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Joe Dante au 31ème Festival International du Film d’Amiens

20 novembre 2011 | Par : Samuel Tubez

Un gremlin en terre picarde.

L’éclectisme de la programmation du 31ème Festival International du Film d’Amiens (qui s’est déroulé du 11 au 19 novembre derniers) peut surprendre autant qu’il ravit. De la France au Mexique, en passant par le Gabon ou les Etats-Unis, c’est l’amour du cinéma qui prime avant tout au fil des diverses cinématographies représentées. Et même l’amateur de cinéma de genre pouvait être parfaitement comblé puisque l’un des invités de marque de cette édition n’était autre que le plus fameux des Gremlins d’Hollywood, Joe Dante. Hommage, carte blanche, leçon de cinéma et autres joyeusetés étaient au rendez-vous pour célébrer dignement la venue du cinéaste en terre picarde. Une liste non exhaustive - mais néanmoins bien fournie - de ses films était évidemment proposée, avec, pour la toute première fois en France, la diffusion de son premier film The movie orgy, objet mythique et fou datant de 1968 regroupant des extraits de serials, séries B, cartoons, pubs et autres émissions de télé dans une compilation présentée ici dans une version de près de 4h30 (le montage complet de ce délire total faisant 7h !). Un évènement aussi rare que précieux que l’on ne revivra sans doute plus jamais, car le film restera à jamais hors des circuits classiques ou même du support dvd pour de simples (mais néanmoins rageant) problèmes de droits.

En ce qui concerne les autres projections liées au reste de sa filmographie, il était parfois assez étonnant de voir les réactions du public d’aujourd’hui devant certaines séquences d’un classique tel que Hurlements (certes, le film ne manque pas d’humour et a peut être sensiblement vieilli, mais de là à s’esclaffer de rire inopportunément !), et revoir ce tout bon film de loup-garou sur grand écran a dû faire diablement plaisir aux fantasticophiles purs et durs. Le réalisateur était régulièrement présent pour introduire presque l’intégralité de ses métrages (même ses Masters of Horror, ce qui nous a donné l’occasion de les réévaluer à la hausse), en nous remettant de fort belle façon dans le contexte de l’époque et en nous fournissant quelques détails croustillants. Il en était de même pour une partie des films de sa carte blanche, présentant des classiques (comme L’invasion des profanateurs de sépulture) et autres œuvres cultes aux yeux du cinéaste (Les survivants de l’infini avec sa planète Métaluna et ses craignos monsters de mutants, The Sadist et son inénarrable tueur,…).

Lors de l’un des autres grands moments célébrant la venue de notre ami Joe, à savoir sa très attendue leçon de cinéma (malheureusement trop courte pour satisfaire les nombreuses interrogations de l’audience), le réalisateur de L’aventure intérieure partagea avec le public une partie de son immense cinéphilie, nous parlant de l’influence de cinéastes tels que Jack Arnold (L’homme qui rétrécit), ou encore Frank Tashlin (Jerry chez les cinoques) sur son propre cinéma. Le passage de l’écurie Corman vers les grands studios fut également abordé, ainsi que l’importance de Gremlins (et de Spielberg) dans sa carrière, de son refus de s’atteler directement à la suite, de son admiration pour William Castle ainsi que de l’étroite promiscuité qu’entretien Matinee avec son adolescence. Répondant toujours avec sincérité et beaucoup d’humour (forcément décalé), le réalisateur ne semble embarrassé que par une seule question qui l’agace gentiment depuis belle lurette : à quand un Gremlins 3 ? Joe Dante n’est pas très chaud mais resterait néanmoins à l’écoute d’un éventuel appel des studios. Mais il semble peu probable que la liberté qu’il avait pu obtenir à l’époque du second opus lui soit redonnée à l’identique, Gremlins 2 étant d’ailleurs l’un des films dont il est le plus satisfait. Ce qui n’est pas le cas de ses derniers films, parfois dictés par le merchandising (Small soldiers), amputés et manipulés par la production (Les Looney Tunes passent à l’action), voire carrément distribué à l’emporte-pièce (The Hole 3D), mais tout cela n’a hélas pu être véritablement évoqué par manque de temps. Avant la fin de cette rencontre publique, le papa de Gizmo a néanmoins pu nous donner le nom de l’un des jeunes cinéastes actuels qui lui paraît le plus prometteur : Joe Cornish, réal’ de Attack the block, qui lui semble être une nouvelle et intéressante approche du film de monstre, et nous a également confirmé qu’il tournerait bien son prochain film, intitulé Monster love. Avouons que l’on n’en a jamais assez quand on est face à un cinéphage boulimique doublé d’un metteur en scène talentueux comme celui-là et qu’on l’écouterait volontiers jusqu’au petit matin !

Passé la généreuse séance de dédicace (tous les gremlins collectionneurs faisaient gentiment la file), doublée avec la présentation du très bon bouquin Joe Dante, l’art du je(u) en présence de son auteur Franck Lafond, la soirée a tout doucement fait place à l’autre évènement de la soirée : la soirée dantesque. Un double feature bourré de surprises, comme à la grande époque, avec la projection d’un sommet du cinéma absurde et déjanté, Hellzapoppin, l’un des films de chevet de Dante, qui est à mettre aux côtés d’œuvres tout aussi barrées que Forbidden zone ou The Rocky Horror Picture Show. Suivirent le court métrage Mant ! tiré du long Matinee (et également visible sur les bonus du dvd récemment édité), un montage de bandes annonces et extraits issus de la filmographie de Dante ou d’autres cinéastes avec, en vrac : Rambo (Gizmo approved !), Frankenstein créa la femme, The Sadist, Small soldiers, Les Looney Tunes (par le biais de la meilleure scène du film : celle se déroulant au Louvre), ou même encore Massacre à la tronçonneuse 3 – Leatherface. Enfin, pour finir cette soirée en beauté, la projection de Gremlins 2 était proposée, et Joe de nous avouer avoir piqué plus d’une idée à Hellzapoppin, justement, pour mettre en scène ce qui est son plus gros délire foutraque. Un programme de choix qui nous a littéralement immergé dans l’univers de Dante, avec cependant un seul regret : un public certes réactif aux gags présents à l’écran mais bien trop timoré pour élever la séance au niveau dantesque qu’elle aurait tant mérité. Avec un public comme celui du BIFFF par exemple, ça aurait été tout autre chose !

Quoiqu’il en soit, tout était parfaitement réuni pour pénétrer corps et âme dans l’univers du cinéaste à travers ses propres films mais aussi par la découverte des œuvres qui ont bercés son enfance et alimenté son énorme cinéphilie. Et comme si ces programmes ne suffisaient pas, une exposition d’affiches, pour le plaisir des yeux, sur le thème de la série B vue par les affichistes européens était visible dans l’un des halls de la Maison de la Culture d’Amiens, qui aura décidément bien vibré au rythme du cinéma de genre durant cette semaine aussi inoubliable que jubilatoire.


Commentaires

La soirée dantesque... j’adore !

21 novembre 2011 | Par nicotine

Si Joe Cornish est l’un des plus prometteurs, Attack the block ne l’est pas.

21 novembre 2011 | Par shinji

Chouette compte-rendu !

20 novembre 2011 | Par Vivadavidlynch

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