Festival NIFFF de Neufchatel (Suisse)

Journal du NIFFF 2009

Jour 3

Par Colqhoun et Manuel

Manu

Cette troisième journée de festival s’annonce sous le sceau prometteur de l’Asie. Réalisé par l’illustre inconnu Yuthlert Sippapak, Rathree Reborn, comédie horrifique en provenance de Thaïlande obtient sans conteste la palme du pire film en compétition, Enième histoire de petite fille aux cheveux sales venue réclamer vengeance, le film de Yuthlert Sippapak se complait dans une narration bordélique et un humour mongoloïde prompt à faire passer le cinéma de Wong Jing pour du Lubitsch. L’annonce de la mise en chantier d’une suite à cette saga nantie de 3 chapitres au compteur est bien le seul élément à avoir suscité une vague de frisson dans la salle.

Portrait d’un couple miné de l’intérieur par son incapacité à concevoir un enfant, Coffin Rock de l’australien Ruppert Glasson bénéficie de l’interprétation tout en finesse de ses deux interprètes principaux, Lisa Chapel et Robert Taylor. Les Nerfs à vifs de Scorsese pour modèle, Coffin Rock peine cependant dans sa deuxième partie à se muer en un thriller digne de son écrasant modèle. Avec son tueur pathétique échappé d’une production Gus Van Sant, le film finit même par sombrer dans les pires travers du cinéma indie US et révèle sa véritable nature de mélodrame formaté pseudo naturaliste. Refusant d’étreindre le genre dans lequel il s’inscrit, Coffin Rock s’achève sur une fausse note lui interdisant de tutoyer les classiques du genre.

Deuxième film thaïlandais de la journée Queen of Langkasuka de Nomzee Nimibutr (la ghost story Nang-Nak) investit le terrain sinistré du film de pirates à grand spectacle. Doté d’une ambition fort louable de délivrer un film d’aventure à grand spectacle rivalisant avec les productions du père Bruckheimer, Queen of Langasuka est un échec cuisant. Desservi par une mise en scène impersonnelle et sans ampleur, le film s’oublie une fois franchi le seuil de la salle. Dans un registre de serial assumé, on gardera plutôt en tête le Corsaire Noir de Sergio Sollima ou l’inabouti mais réjouissant Pirates et Guerrier du regretté King Hu. Seul un final bordélique en forme de bataille navale aux élans bis empruntés au Waterlord de Kevin Reynolds sauve l’entreprise du marasme.

Cap sur l’ex-colonie britannique pour le remake hongkongais du Cellular de David R. Ellis (Des serpents dans l’avion). Suivant la même démarche opportuniste qui caractérise la vague de remake de film asiatique, Connected sonne comme la revanche d’une industrie victime de la fuite de ses plus prestigieux représentants. Signé par le yes-men Benny Chan (New Police Story), cette relecture du script du grand Larry Cohen (Phone Game) ne brille guère par son originalité, mais délivre son lot de séquences spectaculaires promptes à emporter l’adhésion du public. Excellant dans le registre de la comédie d’action, le film se démarque de la noirceur de son modèle US. Film foutraque mais d’une invention comique constante, à l’image de son hilarante séquence de braquage, Connected constitue un antidote parfait à la morosité ambiante de la programmation.

Continuant sur notre lancée asiatique, nous nous faufilons dans la salle 3 du cinéma Appolo pour assister à la rétrospective consacrée au cinéaste japonais Shinji Aoyama, invité d’honneur du festival. Apparu sur la scène internationale en 2000 avec Euréka, Aoyama avait depuis disparu des radars festivaliers. Son œuvre riche d’une vingtaine de films témoigne de la vitalité de la production du cinéma asiatique. Ancien assistant de Kyoshi Kurosawa (Kairo), le cinéma de Shinji Aoyama possède la même rigueur narrative que celui de son prestigieux aîné. Mike Yokohama : A forest with no name production à destination de la télévision synthétise toutes les qualités de son cinéma. Faisant preuve d’une économie narrative sidérante, le film instaure en l’espace de quelques plans aux cadrages savamment étudiés les bases d’un récit aux tonalités lynchiennes. La découverte du festival

La journée s’achève devant Left Bank du Belge Peter van Hees.
Portrait d’une jeune fille à la recherche de son identité le film échoue à illustrer sur le mode fantastique la descente aux enfers de son héroïne et peine à masquer l’opportunisme d’une démarche bien éloigné de ses modèles avancés (Rosemary’s Baby en tête). Sur cette fausse note festivalière, nous nous en allons rejoindre notre lit douillet afin de se préparer à une nouvelle journée qui s’annonce pleine de promesses.


