Le loup derrière la bergerie

LE LOUP DERRIERE LA BERGERIE - Forever Night

30 octobre 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Goth d’Or

La gironde Stacy Valentine.

Pour fêter avec fastes les un an de la rubrique, plongeons-nous avec délice dans un grand classique du porno US contemporain : Forever Night , sorti en vidéo en 1998. Réalisé par l’esthète Michael Ninn (Latex, New Wave Hookers 5, Cashmere), par ailleurs auteur du scénario et garant de la direction artistique de l’œuvre, le film peut compter sur la présence de nombreuses stars du genre, pour beaucoup à leur zénith.

La diva Stacy Valentine (Café Flesh 2, Satyr de Michael Zen, Still Insatiable de Veronica Hart) y cotoie le « vétéran » Jamie Gillis (le sublime The Story of Joanna de Gerard Damiano, Water Power, The Ecstasy Girls), aux côtés de la pulpeuse Jeanna Fine (House of Dreams d’Andrew Blake, L’enfer italien de Salieri, Capitaine Orgazmo), de la divine Veronica Hart (Pandora’s Mirror, Black Orchid de Michael Ninn, la série Six Feet Under, l’horrifico-égrillard One-eyed monster), de Liza Harper (La fièvre de Laure, Lisa, le Lilith d’Ovidie) et Jill Kelly (Nightbreed, le softcore sci-fi Virtual Encounters, Lipstick de Fred J. Lincoln), que les plus attentifs auront aperçue dans le He Got Game de Spike Lee.

« An existence of forever night. » (analyse)

Jamie Gillis, condamné à l'impuissance...

Après un pré-générique sous forme de « best of » des scènes à venir, le personnage de Lothar, incarné avec prestance par Jamie Gillis, introduit de sa voix caverneuse le récit ; celui de la vie d’un homme (la sienne) frappée du sceau du désespoir et de la malédiction. Maudit pour avoir trop aimé sa femme Arielle, il ne peut dès lors plus avoir de rapports charnels avec elle, assistant à ses ébats tel un voyeur. Mais ce n’est pas pour cela qu’Arielle refrénerait ses pulsions, elle qui laisse les forces du mal l’habiter... L’intégralité du film découle de ce simple postulat et permet au réalisateur de sauter d’une temporalité à une autre, au gré de « scénettes » sexuelles revenant à l’esprit de Lothar sous forme de flashes. Une manière comme une autre de construire le film de façon non-linéaire.

Au fil d’une BO entêtante (« néo-classique »), de chœurs et son de cloches entremêlés, Forever Night s’ouvre sur des extraits de masturbation féminine (du fait de l’exquise Stacy Valentine), baignant dans diverses atmosphères au sens esthétique affirmé. Michael Ninn plonge ses personnages dans un univers aux accents gothiques puissamment évocateurs, d’où émane une forme de poésie macabre appuyée par des choix formels inspirés (noir et blanc, amorces dans le cadre, direction photo toute en couleurs saturées, …) mais parfois redondants, tels ces ralentis se muant en « gimmicks » lassants. Pareillement, la direction artistique démontre des ambitions bienvenues, se parant d’atours horrifiques (brume, orage/éclairs, ambiance délétère, architecture des lieux, …), modernes - d’une stylisation franche, ou pseudo-victoriens. A cet égard, les costumes voulus d’époque (longues coiffes bouclées, perles, robes imposantes et bas de soie) ne manqueront pas de taquiner la fibre érectile du public masculin.

Stacy Valentine, prise en DP par des "moines" (dixit le générique).

La scène où Arielle (Stacy Valentine) se fait entreprendre par deux hommes, déguisés comme au Carnaval de Venise, explicite le statut du personnage de Lothar. Il ne peut que reluquer impuissant les parties de jambe en l’air de sa douce, les gémissements et râles de plaisir (entendus avec écho, comme « venus d’ailleurs ») résonnant dans son esprit en une torture perpétuellement renouvelée… L’arrivée de Jeanna Fine, portant une seyante tenue en latex de couleur « flashy », ancre pour sa part le film dans une tonalité plus « moderne », où l’exubérance des costumes - cet homme habillé en souverain « japonisant » à la Gay Pride - le dispute au dépouillement de l’endroit - une sorte de loft presque vide, avec son petit écran cathodique empli de neige et trames. Une esthétique volontiers connotée 90’s, qui imprègne aussi la majorité des œuvres d’Andrew Blake, Michael Zen, Paul Thomas (Masseuse II) ou encore Christophe Mourthé (Colorsex).

