Critique de film

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Kinatay

"Kinatay"
affiche du film

Peping, étudiant en criminologie, est recruté par son ancien camarade de classe, Abyong, pour travailler en tant qu'homme à tout faire au service d'un gang local de Manille. Cette activité lui permet de gagner de l'argent facilement pour faire vivre sa jeune fiancée, étudiante elle-aussi, qu'il a décidé d'épouser. Mais pour ça, il lui faut encore plus d'argent. Abyong propose alors au jeune homme de s'engager dans une "mission spéciale", particulièrement bien rémunérée...

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Kinatay - L’extrême civilisation engendre l’extrême barbarie
Par : Seb Lecocq

Film philippin de Brillante Mendoza récompensé au dernier festival de Cannes, Kinatay, qui signifie massacre en tagalog, nous fait l’honneur de venir salir les écrans immaculés de nos beaux multiplexes bien clinquants. Kinatay, c’est l’histoire d’une jeune homme, Peping, bien sous tous rapports qui, une nuit durant, va connaitre l’abjection, l’avilissement et la noirceur la plus totale. Etudiant en criminologie, père de famille et tout jeune marié, Peping trempe gentiment dans de petites arnaques, histoire de gagner un peu de thunes car les fins de mois sont difficiles à Manille. Rien de bien répréhensible, juste un peu de collecte d’argent pour les chefs d’un gang local. Une nuit, un de ses amis, membre du gang, l’engage pour un coup plus gros, à la demande du "Chef". Peping embarque donc pour un voyage au bout de la nuit, au bout de l’enfer et au bout de lui-même. Mendoza choisit l’option de la camera portée pour une approche "sur le vif" de son récit, ce procédé souvent galvaudé trouve ici toute son utilité pour capter le fourmillement de Manille, ses ruelles, son trafic incessant et ses habitants tous continuellement occupés. Parmi cette faune, il capture Peping, choisi au hasard, un jeune gars parmi tant d’autres, et ne le lâchera plus pendant 1H45, le suivant partout, de son mariage à ses cours en passant par ses activités illégales.

Le film démarre assez lentement et sur des bases tout à fait normales, on semble se diriger vers une histoire de famille comme on en voit des centaines avant de bifurquer vers l’horreur urbaine la plus crasse et la plus vile et c’est là que le réalisateur entre dans le vif de son sujet : le convoyage d’une pute, mauvaise payeuse, d’un endroit à un autre. Il faudra plus de trente minutes, trente minutes montrées à l’écran, dans toutes leur longueur, leur tension. Trente minutes banales pour les gangster mais interminables pour Peping qui entre dans la nuit la plus noire de son existence. Au sens propre comme au figuré. La nuit naturelle car le film se passe aux petites heures du matin et la nuit intérieure du personnage qui sera continuellement filmé assis dans la voiture, le visage, shooté en gros plans, plongé dans le noir et les ténèbres. Celles de la société mais aussi les siennes. Ce voyage en voiture avec une pute à demi morte à ses pieds ressemble à une traversée du Styx pour le jeune convoyeur. Plus la voiture avance, plus l’obscurité s’épaissit, plus la ville semble se refermer sur lui avant de finalement le laisser quasi seul sur la route avant qu’il n’arrive à destination, devant une grille fermée. Peping est dans un état second, comme s’il n’était plus là mais ailleurs. La force de Brillante Mendoza est de ne jamais (ou presque) montrer le visage de ses personnages, toujours plongés dans le noir de la camionnette, qui se font connaitre par leur voix et leurs discussions. Ils discutent de tout et de rien, comme une bande de potes en vadrouille. Manille by night. Sauf qu’à leur pied se trouve une pute presque morte. Ces gens pourraient être n’importe qui, ils ne sont jamais explorés, jamais clairement identifiés, jamais détaillés. Ce sont juste des hommes comme il en existe des millions à Manille. Des hommes parmi lesquels se trouve Peping.

