnages, tous plus vrais que nature.

Pour pathétique qu’il est, on ne peut qu’éprouver de la tendresse pour François (le Gros en titre), adolescent de 15 ans, boulimique et mal dans sa peau. La trivialité des situations n’obstrue pas la route de l’empathie. C’est un des grands mérites de l’œuvre, qui dérive peu à peu vers un mystère à élucider et l’enquête que François va mener en ce sens. Une intrigue qui inexorablement, nous entraîne vers une conclusion nihiliste en diable…

Le Gros recèle des trésors d’humanité. Ça peut sembler paradoxal, compte-tenu des bassesses et mesquineries de ses protagonistes. Au final, nous voici avec entre les mains un livre étonnant - touchant et rude comme un direct à l’estomac -, que Didier Lefèvre a l’intelligence de ne pas étouffer sous les références de fanboy. Au détour des pages, on se délectera tout de même d’allusions à La nuit des morts-vivants, au Blob, à L’homme qui rétrécit, ou encore à Gilda, sorcière on ne peut plus cinégénique.

Pour commander Le Gros, rendez-vous ici.

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