Festival NIFFF de Neufchatel (Suisse)

Journal du NIFFF 2009

Jour 2

Par Colqhoun et Manuel

Manu

Le soleil se lève sur Neuchâtel, une fois ingurgité une bonne ration de thé glacé au cannabis- une spécialité toute suisse-, me voici fin prêt pour affronter cette première journée de festival. Au programme, pas moins de 4 films en compétition agrémenté d’un petit plaisir rétro avec la projection de The Thing présenté en séance spéciale par Bong Joon-Ho en personne.

Premier film à passer au crible, le survival francais Vertige. Malgré une affiche et une bande annonce proprement calamiteuses, le film d’Albert Ferry se traîne depuis quelque temps une réputation des plus flatteuses. C’est avec cette petite lueur d’espoir que votre serviteur s’introduit dans une salle sinistrée, où seuls quelques courageux critiques matinaux sont venus faire acte de présence. Dés son générique introductif, agrémenté d’effets visuels et sonores des plus tapageurs cherchant à instaurer une tension absente à l’écran, le doute s’installe. Cette incapacité du film à faire naître une tension dramatique autrement que par des ressorts éculés -tel ce flash-back traumatique servant de catharsis au personnage incarné par la sémillante Fanny Valette- stigmatise bien les écueils d’une production française qui peine encore à trouver ses marques. Si Abel Ferry fait preuve d’un certain talent pour magnifier la campagne savoyarde, épaulé par une troupe de jeunes comédiens un cran au-dessus de ce leur offre leur rôle, Vertige portes les stigmates d’un film de commande au caractère opportuniste et impersonnel.

Grace de l’américain Paul Solet confine, lui aussi, au ratage. Doté d’ un pitch des plus alléchants, soit le récit d’une longue descente en enfer d’une mère obligée de se mutiler pour assouvir la soif de sang de son chérubin (ce dernier préférant les plaisirs de la chair à ceux du lait maternel), le film ne dépasse jamais le stade de son ambitieux point de départ, Solet tissant une toile de thriller gériatrique et sous exploitant son sujet au profit d’une symbolique asbsconse et ampoulée.

Passé ces deux projections de presse matinales et après un crochet par la superette du coin afin de subvenir à des besoins un peu plus terrestres, je rejoins les allées du festival. Pas loin de quarante minutes seront nécessaires à l’obtention des places pour les séances de la journée. Tandis que quelques festivaliers se pressent à la projection du dernier Catherine Breillat, je rebrousse chemin pour chemin pour une petite sieste au bord du lac, préférant l’insolation aux leçons de morale de la vielle maîtresse du cinéma français. C’est sous le signe de l’Asie que je me décide à reprendre du service. Premier film du festival à emporter mon adhésion, Histeria, du malaisien James Lee n’a pourtant rien du chef-d’œuvre définitif, ni même du bon film mais rompt avec le sérieux d’une compétition qui peine à se conformer aux attentes suscités. Aux frontières de la parodie, par sa déclinaison grandiloquente de tous les poncifs du genre, le film atteint ses modestes objectifs de ride horrifique et ludique. À réserver pour une soirée potache entre potes, mais qui a dit que le cinéma n’était point fait de tels plaisirs coupables ?

Le temps d’une pause éclair au grand air, je m’en retourne assister au film événement de la journée, le mythique The Thing de Carpenter. Après une courte introduction du réalisateur de Memories of Murder et The Host, qui ne tardera pas à rejoindre les rangs du public, le film débute au son des accords anxiogènes du grand Ennio Morricone.Aucune surprise, 27 ans au compteur, le film n’a pris aucune ride et prouve à quel point le cinéma de Carpenter manque au sein du paysage fantastique actuel. Ma journée s’achève avec la vision d’un autre film en compétition, la comédie serbe Tears for Sale. Distribué par Europacorp, Tears for Sales semble tout droit sorti des écuries Besson, par sa propension à ne délivrer qu’une vision publicitaire du folklore balkanique. D’une vulgarité sans commune mesure, le film échoue à transformer cette fable en autre chose qu’une succession de clichés sur les relations entre hommes et femmes. Si vous êtes insensible aux scènes de copulation sur fond de blue key, passez votre chemin.


