Festival Fantasia (Canada)

Journal de Fantasia - Episode 1

Life and death of a porno gang

Par Beatroce

Lionel Groulx. Non. Guy Concordia. Il ne faut pas se mélanger avec les stations de métro à Montréal. J’avais aussi le choix entre Georges Vanier et Lucien l’Allier, mais ces arrêts-là sont sur la ligne orange, et Fantasia, c’est sur la ligne verte : ça je sais.

L’ouverture de Fantasia, pour moi, c’est aujourd’hui, lundi 12 juillet, car je travaillais toute la fin de semaine (« weekend » traduit en français, on est au Québec !).

Ce que je peux vous dire cependant, c’est ceci : cette année, c’est la 14ème édition du festival. Il y a plus de 130 longs métrages et plus de 250 courts. Il y aura aussi 10 projections extérieures gratuites (on est à Montréal. On peut compter sur le beau temps en été). Plus de 300 invités, dont la moitié sont internationaux, et dont 2 d’entre eux sont particulièrement chers à votre serviteure (mot féminisé selon les règles québécoises), j’ai nommé Axelle Carolyn, actrice, auteure primée, marraine de cinemafantastique.net, et son époux Neil Marshall.

Le programme de cette année est classé certes alphabétiquement et par dates de projection, mais un nouveau classement apparaît : par genre. Je m’interroge en découvrant les catégories que sont « classique », « comédie », « western », « romantique », « famille » et « musical ». Qu’advient-il de mon BIFFF québécois (si je puis dire) ? Certes on découvre encore les catégories thriller/policier, science-fiction/fantastique, et horreur.

J’ignorais que Fantasia accueillait une telle diversité : est-ce une nouvelle orientation ? Une de mes connaissances déclare que Fantasia est consacré au cinéma de genre. Si « cinéma de genre » signifie d’après Wikipédia, les films qui ne sont pas a priori choisis par le public pour leur réalisateur ou leur distribution mais pour le genre auquel ils appartiennent, je me demande si Fantasia a toujours été dédié au cinéma de tant de genres différents. Wikipédia m’informe encore que FanTasia s’intéresse principalement au fantastique, à l’action, à l’horreur, à la science fiction et à l’animation mais présente également des œuvres jugées inclassables en raison de leur grande excentricité.
Je me promets d’interroger Mitch Davis, directeur général avec Marc Lamothe, et directeur de la programmation internationale, au plus tôt, et je vous tiendrai informés du résultat.

Hier, le pneu serial killer de Rubber (France, Quentin Dupieux) en a attirés plus que prévu et la salle était pleine avant que je puisse m’y trouver une place, il faut dire que c’était la plus petite des deux salles, la J.A. De Sève. Peut-être le film sera-t-il reprogrammé en cours de festival, comme cela arrive parfois en cas de grand succès.

L’autre salle est située en face, il suffit de traverser la rue (le boulevard de Maisonneuve) et c’est l’immense Théâtre Hall Concordia.

Aujourd’hui, lundi 12 juillet 2010, dans la petite salle, à 15h10, c’est The Life and Death of a Porno Gang.

Avant la projection, alors que je suis déjà installée dans la salle, j’entends la conversation derrière moi : “tell me when to step in, I am supposed to introduce the film”. Un homme costaud au crâne rasé s’exprime ensuite en serbe, j’imagine, avec son ami.
Film serbe, ambiance serbe, déjà.

La courte présentation nous apprend que ce film fait partie d’un ensemble de films actuels et anciens rassemblés sous le titre “Serbie subversive”, et que ce film en particulier a inspiré le titre donné à l’ensemble.

The Life and Death of a Porno Gang, Mladen Djordjevic

Belgrade, fin des années 90. Un jeune homme, Marko, aimerait réaliser un film d’horreur, mais manque de moyens financiers. Il rencontre dans un bar un réalisateur de films pornographiques et en vient à conclure un partenariat avec lui, ce qui fait basculer la vie de Marko : juste après avoir conclu l’accord, le jeune homme se rend aux toilettes, et un plan métaphoriquement efficace nous montre pendant quelques secondes les excréments qui jonchent les latrines du bar.

À partir de là, le concept évolue et le jeune homme, qui voudrait faire du porno artistique et entre autres montrer à quel point la pornographie peut déshumaniser l’être humain, crée son “premier théâtre porno de Serbie”, dans lequel le public peut assister à des séances live de porno, avec un minimum de recherche artistique, surtout provocatrice.
Le projet est interdit par la violente police locale, et Marko entraîne sa troupe dans un projet de théâtre porno itinérant à bord d’une camionnette ; ils sont une dizaine de personnages mi-rêveurs, mi-paumés qui s’en vont parmi les villages serbes.
Or, peu à peu, la troupe se déshumanise et devient ce qu’elle cherchait à dénoncer, d’abord animaux, puis monstrueux, et finalement, assassins, par le biais de snuff movies au départ.

Le film a été tourné avec peu de moyens, et les images ont quelque chose d’authentique que l’on aime à une époque de propreté cinématographique extrême (je pense par exemple à des maisons hantées sans un gramme de poussière dans certains films d’horreur récents et à grand budget).

Le film est choquant, certainement : on voit des gens vomir, se masturber, des viols, des proximités sexuelles avec l’animal, et des meurtres qui sont d’autant plus impressionnants qu’ils sont filmés par les personnages, donc un film dans un film, ce qui fait qu’on se demande un peu quelle est la différence entre le film et la réalité.
Il y a des métaphores politiques que je ne suis pas à-même de comprendre, ne m’y connaissant pas suffisamment sur la question.
Ce qui est troublant cependant, c’est que ce film n’inspire pas que dégoût et désolation. On nous l’avait annoncé dans la présentation orale, et je suis d’accord : ce film a quelque chose d’humain. On apprend à connaître chacun des personnages, leurs aspirations, leur passé, leurs amours, même. Au-delà de leurs actes ignobles, ils sont humains.
L’autre phénomène qui joue en faveur de ce film est une sorte de morale qui montre qu’en fin de compte, le dénonciateur devient celui qu’il faut dénoncer et arrêter, et la morale du film pourrait être : “faire des petites crasses pour critiquer de grosses crasses vous amène sur le chemin des grosses crasses”.

À ma connaissance, seule une personne a quitté la salle en cours de projection, pour ne pas revenir. Mais après seulement dix minutes de film, je me suis tout de même dit que si l’on n’avait pas été à Fantasia, c’est par dizaines que les spectateurs seraient partis !

Un film dur mais que je ne regrette pas d’avoir vu.

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