Le loup derrière la bergerie

LE LOUP DERRIERE LA BERGERIE - La donneuse

30 août 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Double jeu

Me voici de retour de vacances estivales en Grèce, pour vous livrer un dixième opus (déjà !) du Loup derrière la Bergerie, dédié à La donneuse (1979) de Jean-Marie Pallardy, petit maître de l’érotisme à la française (L’arrière-train sifflera trois fois, L’amour chez les poids lourds, Une femme spéciale), qui y tient aussi le 1er rôle masculin. Œuvre controversée de par son sujet brûlant, La donneuse indigna dès sa sortie la corporation des médecins et les politicards de l’époque, mais reste une des œuvres-phares du réalisateur, mariant ponctuellement sensualité exacerbée et questionnements éthiques sous-jacents au parfum de souffre (l’appel à une mère porteuse, pratique toujours illégale en France).

Willeke Van Ammelrooy, hégérie de Pallardy

Pour ce faire, Pallardy s’offre les services de son hégérie attitrée, la plantureuse Willeke Van Ammelrooy (Le journal érotique d’un bûcheron, Règlements de femmes à O.Q. Corral, L’arrière-train sifflera trois fois, aussi à l’affiche du Toit de la baleine du regretté Raoul Ruiz et de L’ascenseur de Dick Maas), qui exsude l’indécence aux côtés de la belle Beba Loncar (Opération Re Mida de Jesus Franco, le western Furie au Missouri, cotoyant au passage la sublime Rosalba Neri, Les séducteurs et… naturiste frivole dans Le corniaud de Gérard Oury !), de Bernard Musson (habitué des œuvres de Luis Buñuel : Le journal d’une femme de chambre, Belle de jour, Cet obscur objet du désir, …), Jacques Insermini (Dossier érotique d’un notaire & L’insatisfaite de Pallardy, Femmes impudiques de Claude Pierson, Langue de velours de Jean-Claude Roy, le classique du porno français Mes nuits avec… Alice, Pénélope, Arnold, Maude et Richard) et du fidèle Jean Luisi (Règlements de femmes à O.Q. Corral, Le journal érotique d’un bûcheron, L’arrière-train sifflera trois fois), que l’on retrouva régulièrement chez Georges Lautner (Laisse aller… c’est une valse, Les seins de glace, …). Le spectateur se réjouira pareillement de l’apparition du génial Rutger Hauer (Turkish Delight, Spetters & La chair et le sang de Paul Verhoeven, Blade Runner, Hitcher, Hobo with a Shotgun), présent sur les lieux de tournage, donc réquisitionné pour l’occasion !

Adultère sous les Tropiques (analyse)

Dès l’entame du film, l’accent est mis sur la crise déchirant le couple Jean-Paul/Françoise ; Madame, supposément frigide, ne répond pas aux avances de Monsieur, qui ne pense selon elle qu’à se « purger » dans son bas-ventre. Lui, adorant les enfants, se morfond face à son impossible paternité, son épouse se révélant désespérément stérile… Une situation conflictuelle, qui énonce distinctement les enjeux à venir et sera un véritable catalyseur du récit déployé par le scénario de Pallardy.

Jean-Marie Pallardy & Beba Loncar

Seul horizon possible pour le couple : s’adjoindre les services d’une mère porteuse, qui accouchera de leur enfant sous couvert d’anonymat. Une barrière rapidement brisée par Jean-Paul, qui cherche à connaître cette femme, dont il tombera éperdument amoureux, délaissant peu à peu sa compagne… Les repères se brouillent dans son esprit, entre celle qui sera officiellement la mère de l’enfant et celle qui l’accueille dans son ventre douillet… Au passage, Pallardy en profite pour placer une critique des modalités d’adoption, processus qu’il juge long et incertain.

Problème : le réalisateur ne capitalise pas sur ce schéma narratif en or, mais se perd en digressions inutiles, « rehaussées » de fautes de goûts flagrantes. D’un mélodramatisme forcené, renforcé par une BO ad hoc (qui a décidément mal vieilli), La donneuse n’évite pas certains écueils, sombrant dans le romantisme « touristique » de roman-photo, iconographie de carte postale soulignée par des accords musicaux sirupeux… Si l’on y ajoute les tics de réalisation et autres maladresses coutumiers de l’œuvre de Pallardy (raccords - visuel et sonores - abrupts, valeurs de plan hors propos, abus du zoom, surimpressions, …), la coupe est pleine…

La sublime Beba Loncar

Plus grave encore, il est difficile de s’identifier au personnage (Jean-Paul) incarné par Pallardy (acteur très moyen), s’avérant unidimensionnel, profondément égoïste (seuls ses propres désirs comptent) et il faut bien l’avouer, plutôt machiste… Pour autant, ne fuyez pas de suite, car le film (trônant en bonne place sur le site Nanarland) réserve néanmoins son lot d’instants de grâce et atouts divers : le charisme animal de l’hyper sexuée Willeke Van Ammelrooy emporte tout avec elle, régalant l’assistance de ses formes girondes, tandis que Beba Loncar, beauté glaciale et stricte, en est un parfait contrepoint. C’est pour elles que le film mérite d’être (re)découvert, tout autant que pour une conclusion funeste et malaisante, qui enterre sans commune mesure le happy end escompté…

Donnant-donnant (conclusion)

Malgré ses (nombreuses) scories, La donneuse est un digne reflet de son époque (prête à sombrer dans l’artificialité 80’s), qui a le mérite de traiter d’un sujet sociétal « piquant » et de faire s’interroger le spectateur quant à son éthique personnelle. Pallardy en a réalisé un remake inutile, shooté en Turquie et aux USA, The Donor (2001), avec Florence Guérin, David Carradine et Karen Black.

NB : Edité en DVD par Le Chat qui Fume dans la collection « Les classiques de l’érotisme français » (qui compte pour le moment uniquement d’autres œuvres de Pallardy, telles L’amour chez les poids lourds ou Love Connection), le film bénéficie d’un master restauré (d’après les archives du réalisateur) et d’un travail éditorial ultra soigné (avec en bonus un module consacré au réalisateur, un autre alloué à la restauration du négatif original et une série de photos inédites).

Il est à noter que La donneuse existe dans une version (rare) « hardifiée », comprenant deux courts inserts où s’illustrent Richard Allan et Guy Royer (source : Dictionnaire des films français pornographiques & érotiques 16 et 35 mm).

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage