Festival Fantasia (Canada)

Journal de Fantasia - Episode 5

A serbian film

Par Beatroce

Suite du périple Fantasia, au gré des horaires de travail et des premières ou secondes projections : plusieurs films sont d’office projetés deux fois et c’est bien indiqué dans le programme officiel, mais... il y a parfois des décisions de dernière minute, que je guette sur le profil Facebook du festival ou directement sur le tableau d’affichage à côté de la billetterie. Sur ce fameux tableau, c’est un peu comme les résultats d’examens : il y a les films qui sont sold out (non !!!) et ceux qui sont projetés une deuxième fois (oui !!!).

En guise d’apéritif à mon prochain visionnement, je vais manger des rouleaux de printemps au Thaï Express. Mmmh, trempés dans une sauce aux arachides et pour le prix modique de $6.16 (4 euros), à deux minutes de marche de l’emplacement du festival, ça il n’y a pas au Bifff ! :)

Ensuite, je me dirige vers la salle Théâtre Hall Concordia, la grande, pour la deuxième projection du terrible A Serbian Film. L’immense salle est presque comble et le death metal remplit mes oreilles. On viendrait bien juste pour écouter la musique, et quand le film commence, on s’en irait.
J’entends encore parler serbe derrière moi. Normal : il s’agit d’un autre film du cycle Serbie Subversive.
Mitch Davis prend le micro, qui ne fonctionne pas ; quand le problème est résolu, toute la salle applaudit. Il annonce un film “fait pour choquer le public, mais pas de façon gratuite”. Zut alors, je suis toute seule pour visionner ce « thriller psychédélique » que l’on décrit comme un concentré de ces dernières années en Serbie, et je crains un mauvais impact psychologique. Un homme qui tient une béquille en bois d’un modèle très vieillot vient s’asseoir à mes côtés, mais il ne boîte pas !
Daniel vient ramasser quelques applaudissements, et le film commence : c’est A serbian film.

Le film ouvre sur une scène de sexe entre un homme et une femme debout contre un mur. Ils continuent ensuite sur une moto. C’est très chaud.

Ensuite, on s’éloigne du couple et on se retrouve dans un salon. Quelqu’un regarde le film porno (absolument le thème récurrent de cette année) sur le divan, et ce quelqu’un, c’est le fils de cinq ans de Milos, l’acteur principal du film.
Plus tard, après que la maman a éteint le poste et reproché à son mari de laisser traîner ses cassettes vidéo, l’enfant demandera qui étaient ces dames que Papa embêtait.
Plus dérangeant bien sûr, l’enfant évoquera plus tard et sans s’en rendre compte, sa propre excitation sexuelle ; dans une scène simple et sobre, le Papa proposera à son fils de rediriger ses agissements dans un contexte de solitude nocturne.
Maintenant, Papa est à la retraite pornographique, alors qu’il est une ancienne superstar du genre ; à peine accepte-t-il de temps en temps un petit rôle minable pour la forme. C’est alors qu’il est abordé par un réalisateur qui lui offre un salaire faramineux pour tourner dans un porno dont on ne lui dit rien du scénario.
L’acteur accepte mais au fur et à mesure que le temps passe, il est de plus en plus inquiet. Que va-t-il devoir faire ?
Le tournage se fait dans un orphelinat désaffecté et l’acteur doit suivre son instinct.

Bonne photographie, agréable musique industrielle, bien joué, A Serbian Film est un film choquant et impressionnant à l’extrême et en cela il est fidèle à sa réputation.
Techniquement, ce n’est pas un film pornographique si l’on définit la pornographie comme le fait de filmer la pénétration. Et c’est tant mieux, parce que si Life and Death, lui, est un film entre autres porno, heureusement que ce n’est pas le cas pour A Serbian Film, qui met un nouveau-né en scène à un moment donné. D’ailleurs, il est défini comme un film d’horreur, et c’est tout à fait de cela qu’il s’agit.

Maintenant, puisque j’ai vu les deux films serbes perturbants et subversifs du festival, je les rapprocherais l’un de l’autre pour conclure : métaphores du désespoir d’une société, ce genre de films, si atroces soient-ils, choquent certes d’abord par leurs images d’horreur ; mais, lorsque l’esprit s’est apaisé, quelques heures ou quelques jours plus tard, c’est ce qui traîne en filigrane derrière les moments-chocs qui reste dans les pensées.

En effet, est-il enfin de compte plus abominable de voir un jeune homme lécher le pénis d’un cheval, ou un Pope (prêtre chrétien orthodoxe, symbolisant encore l’autorité dans les villages) bénir un homme qu’il ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam (c’est le cas de le dire) et qui a en fait massacré un père de famille pour réaliser son snuff movie ?

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