Colqhoun

C’est avec la France que débutera cette nouvelle journée au festival. Cette France qui, depuis quelques années maintenant, s’essaie au cinéma de genre avec plus ou moins (surtout moins) de bonheur. Après les Gans, Gens, Siri, Aja, Mégaton, Kassovitz, Valette, Hadzihalilovic, j’en passe et des meilleurs, c’est au tour d4Abel Ferry de signer son premier long, Vertige. Et ce n’est pas avec cette 2nième tentative que le cinéma français pourra se targuer de proposer de la qualité dans un domaine où les espagnols, belges, scandinaves, asiatiques et américains proposent des oeuvres bien plus abouties et percutantes. Vertige, c’est l’histoire d’une bande de jeunes français qui va s’attaquer à une Via Ferrata (ces parcours de montagnes balisés, que l’on peut pratiquer sans pour autant avoir une énorme expérience de la montagne et de l’escalade) dans les montagnes de la Croatie et qui se retrouvera pris en chasse par un redneck local (vous noterez que le choix du pays dans lequel se déroule l’action est totalement gratuit... il faut croire que pour certains les pays de l’Est se résument aux prostituées et aux monstres cannibales). Passé le casting insupportable, on retiendra surtout une première demi-heure de randonnée plutôt efficace et qui laisse imaginer les difficultés de tournage que l’équipe de Ferry a dû rencontrer. Mais dès le moment où le bouseux mongoloïde entre en scène, le film s’écroule et l’on se farcit alors un survival ultra-balisé et inintéressant au possible. On sent aussi que les mecs ont voulu faire dans l’imposant en balançant des effets sonores assourdissants et une musique qui trouverait plutôt sa place dans une production Jerry Bruckeimer. Déjà vu, déjà oublié.

Avant la suite du programme, on fait les riches et on va bouffer au 5 étoiles du coin, où l’on croisera le président du jury international, Monsieur Bong Joon-Ho, en train de boire un verre avec ses potes. L’instant people de la journée. Mais retournons à nos affaires.

Ekko, premier film de la sélection "Sueurs froides" (des films de genre venus du nord), n’est pas vraiment convaincant. C’est l’histoire d’un père, recherché par toute la police danoise pour braquage, qui emmènera son fils en vacances quand bien même il n’en a plus la garde et qui revivra progressivement des moments douloureux de son enfance. Le film peine à dégager quelque chose de consistant, entre flash-backs grossiers, effets sonores faciles et drame familial inabouti. Certes, l’ensemble est léché et plutôt agréable à suivre et ça fait toujours plaisir de revoir cette trogne de Peter Stormare, qui cabotine une fois de plus. Mais l’ensemble manque clairement d’une direction précise à prendre et l’on se désintéresse rapidement de ce qui se déroule devant nos yeux.

Cette semi-déception (le pitch n’augurait rien de bien transcendant) sera vite balayée par la séance suivante. La projection en 35mm du monument de John Carpenter : The Thing. Présenté par Bong Joon-Ho dans le cadre d’une carte blanche de 3 films accordée par le festival, The Thing reste l’un des plus grands films jamais réalisés. Une date clé du cinéma fantastique et qui, quasiment 30 ans plus tard, provoque toujours autant d’engouement et réussit à faire frissonner les plus vaillants. Inutile de s’étendre sur son cas. Ceux qui ne l’ont toujours pas vu feraient bien de se ruer dans leur vidéoclub préféré et ceux qui le connaissent déjà ne devraient pas hésiter à le revoir une nouvelle fois. John Carpenter se fourvoie peut-être en produisant des remakes minables de ses classiques, il restera toujours et encore l’homme qui réalisé The Thing. Merci Big John.

Difficile de continuer la journée après s’être fait imprimer les rétines par le Carpenter, il nous reste pourtant encore 3 films à découvrir.