Colqhoun

Au menu du jour, un Pirates des Caraïbes sauce thaï, un drame horrifique intimiste qui devraient convaincre tous les vegans de se taper un bon steak, une comédie gore pleine de sales gamins, un petit bijou d’animation qui nous vient du pays des kangourous et un film de monstres comme on en fait plus depuis les années 50. Et du soleil, beaucoup de soleil. Le festival dégouline de sueur, de bonheur et d’horreur sur pellicule.

Rien de mieux pour débuter la journée qu’un gros nanar sud-asiatique avec des pirates, des princes, des reines et des types qui déplacent les poissons en criant très fort. Queens of Langkasuka est une grosse production thaïlandaise, qui tente de nous raconter une histoire de canons qui ne doivent pas tomber entre de mauvaises mains, d’un bellâtre qui veut dominer la poiscaille et de méchants très méchants qui enlèvent des princesses à tour de bras. Immense foutoir incohérent et incompréhensible, le film en rajoute dans le ridicule en se prenant terriblement au sérieux. Difficile, dès lors, de ne pas rire devant cette armada d’acteurs convaincus de tourner le film du siècle quand bien même leur talent d’acteur ne dépasse pas le stade de la tanche avachie. Il serait trop long de revenir sur toutes les scènes hilarantes de n’importe quoi, le film s’étalant sur plus de 2h. Entre les kamikazes qui reviennent à la vie sans raison apparente, le héros qui sort de l’eau, dressé sur une raie manta, le vieux sage qui se faufile entre des rochers comme Mr. Fantastic et l’attaque finale à coups de baleines, Queens of Langkasuka ne nous épargne pas un seul instant. Et si le film accuse de nombreux passages creux, le découvrir en groupe lui donne tout de suite une autre dimension. Il nous sera ardu de revenir vers quelque chose de plus sérieux après un pareil début de journée. Mais le temps de prendre l’air et le film précédent sera bien vite oublié.

Grace est une modeste production americano-canadienne réalisée par Paul Solet. Madeline, végétalienne (pas de viande, pas de laitages, pas d’oeufs, etc...) convaincue, est enceinte et se refuse à accoucher dans un hôpital, malgré les protestations de sa belle-mère. Un accident de voiture tuera son mari ainsi que le bébé. Mais Madeline refuse le décès de son enfant et lui donne quand même le sein, ramenant l’enfant à la vie, au prix de conséquences auxquelles elle ne pouvait pas s’attendre. Tout comme Martin de Romero ou Le Mort-vivant de Bob Clark, Grace se réclame de cette horreur au quotidien, qui ne s’illustre non pas par une profusion d’effets visuels sanglants, mais par la dérive lente et désespérée d’un personnage qui verra son humanité et sa raison fondre comme neige au soleil. Difficile non plus de ne pas penser à Cronenberg en assistant à l’histoire de cette femme qui, d’abord farouchement opposé à toute consommation de viande, finira par nourrir son propre enfant en lui servant un biberon remplit de sang. Ces gestes quotidiens, progressivement corrompus par l’amour maladif d’une femme qui a perdu pied avec la réalité. En résulte une oeuvre profondément dérangeante mais courageuse pour aborder de front un tel sujet. Paul Solet, qui réalise ici son premier long-métrage, est désormais un nom à retenir.

