Jeux

LE RAT DU CLICK - Californium : Philip K. DICK en Point and Click

Addickt Game ?

SOMMAIRE

Le The Game : Californium

Le Flash de Harder : I, Philip (court métrage)

Bibliographie et + : un site francophone dédié à l’oeuvre de Dick

Intestin Farceur : There is no Game

INTRODUCTION

ARTE aura fait la part belle à Philip K. Dick en cette année 2016, en lui consacrant une programmation transmédia avec un documentaire, un court métrage, et on vous le donne dans le mille, un jeu vidéo qui se joue via clavier et point’n’click. Le Rat s’est dit qu’une petite rétrospective de cette programmation vous ferait un beau cadeau de Noël et de meilleurs voeux de nouvelle année, qu’il vous tend à rebrousse-temps. La section Arte Creative du site officiel de la chaîne franco-allemande archive sept épisodes de ce fort bel hommage.

LE THE GAME : Californium

A propos du jeu

Explorez les mondes de Californium, un jeu d’exploration à la première personne où vous incarnez un écrivain piégé dans des réalités multiples. Trouverez-vous ce qui se cache derrière les simulacres ?

Berkeley, 1967. Vous êtes Elvin Green, un écrivain dont la carrière – comme la vie sentimentale - est au point mort. D’ailleurs, la journée commence mal : Théa, votre femme, vient de vous quitter, ne laissant derrière elle qu’une lettre de rupture. Don, votre éditeur, vous convoque pour vous informer qu’il met fin à votre collaboration, « vous êtes un écrivain qui n’écrit pas ». Trop d’acide, d’alcool bon marché, de nuits blanches à lutter contre la page blanche ? Votre précaire santé mentale bascule. Heureusement, cette cauchemardesque réalité est instable, vous pouvez y échapper et ainsi faire le pari d’un autre monde, d’une autre réalité. Qu’avez-vous à perdre ?

Caractéristiques du jeu

Monde 1 - Berkeley 1967, ses hippies et la consommation généralisée de substances diverses. Vous faites face à une page désespérément blanche.
Monde 2 - Berkeley est maintenant la capitale ultra patriotique d’une société sous surveillance globale. Malgré la reconnaissance, êtes-vous sujet à une instabilité existentielle ?
Monde 3 - Une catastrophe nucléaire a laissé la Terre en ruines. Sur la planète Mars, les seuls humains survivants travaillent pour le Consortium. Votre ascension est fulgurante mais ne satisfait toujours pas votre ambition.
Monde 4 - Plus aucun repère, tout ce qui faisait jusqu’ici votre réalité, qui structurait votre existence, n’est plus qu’un gigantesque chaos. Comment retrouver vos repères dans cet univers qui vous échappe ?

Présentation du jeu

Développé par les studios Darjeeling et Nova Production, et édité par Nova Production en partenariat avec Arte, Californium aura été distribué de manière aussi originale que sympa : vendu une dizaine d’euros pour le jeu complet, les chapitres individuels furent disponibles gratuitement sur le site d’Arte, sans possibilité de sauvegarde (il est à noter que les liens n’étaient plus fonctionnels au moment où le Rat écrivait ces lignes). Vous pouvez compter sur 3 ou 4 heures de jeu selon votre chance à mettre la main sur les bons pixels, un peu plus si vous préférez prendre le temps de "triper" plutôt que de vous hâter dans la performance... le Rat aura ainsi découvert qu’il pouvait créer un embouteillage sur l’avenue du Monde 2 en se mettant face aux voitures, et ce sans se faire écraser ni être interpellé par des agents de l’ordre. Relativement amusant, si l’on considère que ce monde est un monde fasciste.

Comment présenter Californium ? Et comment l’évaluer ? Jeu difficilement classable, Californium pourrait être sommairement décrit comme un jeu au croisement de l’escape room et du jeu d’exploration, avec recherche des bons pixels où cliquer. Mais Californium est avant tout un trip narratif et graphique, un délire psychédélique qui entraîne le joueur dans les méandres de l’univers imaginaire de l’auteur d’Ubik. Les lecteurs dickiens le savent, les deux thèmes récurrents de l’oeuvre sont : "qu’est-ce que la réalité ?" et "qu’est que l’être humain ?". Si Philip K. Dick a tôt recentré la définition de l’existence humaine autour de la notion d’empathie, la question de la réalité sera quant à elle indéfiniment repoussée, comme si la perception et la compréhension du réel n’étaient jamais qu’une quête existentielle perpétuelle.

