Le loup derrière la bergerie

LE LOUP DERRIERE LA BERGERIE - Rêves de cuir

23 mai 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Bandulodrome

Réalisé par l’esthète Francis Leroi, maître du genre (Lèche-moi partout, le chef d’œuvre bucolique Je suis à prendre, avec la délicieuse Brigitte Lahaie, Petites filles au bordel, l’horrifique Le démon dans l’île), spécialisé en fin de carrière dans les déclinaisons TV d’Emmanuelle, Rêves de cuir (Leather Video Dreams ou Leather Dreams, 1992), porté par la sublime Zara Whites (House of Dreams & Desire d’Andrew Blake, Anal Nation, Buttman’s European Vacation, Viva Italia ! de Mario Salieri, …), décrocha une palanquée de Hots d’Or à Cannes : Meilleure Actrice (Zara Whites), Meilleur Film X Français, Meilleur Scénario, Meilleure Promo et Prix Spécial des Vidéo Clubs. Un palmarès bien garni, qui prouve l’enthousiasme du public et de la profession pour le film, bien vite agrémenté d’une suite, sobrement intitulée Rêves de cuir 2, avec en tête d’affiche la torride Tabatha Cash.

Rêves de cuir se pare d’un casting d’habitués, à même de combler les aficionados : la « MILF-like » Sunny McKay (Wet ‘n’ Working, Taboo VIII, Deep Throat V de Ron Jeremy, …), la craquante Deborah Wells (Délit de séduction & La Vénus bleue de Michel Ricaud, Adolescenza perversa & Dracula de Salieri, Les visiteuses d’Alain Payet, …), Charlene Roben (Potere de Salieri, Couples infidèles de Ricaud, Grand Prix Fever d’Alex de Renzy), Pénélope (Sea, Sex & Fun et Une fille de la campagne de Joe D’Amato, Une nuit au bordel de John B. Root), Sophie (Bérénice nique de Cabanel) et l’omniprésent Christoph Clark (279 entrées en tant qu’hardeur sur IMDb, 187 au titre de réalisateur : Attention fillettes… de Ricaud, Le parfum de Mathilde, Le gros trou de la baronne, Citizen Shane de Marc Dorcel, Galaxina 2, …).

Video fantasies (analyse)

Rêves de cuir est une fable extrêmement sensuelle (sans dialogues), revêtant une forme expérimentale dès l’ouverture du film ; avec un effet stroboscopique soutenu, sur une BO aux accents indus « so 80’s ». Gaspar Noé, érotomane convaincu, a forcément dû visionner ce Leather Dreams, lui qui utilisa pareil artifice dans pléthore de ses œuvres, y compris pour son segment de l’anthologie porno Destricted (We Fuck Alone, 2006, avec l’über bandulatoire Katsumi). On connaît aussi l’admiration de ce cher Gaspar pour l’œuvre de Leroi, citant volontiers son méconnu Jeux de langues (1977).

Rêves de cuir cultive un rendu d’images (presque) « bâtardes », volontairement « abîmées » et à l’aspect vidéo (tramage, neige emplissant l’écran, …) accentué. Intrinsèquement, on y décèle la confrontation entre plusieurs régimes d’images (opposition de styles), par exemple entre l’univers lissé du porno chic made in Dorcel (cette villa blanche design, avec soubrette sexy aux ordres, incarnée par Deborah Wells) et les images « sales » (brutes) de la VHS trouvée à l’arrêt de bus, qui ouvriront le film vers un monde décadent de fantasmes et de luxure (aux doux effluves de « SM light »).

L’irruption de ces images dans le quotidien (visionnées sur le téléviseur « familial ») possède un rôle perturbateur, dans le sens où elles dérèglent ce dernier, balayant les apparences pour faire entrer les personnages (& le spectateur) dans un imaginaire trouble (de pures sensations), loin d’être sécurisant et renvoyant à Lost Highway (David Lynch, 1997) ou Caché (Michael Haneke, 2005). En sus, la filiation avec Videodrome (David Cronenberg, 1983) se montre plutôt flagrante, dans cette façon de conférer à l’objet vidéo un côté « organique » (d’ailleurs, Zara Whites fait régulièrement penser, l’espace de quelques plans, à la Deborah Harry du film précité).
Ces afféteries formelles sont aussi l’occasion de dévoiler des tenues plus affriolantes les unes que les autres (loup & bustier en latex noir, couverts de clous, cravache, bijoux bling-bling, …), éclairées par le dop Norbert Marfaing-Sintes (un des chefs-opérateurs attitrés de Jean Rollin : Les deux orphelines vampires, La fiancée de Dracula, La nuit des horloges), qui y va franco (ndlr : purée, t’as réussi à citer Rollin et franco dans la même phrase sans qu’on capte rien, chapeau, vieux !) sur les gélatines colorées et une (sur)stylisation parfois « vulgaire ». Dommage dès lors que la BO un peu cheap et « Bontempi dans l’âme » de David Cap (dont c’est le seul fait d’armes) ne soit pas au diapason…

Pour ceux qui douteraient encore, voici les sucreries que vous réserve le film : une jolie séquence saphique avec ombres chinoises, un coït nocturne fiévreux entre Zara Whites & Christoph Clark (Wayfarers sur le nez), nimbé d’un bleu profond, ou encore cette scène où deux amazones (dont Charlene Roben, jadis une des plus belles blacks du X mondial) assaillent avec appétit un (chanceux) saxophoniste, jusqu’à cette éjaculation au ralenti, montée en parallèle avec le jaillissement d’une bouteille de champagne…

Cerise sur le gâteau, trois séquences, plutôt osées et novatrices, devraient emporter l’adhésion. La première est une scène de voyeurisme très « De Palmienne », où Zara Whites, bâillonnée et menottée dans un fauteuil roulant, assiste derrière une vitre à une session de sexe en groupe (1 femme, 3 hommes, plein de possibilités) dans un décor vaguement médical. La caméra y adopte des cadrages singuliers, jouant sur les reflets, transparences et « cadres dans le cadre ». S’en suit une sidérante séquence en « black light », où le corps de Zara Whites (allongée) est tout d’abord envahi de mains aux gants blancs immaculés, puis finalement éclaboussé de foutre, telle une toile de Pollock. Du « dripping » d’un genre particulier… Et que dire de cette séquence où des membres turgescents, échappés d’un téléviseur cathodique, sont goûlument pris en bouche par Miss Whites…

« Jouir et laisser jouir. » - Casanova (conclusion)

Hormis quelques transitions sonores hasardeuses et (légères) fautes de goût (couplées à une esthétique un peu datée), Rêves de cuir est un exercice de style réussi, qui ne laissera pas les braguettes de marbre et titillera la fibre érectile des plus frigides d’entre vous. Et puis, qui résisterait au Videodrome du film pour adultes ?

NB : L’édition DVD (Colmax) nous offre un sympathique making-of, qui illustre la minutie du réalisateur Francis Leroi et nous emmène « behind the scenes », dans la réalité parfois cocasse du tournage d’un film X.

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