Ce dernier aura plusieurs fois l’occasion de s’enfuir, de quitter cet Enfer pour retourner dans la vie, la vraie, celle qu’il avait encore quelques heures plus tôt. Mais il n’en fera rien, comme mû par la peur ou par une force quasi surnaturelle, il retournera inlassablement auprès du groupe et franchira les Neufs Cercles les uns après les autres jusqu’à l’abjection la plus totale et absolue.

Dans la maison, la fille va payer, et payer cher, pour une histoire de dette non remboursée, un peu plus de 1000€. Dans cette maison, toute l’humanité va fuir pour ne laisser place qu’à la nuit la plus noire. La fille sera battue, frappée, violée, tuée, démembrée et décapitée. Tout cela sous les yeux de Peping qui n’est déjà plus lui-même et ne le sera plus jamais. Durant une courte discussion avec la captive, il apprend qu’elle a un enfant comme lui. Une mère et un père réunis dans la même pièce : Mendoza filme tout ça sans chercher la complaisance, le choc ou le trash gratuit. Le résultat est sans appel. Avant que la fille ne soit battue, on est déjà sous tension, une tension instaurée par la mise en scène, la nuit, l’obscurité et les bruits de la ville. Le spectateur devient complice et semble assis lui aussi dans cette camionnette qui file vers l’Enfer. Durant la dernière demi-heure, la tension va se transformer en malaise qui devient à son tour dégoût. Dégoût de tout... de la vie, de l’humain, de la société et de nous-mêmes pour être resté jusqu’au bout, pour avoir assisté à ce spectacle en connaissance de cause.

De par sa mise en scène, Mendoza ne nous montre finalement pas grand chose de ce qui se passe dans la pièce, Peping est au jardin et boit des bières en discutant avec le Chef pendant tout ce temps. Il tourne la tête quelques secondes, plusieurs fois, et nous avec lui. Mendoza profite de ces regards pour nous montrer, dans la position du voyeur la plus totale, par brefs instants, quelques secondes du viol de la fille. Un viol dégoûtant et inhumain. Mendoza par son style, aborde l’acte sous une approche nouvelle et permet en une dizaine de secondes de montrer toute l’horreur et l’avilissement qu’induit cet acte. L’homme ne viole même pas pour sa satisfaction personnelle, il agit pour détruire la personne, pour la transformer en chose, en marchandise. Cette scène est révoltante par sa violence et sa crudité alors que paradoxalement rien ne nous est explicitement montré. Une petite quinzaine de secondes tout au plus, qui possèdent plus d’impact que 99% des scènes du même type vues ailleurs.

Vient ensuite le reste, la descente continue pour Peping et la victime, qui n’est même pas nommée. Encore une fois, on ne voit que par à coups, en même temps que Peping, mais ce qu’on voit est largement suffisant pour accentuer encore le malaise et la sensation de crasse qui envahit l’écran et l’esprit de celui qui est assis à contempler cette tragédie. Peping est maintenant du côté de l’Enfer, son innocence à jamais perdue, comme son intégrité d’être humain.

Le film, qui sent la crasse et la pourriture la plus totale, imprègne le spectateur. C’est un film qui n’est pas facile d’accès et se montre repoussant par de nombreux aspects. Un film qui va en exaspérer plus d’un et que pas mal de monde va sans doute détester. Si sa partie centrale est franchement réussie, le voyage, et tout ce qui suit est impeccable en terme de rythme, de mise en scène, de jeu et de lumière (si on peut parler de lumière pour les scènes de voitures). Le reste (le premier et le dernier quart d’heure) accusent tout de même quelques longueurs. Malgré ces menus défauts, Kinatay est de la graine de chef-d’œuvre du genre. Le film risque de plaire tout particulièrement aux amateurs du cinéma de Noé, de Dumont, de du Welz. Le film n’est rien d’autre qu’un condensé de noirceur balancé dans la face du spectateur.


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