Festival NIFFF de Neufchatel (Suisse)

Journal du NIFFF Jour 6

Sommaire :

  • Compte-rendu de la journée
  • Avis sur les films

Par Colqhoun

Compte-rendu de la journée

Comme vous l’aurez remarqué, le Palmarès du festival est désormais connu. Mais avant d’y revenir et de commenter les choix du Jury, reprenons depuis le début cette dernière journée au NIFFF.

Nous n’avons pas vu Manhunt. Dans l’incapacité d’arriver à l’heure à la séance, nous avons préféré tirer un trait dessus. Quoiqu’il en soit, à la sortie de la séance, un sentiment général se dégageait assez clairement parmi les spectateurs, celui d’un film qui, mis à part quelques scènes gores efficaces, ne passionnait pas le moins du monde et se vautrait même à plusieurs reprises dans le ridicule. Aucun regret donc.

Nous sommes alors allé découvrir le dernier film de la compétition internationale qu’il nous restait à voir, Tokyo ! Conjointement réalisé par Michel Gondry, Leos Carrax et Bong Joon-Ho, le film est une ode à cette ville tentaculaire, par le biais de 3 histoires. Gondry s’attarde sur une fille qui ne réussit pas à s’adapter à la société et qui finit par trouver la plénitude en se mutant en chaise. Sans hésiter, le meilleur film de son auteur à ce jour, Interior Design adopte un regard plein d’humour et de surréalisme pour traiter de la difficulté à trouver sa place dans le monde. Leos Carax, lui, charge dans le tas. Après 9 ans d’absence des écrans, il revient avec MERDE, où nous découvrons un être étrange (interprété avec une intensité assez stupéfiante par Denis Lavant) qui mange des fleurs et lance des grenades dans la foule. Il sera alors arrêté et condamné à mort. On ne sait pas trop quoi penser de ce film. Après un plan séquence d’ouverture tout à fait impressionnant où Merde marche dans la rue en agressant tous les gens sur son passage et cette scène jubilatoire où il balance des grenades dans la foule, le film quitte les rues de la ville pour aller se perdre dans une cour de justice. Résolument provocateur, MERDE est à mi-chemin entre la chronique sociale et la comédie trash. Finalement, le meilleur pour la fin, Shaking Tokyo, de Bong Joon-Ho (réalisateur des fabuleux Memories of Murder et The Host) qui nous fait entrer dans le quotidien d’un hikikomori, un reclus qui n’a pas quitté son appartement depuis 10 ans. Très touchant, réalisé de main de maître (un plan-séquence d’introduction dans l’appartement qui rappelle un peu ce qu’avait fait Antonioni au début de The Passenger), on est transporté dans cette ville secouée par des tremblements de terre. Rencontre de deux personnages qui vivent dans leur monde, l’amour aura raison de leur solitude et ira jusqu’à ébranler toute une ville qui sera alors obligée de sortir dans les rues pour se (re)découvrir. Magnifique.

Puis vint l’un des grands moments de la journée. La conférence du Jury de la compétition internationale, constitué, nous vous le rappellons, de Joe Dante, Lucius Sheppard, Xavier Gens et Jens Lien. Alors que la rencontre aurait dû avoir lieu dans la salle du Théâtre du Passage, comme toutes les autres rencontres, celle-ci se déroula finalement autour d’une table, le nombre de participants étant tellement ridicule (une dizaine de personnes en tout et pour tout, jury compris). Mais cette proximité fut bien plus intéressante et nettement moins formelle et permit une discussion un peu plus légère que s’il avait fallu s’en tenir strictement à la compétition internationale. Le jury n’étant pas disposé à révéler ses choix à ce moment-là, la discussion tourna principalement autour du fantastique en général, de tout ce qui est regroupé sous ce terme et de l’approche du fantastique en fonction du pays (propos très intéressants de Jens Lien sur le fait que le genre « fantastique » n’existe pas réellement dans son pays, en Norvège et qu’il est plutôt réparti entre science-fiction, surréalisme ou cinéma d’art et d’essai). Après quelques questions bateau (c’est quoi vos films préférés, bla bla bla), la discussion s’est terminée sur l’avenir du cinéma, l’arrivée de la 3D (avec des films comme Avatar de James Cameron), à propos de laquelle Xavier Gens semblait plutôt méfiant. Au final le jury aura encore expliqué que le choix du vainqueur de la compétition internationale avait été effectué selon quelques critères définissant ce que devait être un film vainqueur d’une telle compétition et que les choix de chacun avaient été relativement unanimes.

Et la fin approche...

Direction les Arcades, grande salle de cinéma de Neuchâtel, pour la cérémonie de clôture, suivie du nouveau film de Hideo Nakata, L change the world, suite de l’adaptation du manga Death Note (dont les deux premiers films avaient été projetés au NIFFF l’année passée).

Le palmarès, vous le connaissez déjà. Si dans l’ensemble il est plutôt prévisible, le premier choix du jury reste tout de même étonnant. Sleep Dealer (qui a donc remporté le Narcisse du meilleur long métrage de la compétition internationale) a certes un propos honorable et plutôt ambitieux, mais manque assez clairement de rigueur dans l’écriture et la réalisation pour convaincre totalement. Nous pouvons peut-être imaginer qu’avec ce jury composé de personnes aux oeuvres farouchement opposées au système, Sleep Dealer, véritable manifeste altermondialiste, a dû toucher une corde sensible et ainsi remporter le Narcisse.