Tears for Sale, grosse production serbe (3 ans de tournage), nous raconte comment la majorité des hommes du pays ont disparu après la grande guerre et comment deux soeurs devront ramener un mâle capable de "soulager" les besoins des femmes du village. Un film au capital sympathie non-négligeable, qui donne l’impression que Jean-Pierre Jeunet serait venu mettre en images les histoires de Emir Kusturica. Une oeuvre foutoire réjouissante, ultra visuelle (un peu trop par moment quand même) et pleine de détails amusants qui laissent pourtant sous-entendre une critique politique gentiment ironique (comme ce type qui mine toutes ses vignes et finit par se faire exploser sur l’une d’entre elles, convaincu qu’il n’avait pas besoin de dessiner de plan). Sur la durée, le récit finit par s’embourber dans une intrigue digne de top model, mais le final et son tango explosif auront vite fait de rattraper ces quelques faiblesses. Tears for Sale est une oeuvre généreuse, souvent bancale mais rafraîchissante. Tout à fait ce qu’il nous fallait avant de s’attaquer au nouveau thriller coréen du moment, The Chaser.

Loin d’usurper sa grosse réputation, The Chaser est un film redoutable d’efficacité. La course-poursuite contre le temps d’un type désabusé, ancien flic et maintenant proxénète, qui mettra tout en oeuvre pour retrouver l’une de ses filles, probablement enfermée chez le tueur qu’il aura coincé quasiment par hasard. Une nouvelle fois ce film s’attarde à montrer l’inefficacité et l’imbécilité des forces de l’ordre, tas d’incapables désordonnés, prenant constamment les mauvaises décisions (on trouvait déjà un tel discours dans Memories of Murder et The Host de Bong Joon-Ho ou encore, à un autre niveau, dans JSA de Park Chan-Wook) alors que le danger n’a pas été maîtrisé. Mais c’est surtout la course désespérée de cet homme qui finira par se trouver une raison qui prend le pas sur le reste. Le désespoir d’un homme loin d’être parfait, qui ne pourra compter que sur lui-même pour mettre fin aux exactions du tueur de prostituées. The Chaser est un film maîtrisé de bout en bout, impressionant à suivre, doté d’une grande classe visuelle (on évite le clinquant et le surlêché propre à d’autres films du pays) et d’un sens du rythme étonnant (2 heures durant, on ne s’ennuie pas une seule minute). Grande découverte.

La soirée se terminera alors dans une salle surchauffée devant Cold Prey II, la suite d’un film qui était passé au NIFFF l’année passée. Je ne m’étalerais pas trop tant Cold Prey II brille par une absence totale de qualités. Le niveau zéro du slasher, qui se résume ici à un film de couloirs durant lequel il ne se passe strictement rien. Ennui profond, personnages inexistants, violence ultra aseptisée, c’est un échec sur toute la ligne.

3h du mat, il fait toujours chaud et l’on se hâte d’aller dormir pour survivre à la nouvelle journée qui s’annonce.


LES NOTES DES CHRONIQUEURS

Manu

The countess 1/5

Film de couloir parfait pour familiariser votre grand mère avec l’histoire du vampirisme

Vertige 2/5

Une tentative louable de survival à la française qui échoue à transcender son postulat de départ

Grace 1/5

Vive l’allaitement maternel

The Thing 5/5

Sommet de carrière pour maître du genre

Histeria 2,5/5

Un bon petit divertissement sans prétentions

Tears for Sale 1/5

Le film préféré de Baz Luhrmann

Colqhoun

Vertige - 2/5

De bonnes scènes d’escalade.. et c’est tout.

Ekko - 2/5

C’est joli, mais on s’ennuie et ça ne raconte pas grand chose.

The Thing - 5/5

Gros gros chef d’oeuvre et meilleur film de Carpenter à ce jour.

Tears for Sale - 3/5

Un film bordélique tantôt jubilatoire, tantôt gonflant mais complètement slave.

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