Le loup derrière la bergerie

LE LOUP DERRIERE LA BERGERIE - Graphic Sexual Horror

1er décembre 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Pain is the way

Afin d’inaugurer en fanfare cette saison 2 du « Loup derrière la Bergerie », je vous parlerai - une fois n’est pas coutume - d’un documentaire : Graphic Sexual Horror (2009), se proposant d’explorer les arcanes sombres d’une sexualité alternative. Réalisé par les duettistes Barbara Bell et Anna Lorentzon (le court-métrage décalé Homeless Yeti - tout est dans le titre !), le film nous relate l’histoire (ascension et décadence) du site spécialisé « INSEX.COM », fondé en 1997 par le professeur universitaire Brent « PD » Scott, et entièrement dévolu aux pratiques sexuelles « extrêmes », entre bondage, fétichisme, sadomasochisme et ultra violence, poussés à leur point de rupture…

Déclaré par beaucoup comme « the world’s most notorious violent porn website », la plateforme INSEX est tombée sous le coup d’une fermeture définitive en 2005, décrétée par le « Department of Homeland Security » des USA, sous couvert du « Patriot Act », et comptait alors la bagatelle de 35 000 membres, qui payaient 60 $/mois pour en visionner le contenu !

« Their genuine glassy-eyed euphoric states equalled the money-shot ! » (analyse)

Le documentaire s’attache au parcours de Brent Scott, dont l’amour du bondage s’est révélé à la prime enfance, lors d’un jeu avec menottes qui a failli mal tourner, mais causa des sensations étranges au bambin… Plus tard, durant son service militaire, il découvrit le « shibari » (bondage japonais), son art de la corde, des nœuds et ses mises en scène savamment étudiées. Brent "PD" Scott et l'une de ses modèles. Profondément ému à la vision de ce corps érotisé, tout entier dévoué à la pratique fétichiste, il s’est décidé à céder à ses pulsions, au travers de performances jugées immorales - d’où l’acharnement du FBI à son encontre -, mais qui sont pour lui un puissant moyen d’expression. Auparavant, il s’était essayé à coucher ses fantasmes sur toiles (peintures à l’huile), finissant par extérioriser cette paraphilie innée avec fracas, via l’objectif d’appareils photo et caméras (pulsion scopique, quand tu nous tiens !).

A l’époque du lancement d’INSEX, la matériel bondage (photos & vidéos) disponible sur internet relevait davantage d’un fétichisme chic, glamour et feutré, de bon aloi, où les modèles restaient souvent habillées de sous-vêtements. Une production tellement anodine en regard de celle prônée par le « monstre » de PD Scott, qui instaura une esthétique brute et un réalisme saisissant aux scénettes déviantes traitées. Crues et parfois malsaines, ces dernières s’ancraient dans un décorum tantôt baroque ou dépouillé, flirtant par instants avec un sens du glauque assumé et rappelant des techniques que n’auraient pas reniées certains serial killers, enfants illégitimes de l’Oncle Sam.

Un aspect novateur et original, qui suscita directement l’engouement (PD Scott a gagné en deux semaines l’équivalent d’une demi-année de son salaire de prof !) et se voit renforcé par l’implication des modèles, pleinement consentantes et partie prenante du dispositif. Au-delà de l’acting, quand le miroir se brise pour laisser apparaître des éclats de réel… Dans cet univers vénéneux de tortures loin d’être simulées, l’investissement des modèles, sans négliger le côté financier qui incita grandement leur participation, s’apparente autant au don de soi qu’au rite de passage (dixit une des intervenantes). Une manière de mieux connaître son corps, parfois même se le réapproprier, et de maîtriser ses émotions, acquérir une force intérieure renouvelée, consécutive à l’expérience… En bref, une soumission totale aux enjeux du site, nécessitant une confiance mutuelle entre les deux parties.

INSEX s’inscrit dans un monde de sexe et de violence, au confluent d’influences variées, où les méthodes inspirées des méfaits de psychopathe notoires (l’Etrangleur de Boston - alias Albert de Salvo, The Hillside Strangler murders - aka les cousins Kenneth Bianchi & Angelo Buono, etc.) cotoient les tortures médiévales (cages rouillées, …), la fascination pour les « freaks » (cf. cette installation apparentant la « victime » à une amputée) ou encore les réminiscences souterraines des illustrations de John Willie (la série BD érotique Gwendoline) et Georges Pichard (le chef-d’œuvre de bande-dessinée SM Marie-Gabrielle de Saint-Eutrope), de La dernière maison sur la gauche (Wes Craven, 1972) et de Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974).

Les plus pointus d’entre vous remarqueront peut-être la présence, parmi les intervenantes, de porno stars fidèles au gonzo : Lorelei Lee (l’horrifico-porno Hannah Goes to Hell, Gang Bang My Face, aux côtés de Sasha Grey, Rocco’s Power Slave), Claire Adams (Bitchcraft, Roxy Loves Pain, Buttman’s Stretch Class) et Princess Donna (le drame horrifique Bad Penny, Triple Ecstasy, Rocco : Animal Trainer 27).

« If they’re not going to allow me to teach their children, then I will corrupt them. » (conclusion)

Graphic Sexual Horror convie le spectateur à un voyage sulfureux, où plaisir et douleur s’entremêlent au fil de la psyché trouble de « PD », cerveau derrière le site « INSEX.COM », et de ses proches collaborateurs. Un documentaire de facture classique, percutant et pertinent, soulevant des questions qui ne manqueront pas de tarauder ceux qui s’aventureront à le regarder.

NB : Edité par Synapse Films, Graphic Sexual Horror s’offre une galette correctement pourvue en bonus : scènes coupées (« More From The Models », segments d’interviews non-utilisés), interview de la co-réalisatrice Barbara Bell et trailer réglementaire. A réserver aux anglophones, vu l’absence de sous-titres français.

Commentaires

@ Damien : Ah non, les liens n’y sont pas ! Je suis anti-téléchargement illégal. L’anecdote me fait rigoler, parce qu’ils pourraient encore le chercher longtemps, ce film intitulé "Le Loup derrière la Bergerie" ;-)

3 décembre 2011 | Par vivadavidlynch

Frileux, j’ai renoncé à faire la promotion de cette chronique sur le Facebook du site depuis que les élèves me signalent que "Monsieur, y met des liens pour des films de cul" et que ces mêmes élèves me signalent qu’ils cherchent depuis partout le film intitulé "Le loup derrière la bergerie". Histoire vraie...

3 décembre 2011 | Par Damien Taymans

Merci beaucoup les gars ! Ça fait chaud au cœur ! C’est ce genre de commentaires qui met de l’essence dans mon moteur ;-)

2 décembre 2011 | Par vivadavidlynch

http://www.amazon.com/Graphic-Sexual-Horror-Special-Ackworth/dp/B003PNKM5W/ref=sr_1_1?s=movies-tv&ie=UTF8&qid=1322852387&sr=1-1

Voilà mon p’tit Ben, pas besoin de me remercier. Une petite bière la prochaine fois où l’on se verra suffira ;-)

2 décembre 2011 | Par vivadavidlynch

Yeahhhhh c’est reparti pour Le Loup et ses péloches succuleusement salaces !!!

2 décembre 2011 | Par Jaypsychoboy

Ouaw ca recommence fort !!! merci pour ce nouvel Opus ! Il n’y a plus qu’à se procurer ce fameux GSH !

2 décembre 2011 | Par benika

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