Incompréhension aussi avec le vainqueur des courts-métrages suisses. Vincent le Magnifique, qui a donc gagné cette compétition, s’en tient bien trop à ses prétendus acquis et ne décolle jamais, suivant un script fade, totalement dénué de surprises et d’ambition. Die Seilbahn, dont nous avions déjà parlé dans la chronique du 4ème jour du festival, aurait bien plus mérité ce prix par exemple.

La cérémonie terminée, nous attaquons le dernier film de Hideo Nakata, L change the world. Le réalisateur de Ring et Dark Water signe ici un divertissement pas très emballant. Sorte de Alerte (le film de Petersen) avec pour héros un autiste qui se tire de toutes les situations et qui doit sauver le monde de la menace d’un virus, croisement entre l’ebola et la grippe. La réalisation de Nakata est efficace, mais le sujet n’est pas passionnant pour un sou et la fin se fait attendre. D’ailleurs, à peine arrivée, nous pensons déjà à la prochaine séance, ultime projection de cette 8ème édition du NIFFF, le nouveau film de Neil Marshall, l’ultra-référentiel Doomsday.

Et c’est sous des trombes de pluie que nous allons nous installer à l’open air. Un post-nuke qui nous fait revivre les plus belles heures des 80’s en nous larguant dans un Royaume-Uni ravagé par un virus et où un commando dirigée par une guerrière bad-ass va devoir trouver un vaccin avant de se faire décimer par les bandes de punks cannibales enragés qui survivent dans des villes anéanties. Doomsday est une grosse tuerie surviolente, qui nous ramène tout droit dans les plus belles heures du bis 80’s. A mi-chemin entre Mad Max, New York 1997, Les Nouveaux Barbares et 28 jours/semaines plus tard (pour le virus, l’Angleterre anéantie), le nouveau film de Neil Marshall est totalement référentiel et ne s’en cache jamais, jusque dans la musique pleine de synthés très « carpenteriens ». C’est brutal, nerveux, bien crétin (on passe d’un endroit à l’autre n’importe comment), l’action pas tout le temps lisible, mais l’ensemble est tellement énorme et jubilatoire que ces « faiblesses » sont bien vite oubliées. Et pour conclure un festival comme le NIFFF, on ne pouvait pas trouver mieux. La séance fut d’ailleurs mémorable, avec ce public équipé de pellerines contre la pluie et affrontant l’effroyable météo pour prendre son pied 2h durant.

Le Royaume-Uni est rayé de la carte, le Mexique repart avec un Narcisse, la pluie s’acharne sur Neuchâtel et le NIFFF se termine. Déjà...

Cette 8ème édition fut, comme les précédentes, pleine de surprises, de rencontres, de déceptions, d’attentes, de séances manquées, de frustrations, de frissons, etc.. etc.. 6 jours d’émotions plutôt intenses, malgré une fatigue tenace et une météo toujours dans les extrêmes (pluies diluviennes ou chaleurs sahariennes, au choix), mais, comme chaque année, tout a semblé trop court. Quoiqu’il en soit, au fil des éditions le NIFFF démontre clairement une volonté de brasser le fantastique dans ses plus grandes largeurs, que ce soit de l’horreur gore basique au surréalisme onirique en passant par le dessin-animé et la série Z, la diversité des films fut telle qu’il était purement impossible de s’ennuyer ou de ne pas trouver chaussure à son pied. Il était facile de passer d’un petite série z de la rétrospective italienne à une grosse comédie familiale pour ensuite aller voir des gens se faire découper dans tous les sens avec moultes tripailles. Et tout cela dans une ambiance décontractée, familiale, où il était facile de discuter avec de parfaits inconnus ou de croiser Joe Dante en train de manger une portion de frites.

Parce qu’au final, même si nous voyons parfois plusieurs mauvais films à la suite, que nous nous énervons dans les files d’attente devant les salles, que la climatisation décide de nous lâcher en cours de projection et que nous enrageons d’avoir loupé certains films, le NIFFF reste une expérience fabuleuse. D’autant plus qu’elle a lieu dans une petite ville d’un petit pays pas forcément reconnu pour sa culture du cinéma. Alors venir à Neuchâtel et avoir la possibilité d’y croiser des gens comme le génial Joe Dante, George Romero, Hideo Nakata, Jaume Balaguero, Ruggero Deodato, Lamberto Bava ou, pour les éditions précédentes, Dario Argento, Stuart Gordon, John Landis, Mick Garris, Lucille Hadzihalilovic, Kyioshi Kurosawa et encore beaucoup d’autres reste une opportunité précieuse et mérite que l’on continue de soutenir ce festival pour les années à venir.

La formule voudrait que l’on termine ce dernier article par un classique "à l’année prochaine". Mais nous savons pertinemment que les passionnés feront le déplacement ou suivront les chroniques au jour le jour sur le site, nous nous contenterons donc d’un vulgaire "merde, c’est déjà fini."


Avis sur les films

Tokyo !

Trois segments intéressants, dont un qui se détache assez clairement du lot, celui de Bong Joon-Ho.

Interior Designs (Gondry) - 4/5

Merde (Carax) - 4/5

Shaking Tokyo (Joon-ho) - 5/5

L Change the World - 2/5

Totalement oubliable. 2h de thriller à base de virus et de gamins-génies.

Doomsday - 5/5

Pur fantasme de geek, énorme moment de bonheur ultra jubilatoire.

Image du jour

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