Festival Fantasia (Canada)

Journal de Fantasia - Episode 3

Sortie 67...

Je suis prête pour une journée de cinéma : chandail en prévision de l’air conditionné dans les salles, chocolat belge, bouteille d’eau que je remplis régulièrement aux fontaines d’eau glacée potable, cahier, crayon, appareil photo, programme.
Redoutant (et espérant, d’une certaine façon) que Centurion soit sold out samedi soir, j’achète une place pour mon Chum (amoureux, en québécois) et une pour moi.

Maintenant, je m’apprête à voir Sortie 67, un thriller policier et drame au sujet des gangs de rue à Montréal. La bande-annonce suggérait un film de qualité, et j’ai pensé que le visionner m’en apprendrait plus sur ma nouvelle patrie. Mon chum confirme, après visionnement du teaser, que ça paraît pas mal conforme à la réalité. Waw.

Je m’y prends bien à l’avance car c’est dans la petite salle.
Une file d’attente augmente lentement en ce pluvieux après-midi, file composée en partie d’hommes gigantesques en vêtements de sport, casquettes, boucles d’oreille en diamant, chaînes dorées autour du cou et pendant sur le ventre, lunettes de soleil même si on est à l’intérieur, et dont la peau est de toute une gamme de noirs. Les femmes ne sont pas en reste, il y en a qui me paraissent habillées comme des danseuses, extrêmement sexy, le genre de danseuses dont Montréal fait une spécialité (vous irez vous renseigner).

On se croirait déjà dans un film ! Genre Tarantino, Los Angeles.
Dois-je avoir peur ? Mais non, tout ce monde rit et bavarde, respectant l’institution nationale qu’est la file d’attente : que ce soit pour l’autobus ou à l’épicerie, au Québec, on fait la file, et personne ne dépasse. Je repère aussi plusieurs couples mixtes, Haïtiens-Québécoises.
Une fois dans la salle c’est également toujours l’ambiance de Fantasia/Montréal : les gens s’excusent et remercient lorsqu’ils passent devant vous pour s’asseoir plus loin dans la rangée.
En attendant le film, les sponsors défilent sur l’écran : entre autres, Ubisoft. La salle est pleine. Le festival affiche d’ailleurs complet pour plusieurs films et organise des séances additionnelles l’après-midi : je crois que c’est un festival qui fonctionne bien, et c’est tant mieux.
Le film est présenté par son producteur-réalisateur-scénariste, Jephté Bastien, visiblement tout simple, brillant, un peu stressé, et très sympa. Il nous dira au Q&A qui suivra que sa motivation pour avoir réalisé un tel film – qui sera d’ailleurs apparemment programmé dans certaines écoles ici afin de sensibiliser les jeunes de plusieurs quartiers – est le décès de son neveu, assassiné par balle, en pleine rue de Montréal.
Plusieurs acteurs et actrices sont présents dans la salle.

Sortie 67, Jephté Bastien

Le film ouvre sur un homme au visage recouvert d’un sac de tissu, que l’on transfère d’une voiture à une autre, le long d’une voie rapide. On l’emmène ensuite dans un appartement et lorsqu’on lui enlève son masque il entend : « bienvenue en enfer, mon osti ! » (« welcome to hell, motherfucker ! »)
Ensuite, on change complètement de scène, un homme (blanc, québécois) est sur le point de rentrer chez lui. On entend quelqu’un murmurer au téléphone : « va t’en, le blanc arrive ! ». L’homme blanc franchit la porte d’entrée et voit d’abord son garçonnet (noir). Puis, sa femme (noire) surgit de la chambre en réajustant la bretelle de sa robe. Le mari fonce à la fenêtre juste à temps pour apercevoir un homme (noir) qui s’en va par le jardin.
Cette nuit-là, le garçonnet entend des bruits bizarres et lorsqu’il ouvre la porte de la chambre de ses parents, c’est pour voir son père frapper sa mère... à coups de marteau.

Treize foyers d’accueil plus tard, Ronald fera ses débuts dans un gang de rue.

Et bien ce film est vraiment bon, et pour plusieurs raisons.

Visuellement d’abord, la mise en scène est originale et diversifiée. À un moment par exemple, l’écran se sépare en trois tranches verticales lorsque trois personnages expriment des opinions très différentes les unes des autres. On pourrait dire que tout d’abord coupés les uns des autres par leurs propos, ils finissent par se calmer et s’entendre, et la prise de vue redevient classique. Il y a quelques scènes en noir et blanc au début du film. Les décors sont travaillés avec goût, l’antre du Boss des gangsters est hallucinant, les boîtes de nuit clinquantes et grandioses, et rien n’est laissé au hasard dans les décors d’appartements non plus.

La bande son est tout à fait intéressante. Des rap puissants psalmodiés en anglais donnent de l’ampleur (et ce n’est pourtant pas un genre musical que j’affectionne, mais dans ce contexte, c’est parfait), des chansons haïtiennes poussent sans excès la pédale de l’émotion, et d’autres musiques encore, tout simplement belles, ajoutent à la qualité du film.

Le film est en français, en anglais et en haïtien, les sous-titres surgissent au bon moment et tout cela est à la fois fluide et intéressant culturellement (rappelons que francophones et anglophones se côtoient à Montréal, dans des circonstances qui rappellent un peu celles de la Belgique parfois).

Enfin, l’histoire est bonne : tout en suivant Ronald à travers sa vie de gangster, on démêle une entourloupe palpitante entre différents gangs, orchestrée par un personnage emblématique féminin ; en filigrane, il y a la relation avec le père, blanc et assassin de la mère de Ronald, sur le point de sortir de prison. Les personnages sont bien campés et les dialogues, excellents : une petite touche de philosophie saupoudre le tout.

On obtient donc un excellent film qui sortira au mois d’octobre à Montréal, et peut-être un jour en Europe... ce film a toutes les qualités intrinsèques requises pour séduire une audience autre que québécoise ou haïtienne en ce sens que partant de ces problématiques de gangs locaux, il parvient à captiver par son intrigue, et à toucher tout un chacun.
Je termine par cette citation du réalisateur :
« Ce qui fait un homme n’est ni le quartier dans lequel il a grandi, ni la façon dont il a commencé sa vie, mais c’est vraiment ses choix. On peut changer. Sinon on se laisse aller et on devient le produit de notre société. »

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