Entre autres réjouissances, l’érotomane se délectera du rôle dévolu à Liza Harper et ses grands yeux bleus, qui démontre un appétit sexuel vorace, rehaussé de quelques mots nonchalamment énoncés dans la langue de Molière. Elle révèle en outre de sacrées prédispositions pour la sodomie ; pas étonnant qu’elle se soit fréquemment illustrée dans le genre (Young and Anal, Anal Cannibals, Strictly Anal, …). S’en suit la séquence saphique usuelle sur base d’un trio lesbien pour le moins « sauvage », où les demoiselles font un usage judicieux de sex toys, une séquence de baise/soumission (introduite par une joute verbale) sous les yeux de Jamie Gillis, ainsi qu’une autre où Stacy Valentine subit les assauts d’un homme surgi des flots (ouais, bon… d’une piscine embrumée !).

La belle Liza Harper.

Mais la séquence la plus étonnante du film, restée dans les annales, est incontestablement celle voyant Jill Kelly se faire prendre sauvagement par un démon cornu, au look plutôt réussi… A cet instant, Forever Night partage de lointains échos avec la BD Iron Devil de l’auteur de comics Frank Thorne, qui se montre néanmoins plus « explicite » et trash. Pour rappel, le point d’orgue du comic est l’orgie finale démoniaque, où l’héroïne se fait investir l’entièreté des orifices par des créatures aux appendices disproportionnés… L’œuvre de Michael Ninn en est loin, si ce n’est la taille réglementaire du chibre de l’acteur incriminé (Eric Price).

Jill Kelly, in love with the Devil !

« And I shall not know light again… » (conclusion)

Forever Night figure un « patchwork » d’influences et de styles caractéristiques, imputables à l’esthétisme raffiné prôné par son réalisateur, en filiation directe avec l’exigence d’un Andrew Blake. Il en résulte une œuvre aboutie, avec un cachet visuel propre aux années 90, mais tellement éloigné de la médiocrité du « tout gonzo » actuel. Et Dieu, que ça fait du bien !

J’ajouterai que, selon Henri Gigoux (in « Le Cinéma X », sous la direction de Jacques Zimmer), le film serait « une fable sur le spectateur de films pornographiques, condamné à ne jamais pouvoir toucher ce qu’il voit. » A méditer…

On se retrouve sous peu pour une deuxième « saison » du « Loup derrière la Bergerie » ?

NB : Il est à noter que le grand Jamie Gillis, fait rare, ne participe pas aux « prouesses sexuelles » du film. Un aspect voulu par la condition de son personnage, l’insondable Lothar.

Commentaires

Félicitations pour ta chronique Alan (et accessoirement : Happy Birthday ! comme le dirait Tex Avery)
On sent la passion qui transpire de tes écrits, et c’est toujours un plaisir de lire un passionné ;)
Vivement la suite !

28 novembre 2011 | Par bitman

Je m’empresse de le trouver celui-là !
Cool saison 2 confirmée !

2 novembre 2011 | Par benika

Vos souhaits seront exaucés, chers amis ! Inutile de préciser que ça fait chaud au cœur ! Si vous avez d’éventuelles suggestions, n’hésitez pas à me les faire parvenir via Facebook (Alan Deprez). En route pour la saison 2 du "Loup...", dès ce mois de novembre !

1er novembre 2011 | Par Vivadavidlynch

Félicitation pour la réussite de ta chronique Alan. Même si c’est pas trop mon trip à la base, tu m’as tout de même donné envie de voir certaines de ces oeuvres ! Allez, bonne route pour la saison 2 ! Continue à nous régaler ! ;-) Biz mec.

1er novembre 2011 | Par Quentin Meignant

Fais nous encore saliver Vivadavidlynch !

1er novembre 2011 | Par nico

Evidemment une deuxième saison s’impose !!

31 octobre 2011 | Par shinji

Oui ! Bien à l’abri, derrière nos écrans, on aime Le Loup !
Vivement la saison 2 !

31 octobre 2011 | Par Jaypsychoboy

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