L’INDICIBLE, Lovecraft

7 décembre 2016 | Par : Fred Bau | littérature

En tentative de réponse.

Titre L’indicible

Titre original The Unnamable, écrit en 1923

Auteur Lovecraft

Première parution 1925, dans Weird Tales

Avertissement Ce qui va suivre n’est pas à proprement parler un commentaire critique du conte L’Indicible. Nous avons cru, au prix d’une lecture très attentive, y trouver en "repos" un des poèmes fantastiques les plus fascinants de Lovecraft, quoi qu’à l’état sinon inconscient, du moins latent et épars. C’est dégagé de l’alliage du texte original que nous le soumettons à votre regard dans ces colonnes. Suivi d’une tentative de réponse plus poétique que critique. Nous nous sommes appuyés sur la traduction d’Yves Rivière, disponible dans le tome 2 des oeuvres complètes de Lovecraft en collection Bouquins aux éditions Robert Laffont.

L’INDICIBLE

L’Indicible

Les vitres gardent la mémoire des personnes
qui ont longtemps regardé à travers

Aux heures vagues qui précèdent l’aube
Une des fenêtres avait perdu son cadre
Aucune des autres n’avait conservé la moindre trace de vitre

Qu’était-ce donc ?

Une chose effrayante, boiteuse et sans nom
En face de la dalle d’ardoise sans inscription

Qu’était-ce donc ?

C’était la fosse, c’était le maelström
C’était l’abomination ultime
C’était l’indicible

EN TENTATIVE DE REPONSE A : L’INDICIBLE

"Si "l’indiscrétion à l’égard de l’indicible" (Emmanuel Levinas), est peut-être la tâche, celle-ci s’énonce par la mise en rapport du même préfixe répété, "in", avec l’ambiguïté qu’il tient de l’infini. L’indicible serait circonscrit par le Dire élevé à l’infini : ce qui échappe au dire, c’est non seulement cela qu’il faut dire, mais cela n’échappe que sous la marque et dans la retenue du Dire." Maurice Blanchot, L’Ecriture du Désastre.

L’Indicible_

Le commentaire critique, ruiné par avance, s’écarte de nous l’idée abstraite, aussi inerte et fébrile, que sujette aux ratiocinations verbeuses.

Le tissu lovecraftien entrouvre une sensation terrible, qui lorsque nous traverse, nous terrasse et nous abandonne, muets. Les velléités tant religieuses que scientifiques rompent, puisque toujours déjà langage, sollicitant, mobilisant, quoi ? Du langage.

Parole réduite en cendres, écriture blanchie à la chaux, là se résume, le dicible.

Il nous faut pourtant ré-accorder l’instrument poétique, en découdre avec la toile en crise, sous peine de mutisme suicidaire ; à moins de nous maintenir nécrophages inconscients auprès de nos propres cadavres sans voix.

L’Indicible _

La fureur monstre du fragment _ extasiée et horrifiée _ qu’elle se glisse pulvérisée sous le velours et les lames du vaste récit qui vampirise et hante nos existences, ou qu’elle surgisse, resserrée jusqu’à l’asphyxie indénouable du Verbe, délite et scelle la main de la mort naturelle et répugnante qui nous la tend, et nous la reprend, transcendante et horrible.

La Bibliothèque sombre, quoique remise entre les mains d’un livre maudit qui ne peut être écrit.

Rétablis dans l’immanence cosmique, destin indifférent sans substance tangible ni appel, nous endurons des lunes hideuses, sous un grand oeuvre fantastique inassouvi, et soutenons le mythe de la peur de l’illimité sans mot (1), qui rapatrie vers elle les mots. Retrempé dans les gouffres de son désastre, le langage alphabétique bâtit des monts merveilleux, explore des abîmes fascinants, et dévore les cadres. La suie des cauchemars, par bonheur, ne saurait se satisfaire du matérialisme pur et dur auquel elle se raccroche ; elle renouvèle le Verbe : royaume nécronomiconien. Les idées opèrent leur métempsy-chose dans le chaos informe du désordre imaginaire. L’angoisse réinvestit le rêve, ordonne, et parvient, recueil contradictoire puisque prophétie du grand Rien, à se faire jour comme la nuit révélée de nos enfances apeurées.

Nous franchissons le cap des crises de l’adolescence historique, peut-être irrémissibles, et assurément porteuses des prochaines hydres qui nous guettent dans l’ombre. Les circonvolutions adultes de la pensée poétique agglomèrent leurs couches sur un cercueil au centre aboli et à la circonférence inconnue. Chaque parole, puisée au seul puits de l’ailleurs, avoisine les membres incertains de divinités refoulées, révélées informes et dangereuses jusqu’à la folie.

Un miroir s’est ouvert _ il nous faut, monstres décomposés, monstres recomposables, apprendre à nous taire sous nos masques pour retrouver une parole. Infinitésimaux, mais grandis et élargis dans les entrailles étouffantes et démesurées de ténèbres lumineuses, nous atteignons le terme homérique des lucioles à l’abdomen putréfié.

(1) Mythe, du grec muthos, mot, récit.

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