Bloody Week-end

LA FIN DU BLOODY WEEK-END ?

Par Christophe Triollet

Organisée à Audincourt (Doubs, France) les 6, 7 et 8 juillet 2012, la troisième édition du Bloody week-end a été une véritable réussite. Près de 70 exposants, 38 longs et courts métrages en compétition et de nombreuses conférences ont permis à 1 400 personnes de vivre leur passion pour le cinéma fantastique, une fréquentation en hausse de plus de 40% par rapport à 2011. La présence de l’acteur Philippe Nahon (Irréversible), du réalisateur Benjamin Rocher (La Horde) ou encore du journaliste Alain Schlockoff (L’Écran Fantastique) atteste de la qualité de ce rendez-vous annuel.

Créé et porté par Loïc Bugnon depuis 2010, le Bloody week-end est un festival et une convention du film fantastique destinés non seulement à un public averti mais aussi à toutes celles et ceux qui souhaitent découvrir l’univers du cinéma de genre. Pourtant, derrière ce succès évident, il n’est pas dit que le Bloody perdure en l’état en Franche-Comté en 2013. La faute à des élus un peu frileux qui ne soutiennent cette manifestation originale que du bout des lèvres. Un nouveau coup dur pour un cinéma qui manifestement ne trouve pas encore toute sa place en France. Et c’est bien là tout le problème...

S’il est une institution aux États-Unis, en plein essor en Espagne et au Royaume-Uni, le cinéma de genre ne suscite pas le même engouement dans notre pays malgré un public qui existe et qui dépense des milliers d’euros chaque année pour alimenter sa soif d’informations horrifiques. Des magazines français bien établis, tels Mad Movies et L’Écran Fantastique, parcourent depuis longtemps les arcanes de la production internationale. Des festivals consacrés au genre ont toujours existé tels le Festival du Film Fantastique de Paris, le Festival d’Avoriaz, le Festival du Film Super 8 Fantastique, le Festival de Gérardmer et plus récemment le Paris International Fantastic Film Festival. Mais voilà, s’ils drainent les aficionados d’un microcosme bien identifié, ces rassemblements ne sont pas pour autant toujours très rentables. La disparition, plus ou moins rapide, de chacun d’entre eux au fil des ans, en constitue malheureusement une implacable démonstration.

Le problème réside également dans le fait que les principaux investisseurs du cinéma français ne veulent pas mettre de l’argent pour financer des films susceptibles de ne pas rapporter suffisamment durant leur exploitation en salles et à l’occasion de leur diffusion à la télévision. Aujourd’hui, les médias français ne souhaitent effectivement pas produire ou coproduire des fictions de genre qui, interdites aux mineurs de 12 ou 16 ans au cinéma, ne pourront pas ensuite être diffusées aux heures de grande écoute à la télévision et ainsi engranger les recettes publicitaires attendues. Du coup, la production française de films de genre reste marginale et, à l’exception de Canal + qui accepte de coproduire chaque année un petit nombre de longs métrages (Martyrs, À l’intérieur), seuls quelques producteurs indépendants aux moyens limités, comme Metaluna Productions (The Theatre Bizarre, Marvel 14, Mandragore) offrent encore une chance à de jeunes cinéastes français bourrés de talent. La réalisation de films d’horreur à la française et la promotion du cinéma de genre qui l’accompagne, demeurent donc encore confidentielles en effrayant même certains élus habitués à soutenir des conventions bien plus familiales...

Si cette année, le Bloody week-end a malheureusement pâti du passage du Tour de France cycliste dans la région au même moment, entravant sa visibilité médiatique et la disponibilité des structures hôtelières, les collectivités territoriales n’ont, apparemment, pas vraiment joué le jeu : « On ne demande pas des mille et des cents. » déclare Loïc Bugnon dans Le Pays du 30 juillet 2012 et d’ajouter : « Seulement un soutien pour permettre à ce festival de se développer. Une reconnaissance. Nous n’avons jamais pu nous mettre autour d’une table pour en discuter avec le service culturel de la ville. » A défaut de pouvoir obtenir les subventions et les appuis indispensables à sa survie, il y a fort à parier que la quatrième édition du Bloody week-end ne voie pas le jour à Audincourt en 2013. Aux aguets et habituée à accueillir de nombreuses manifestations culturelles atypiques dont le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, l’Alsace semble disposée à recevoir dignement Loïc et toute sa clique pour les prochains chapitres du Bloody. Une bonne nouvelle pour le cinéma de genre...

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