Un peu par hasard, le film suivant nous parle aussi d’enfants, qui ici se mettent à attaquer leurs parents. Dans The Children du british Tom Shankland, des gamins tombent malades sans raison apparente. Bien vite, ils se comporteront comme des Jason en culottes courtes et s’amuseront à cruellement massacrer leurs parents. L’idée de départ est sympathique et nous rappelle Eden Lake, un autre film anglais sorti récemment sur un sujet à peu près similaire (des adolescents prenaient en chasse un couple de citadins venus faire du camping sauvage). Mais le film de Shankland manque un peu le coche en se contentant de tomber dans le vulgaire bodycount. Et ce ne sera ni la réalisation soignée, ni les acteurs (tant adultes qu’enfants), tous très convaincants, qui sauveront le film de l’ennui qu’il finit par procurer. Nous sommes à des années lumières d’une oeuvre comme Les Révoltés de l’An 2000, le magnifique film de Narcisso Ibanez Serrador. The Children est, en ce sens, un pur film de festival. Un pitch réjouissant, une approche soignée, mais une incapacité à générer un propos suffisamment intéressant pour que l’on veuille vraiment s’y attarder.

Et enfin un peu de temps libre. Ce qui nous donne tout loisir d’aller s’enfiler un bon petit kebab avant d’attaquer la séance open air du jour, le merveilleux Mary and Max. Un petit coup de gueule en passant. L’entracte durant l’open air, qui débarque aux 3/4 du film, c’est probablement l’une des plus mauvaises idées de cette 9ème édition. Enfin, on se plaindra pas trop, l’estrade est super confortable, l’écran est gigantesque et il a fait beau et chaud sans discontinuer. Mary and Max d’Adam Elliot, donc. Petit bijou d’animation en pâte à modeler qui nous arrive directement d’Australie et qui nous conte la correspondance qu’entretiennent une petite fille de 8 ans à qui il arrive de nombreux malheurs et un vieux new-yorkais atteint du syndrome d’Asperger (une maladie proche de l’autisme). Pour résumer, on pourrait parler de Woody Allen chez Nick Park. Une conception visuelle plus attachante que jamais pour un humour typiquement juif qui fait mouche à tous les coups. Mais qui dit humour juif, dit malheurs, tristesse et mélancolie à tous les étages. Et ça ne manque pas. Mary and Max, au-delà de son simple statut de film d’animation, parle surtout d’amitié et d’un monde qui ne comprend pas la différence. Adam Elliot peut se targuer de faire désormais partie de la crème du monde de l’animation, oeuvrant pour un cinéma qui n’est pas forcément toujours destiné aux enfants, contrairement à ce que beaucoup croient encore. Le marathon de la journée se terminera par une petite lobotomie devant Infestation, un film plein de grosses bestioles qui ne pensent qu’à bouffer. On y croise donc des insectes de la taille d’un caddie à commissions, un chien-araignée ou encore Ray Wise en militaire fou furieux. C’est rigolo 5 minutes, pas vraiment gore, passablement neuneu et vite oubliable. Tout à fait ce qu’il fallait pour conclure cette journée.

Vendredi sera bien moins chargé dans la mesure où je n’aurais la possibilité de ne voir qu’un seul film, Franklyn, puisque je serais absent toute la soirée.


LES NOTES DES CHRONIQUEURS

Manu

Rathree Reborn - 0/5

Une invitation à éteindre la dernière lueur d’intelligence qui sommeille en vous

Coffin Rock - 2/5

Gus Van Sant au pays des bouseux. You’re welcome !

Queens of Langkasuka - 1/5

Film d’aventure denué de glamour et de faste visuel.

Connected - 3/5

Popcorn movie avec un Louis Koo cabotin en diable

Left Bank - 1/5

Faux flm de genre incapable de traduire les circonvolutions ésotérique de son récit

Colqhoun

Queens of Langkasuka - 1/5

Gros nanar thaï qui vous fera vite réévaluer Les Pirates des Caraïbes de Verbinski.

Grace - 4/5

Ou quand bébé délaisse les bledina pour le steak tartare.

The Children - 2/5

L’angleterre semble avoir quelque soucis à éduquer ses jeunes têtes blondes.

Mary and Max - 5/5

Petit chef d’oeuvre d’animation en pâte à modeler. A découvrir d’urgence.

Infestation - 2/5

Des monstres et des gens tous plus bêtes les uns que les autres. Vite vu, vite oublié.

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