Interviews

Interview de Pascal Laugier (Martyrs)

9 juin 2008 | Par : Damien Taymans

L’un des films français les plus jusqu’au-boutistes






Peux-tu revenir sur la genèse de Martyrs et nous expliquer comment est née cette expérience ?

C’est Manuel Alduy, de Canal+, qui a été le moteur initial. Il cherchait des projets pour sa case de films de genre et m’a fait savoir, par l’intermédiaire de mon producteur Richard Grandpierre, qu’il appréciait mon travail. Ca m’a motivé, j’ai écrit Martyrs en quelques mois, de façon urgente et instinctive, juste à l’envie, et le film s’est monté.

Le film est produit par Richard Grandpierre avec qui tu as déjà travaillé notamment pour Saint Ange. Possédez-vous les mêmes goûts en matière de films de genre ?

Richard et moi, on est très différents. Des producteurs super cinéphiles, qui ont un goût prononcé pour Dario Argento et John Carpenter, faut pas déconner, ça n’existe pas ! Mais c’est pas ça qu’on doit demander à un producteur. Lui, doit simplement croire en vous, en votre énergie, au film que vous avez en tête. Avec Richard, c’est d’abord et avant tout une rencontre humaine. On est assez complémentaires. J’ai de la chance., il a un talent fou pour trouver le financement de films impossibles...

Martyrs est pressenti comme une oeuvre assez trash et jusqu’au-boutiste (à l’instar de Frontière(s)). Veux-tu briser le règne du politiquement correct avec ce film ?

Je ne veux briser aucun règne. Je veux simplement faire un film qui m’est nécessaire. L’air du temps m’indiffère. Un idée prudente et carriériste de mon métier me dégoûterait. L’horreur est un genre tellement récupéré, tellement digéré, qu’il devient régulièrement aussi inoffensif que les autres genres. Or, il me semble que sa noblesse est justement d’être contre. Il est le fruit d’un acte de contre-culture, un acte qui se doit d’offenser, de fissurer les pensées majoritaires et les lieux communs. Je pense que notre époque a plus que jamais besoin d’un cinéma de genre libre, expérimentateur, un cinéma de genre qui fasse chier les bien-pensants, qui continue à inventer des formes, a proposer des perspectives singulières, des points de vue qui nous éloignent de l’horreur (la vraie celle là) de la vision du monde selon TF1... Il faut se rappeler, je crois, à quel point La fiancée de Frankenstein de James Whale avait outré les gens à son époque. Le film était taxé de pornographie.

Ton film comporte des protagonistes féminins (comme Saint Ange d’ailleurs), pourquoi cette appétence à mettre en scène des femmes en situations délicates psychologiquement ?

Pour l’instant, j’ai fait des films avec des femmes parce qu’au lycée j’étais trop timide pour les approcher. C’était le grand mystère pour moi, la beauté de ces filles... J’essaie de rattraper le temps perdu, ceci étant dit sans cynisme ni goujaterie. Tout autre réponse me paraîtrait franchement hypocrite...

Des problèmes avec la censure ?

Il est effectivement possible que Martyrs soit très emmerdé par la censure. Une censure qui ne dit pas son nom, et qui consisterait à interdire le film aux moins de 18 ans pour empêcher un circuit normal de distribution. Les multiplexes ont une vision de plus en plus lisse et familiale du cinéma. Sans en avoir l’air, ils dictent de plus en plus ce que le public doit ou ne doit pas voir. Le tout, c’est de lui fourguer du pop corn. Ce système de diffusion des films me parait de plus en plus totalitaire. J’ai l’impression de retourner à la France de Pompidou... Si Martyrs est empêché, évidemment nous le ferons savoir.

Selon toi, quel est l’avenir du cinéma de genre en France ? (pensons à l’arrivée bénéfique de French Frayeurs par exemple)

Le cinéma fantastique français n’a jamais existé et, à mon avis, n’existera pas avant très très longtemps. Mais de tout temps, il y a eu des gens assez uniques, des Franju, des Cocteau et autres Jean Rollin qui ont bricolé des films dans leur coin, des films qui étaient globalement hors-système. Eux-même étaient des marginaux. Je crois que c’est ça qui va continuer à se passer. Mais un cinéma de genre français fait à échelle industrielle, comme les italiens ont pu le faire avec le western ou le péplum, vraiment, je crois que ça n’arrivera pas.

Es-tu intéressé par un départ aux States (comme ont pu le faire Eric Valette, Moreau et Palud, ...) ?

Partir aux USA c’est bien si on le fait pour un projet auquel on croit. Sinon, concrètement, ça revient à aller tourner des scénarios médiocres, déjà refusés par vingt autres réalisateurs, se retrouver sur le plateau avec dix producteurs exécutifs dans le dos qui surveillent chacun de vos gestes, juste histoire de justifier leur salaire, se faire dégager de la salle de montage et revenir en France la queue entre les jambes. Pas très envie de vivre un truc pareil. C’est déjà suffisamment dur de faire les films qu’on aime... Maintenant, si un joli projet se présente, je fais mes valises et je pars tout de suite.

Interview réalisée par Damien

Commentaires

Bonjour,
Voilà bien longtemps que je lis les articles publiés sur votre site et n’avais jamais pris le temps de réagir. Super boulot, bravo aux rédacteurs et à la pertinence de leurs idées !

19 août 2010 | Par valerie

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