LE SOMMEIL DU MONSTRE d’Enki Bilal

20 novembre 2011 | Par : Damien Taymans | Des bulles

Série La tétralogie du monstre

Titre Le sommeil du monstre

Scénario Enki Bilal

Dessin Enki Bilal

Année 1998

Editeur Casterman

Année d’édition 2006

Note 7/10

Résumé

J’ai 10 jours, je me souviens... L’explosion terrible qui déchire le ciel de nuit et fait pleuvoir dans l’hôpital n’est ni un tir de mortier, ni un tir d’artillerie, ni une bombe... C’est un coup de tonnerre de mon tout premier orage. Une colère du ciel qui me rassure, autrement plus impressionnante que le feu des hommes... Car je suis un orphelin de dix jours, heureux de sentir la nature plus forte qu’eux. Ce même jour J.10, une infirmière dépose un paquet dans le grand lit blanc, entre Amir et moi. Ce paquet de quelques heures à peine s’appelle Leyla Mirkovic... Pour la première fois, nous voici réunis tous les trois. Nos têtes encastrées les unes dans les autres et nos corps tendus comme les branches d’une étoile... Je me mets à l’écoute des bruits de nos vies. Je suis l’aîné vieux de dix jours, l’orphelin heureux qui aime Leyla, qui aime Amir et qui aime le bruit du ciel en colère. La tétralogie du Monstre est une histoire à trois voix. Celles de Nike, Leyla et Amir, orphelins de Sarajevo aux quatre coins du monde. Il s’agit avant tout d’un travail sur la mémoire. Mémoire individuelle et collective, où se mêlent des imagés écrites de l’éclatement de la Yougoslavie, "lieu" de naissance d’Enki Bilal (pays à peine disloqué que déjà sorti des mémoires), et des images peintes d’une entêtante conjugaison passé-présent-futur. Mémoire prospective aussi, potentielle, élargie des Balkans au reste du monde, comme dans un miroir. Ce monde, seul endroit, il faut bien le dire, qui nous reste.

Six ans après Froid Equateur qui concluait la trilogie Nikopol, Enki Bilal sort le premier tome d’une quadrilogie intitulée Tétralogie du monstre. Thématiquement, Bilal continue son exploration de ses racines tortueuses, érigeant son héros Nike comme un apatride, citoyen du monde, qui finit par revenir sur les traces de son passé, de manière mnémonique d’abord, physique ensuite, sur les terres de Sarajevo pour y retrouver ses deux compagnons de lit lors de ses dix-huit premiers jours, Leyla et Amir. "Je suis agnostique, de type plutôt borné, musulman ou serbe, au choix... A moins que ce ne soit croate, slovène, monténégrin, macédonien, ou kosovar." déclare l’un des personnages, avant de terminer : "Mais en tout état de cause, quelqu’un qui a su prendre la vraie mesure de l’histoire et de la mémoire." Le sommeil du monstre fait en effet devoir de mémoire, à des années-lumière de la connotation sarkozyste du terme. La comparution de Sacha et Amir devant les intégristes de l’Obscurantis Order évoque ainsi les camps nazis autant qu’il augure des naufrages à venir. La gravité de l’histoire (avec ou sans H majuscule) se trouve cependant chez Bilal allégée par certains passages plus légers, offrant au lecteur une pause pour souffler et à l’intrigue une part de réalisme récréatif qui contrebalance l’avenir dystopique dépeint qui ramène inexorablement à un Passé peu glorieux.

Les plaies purulentes laissées par une jeunesse tourmentée en Yougoslavie continuent de répandre leurs germes au sein des travaux de l’auteur qui exorcise encore un peu plus ses démons en accouchant de planches parfois sordides et en s’adonnant à l’écriture automatique. S’en détache un style parfois syncopé et une histoire qui pèche souvent par excès de complexité. Située en 2026 dans un univers complètement remodelé par les conflits et l’érosion temporelle et humaine, éclatée dans plusieurs lieux, celle-ci se voit en outre encombrée d’une foule de personnages qui meurent et renaissent selon le nombre de répliques androïdes qui les représentent. Eclaté, le dessin l’est tout autant : Bilal abandonne définitivement le dessin au trait et dessine désormais debout, libérant ainsi son corps et, par extension, ses illustrations qui deviennent de véritables peintures flottantes dans la lignée des représentations de l’Anglais Francis Bacon.

Ce premier volet atteste de la maturité graphique acquise par Enki dans le septième art. L’album se détache de la production traditionnelle pour devenir une gigantesque fresque captivante dont chaque détail participe à la réussite.

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