On pourrait dire qu’ouvrir Dick, et jouer avec lui au jeu littéraire qu’il se livre, c’est jouer avec la réalité. Avec une réalité qui se joue de nous. De ce point de vue, un OVNI tel que Californium apparaît sinon parfait (il présente des bugs qui auront tôt fait de venir à bout des nerfs des moins opiniâtres), du moins en totale adéquation avec le propos dickien. Dans l’existence réelle, exister signifie globalement être jeté au monde, et devoir se débrouiller avec ça. Exister, c’est donc inexorablement être confronté à la nécessité de faire des choix, à commencer par tous les choix qui constituent notre manière d’appréhender le réel. La question de la liberté d’action et de pensée est au centre du questionnement sur la réalité existentielle.

Dans le jeu vidéo, le rapport existentiel se renverse : on quitte le monde pour se plonger dans un substitut ludique. Si chaque joueur, de par la dimension interactive des jeux, fait sa propre expérience singulière, tous les joueurs sont soumis à la même loi vidéoludique : celle d’une illusion de liberté addictive. Dans cette perspective, l’univers du jeu vidéo serait un vaste Disney Land immersif à portée de manette où de clavier, où chaque joueur expérimenterait l’illusion jouissive d’être un acteur qui interagit et opère des choix. Mais nous le savons, à l’intérieur d’un jeu vidéo, la liberté est totalement factice et fictive. Et la réalité, absolument virtuelle. C’est ici que Californium, avec son game play limitatif (le joueur, tout comme les personnages dans les romans de Dick, est confiné et à l’étroit, limité dans son éventail de possibilités d’action), trouve une pertinence singulière, puisqu’il vient troubler les habitudes vidéoludiques du plus grand nombre.

Hasard ou coïncidence, on pourrait ici pousser le vice imaginaire jusqu’à se demander si les bugs du jeu doivent être pris comme tels ? Faut-il se contenter de les mettre sur le compte d’un certain laxisme, d’un manque d’expérience et de moyens des développeurs, ou en prendre au contraire son parti, et considérer que finalement, ils participent d’une mise en abîme (involontaire certes ?) du joueur enfoui dans le game play, contribuant ainsi au doute permanent quant à la réalité de ce qui a lieu dans le jeu. C’est probablement ce second POV que nous convierait à adopter Dick. Quoiqu’il en soit, le trip visuel et narratif, le game play redondant, et les bugs indésirables et irritants entraînent sensiblement le joueur dans le champ du questionnement et du délire dickiens. Comme quoi, le hasard, auquel Dick ne voulait pas croire, fait parfois bien les choses.

Il va de soi qu’en l’état, le concept de Californium laisse rêveur sur un développement plus avancé et conséquent. Mais il a au moins le mérite d’exister, si l’on peut dire d’un jeu vidéo qu’il existe, et d’offrir un petit aperçu de la puissance subversive, ainsi que de la profondeur de champ réflexif de l’oeuvre de Philip K. Dick. Le jeu présente en outre le double intérêt de pouvoir faire, sinon la joie, du moins le plaisir des lecteurs de Dick, et d’introduire les néophytes auprès de l’univers d’un des plus grands auteurs de SF.

Pour des critiques plus proprement vidéoludiques, le Rat vous renverra aux tests de Le Monde, de Gameblog, et de Justfocus.

Retrouver Californium sur Arte.tv

Retrouver Californium sur Steam

LE FLASH DE HARDER

Ecrit par Pierre Zandrowicz et Rémi Giordano et réalisé par Pierre Zandrowicz, I, Philip est un court métrage qui immerge dans les souvenirs de ce qui pourrait être la dernière histoire d’amour de l’écrivain. Mais ces souvenirs ne sont-ils pas le fruit de l’imagination d’un androïde qui a peu à peu appris à être humain ?

Visionner I,Philip et son making of sur Arte.fr

BIBLIOGRAPHIE et +

Désireux de découvrir l’univers de Dick, ou d’en approfondir votre connaissance ? Le site d’Etienne Barillier, qui fêtera bientôt ses dix ans, à l’immense mérite d’être régulièrement mis à jour, et de renvoyer vers d’autres sites sérieux.

Visiter Dickien.fr

INTESTIN FARCEUR : There is no Game

Kamizoto nous propose avec There is no Game une petite bombe flash point’n’click bourrée de second degré, qui rompt le quatrième mur et n’a de cesse de prendre à partie le joueur. Illustration exemplaire que la qualité première d’un bon jeu réside avant tout dans l’imagination du développeur. Le There is no Teaser ci-dessous résume assez bien l’état d’esprit du jeu.

Ne jouer pas à There is no Game

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