Interviews

Interview de Marcus Koch (100 tears)

14 septembre 2008 | Par : Damien Taymans

Versez des larmes... de douleur

Créateur d’effets spéciaux à l’origine, Marcus Koch passe à la réalisation avec le délirant Rot empli d’effets gore à l’image de ce nouvel opus du réalisateur largement porté sur des flux sanguins omniprésents au détriment d’une trame scénaristique réellement viable. Qu’importe du moment que le gorefest en vaut la peine, qu’importe du moment que les tripes volent en éclat et que les têtes roulent sur le sol jonché de litres d’hémoglobine.

Marcus, tu as commencé comme spécialiste des effets spéciaux sur Toxic Avenger IV. Comment s’est passée cette expérience Troma ?

J’ai réalisé quelques fx sur de petites bandes videos avant de mettre en scène Rot. Après que quelqu’un a donné mon film à voir à Lloyd (Kauffman – ndlr), j’ai reçu un appel de leur producteur. Honnêtement, j’ai très peu œuvré sur le film. Ils m’ont envoyé le script et m’ont expliqué qu’il y avait quelques créateurs de fx (je pense quelque chose comme 15 responsables différents qui venaient tous de New York, malheureusement, je vivais en Floride). Ma tâche consistait en la réalisation de quelques parties humaines carbonisées qui devaient pleuvoir après l’explosion d’une école. J’ai créé les membres calcinés et les ai envoyés par la poste. Après ça, plus jamais entendu parler de Troma. Finalement, j’ai vu le film il y a peu et les effets que j’ai créés sont à peine reconnaissables, tu peux juste apercevoir quelques gros morceaux en arrière-plan. Du fait que je ne me suis pas déplacé à New York sur le plateau, je n’ai jamais eu plus de crédit. C’est la vie…

En tant que responsable des effets spéciaux, que penses-tu des images de synthèse ? Sont-elles plus réalistes que les bons vieux maquillages et les effets animatroniques ?

Je ne pense pas que les images de synthèse soient le présent et les effets spéciaux « physiques » le passé. Ils jouent tous les deux leur rôle dans le cinéma. Le métal liquide de Terminator 2 n’aurait pas pu être réalisé en utilisant des effets réels. D’un autre côté, des films comme Le loup-garou de Londres et La petite boutique des horreurs, auraient complètement dénoté si les effets avaient été créés à partir d’un ordinateur. Ils sont faits à l’aide de caoutchouc et de latex mais tu crois qu’ils sont réels. Si ces deux films étaient faits aujourd’hui, nul doute qu’on aurait eu recours aux images de synthèse, et je suis persuadé qu’ils auraient perdu de leur magie…

Quand est né ton amour pour les films d’horreur ?

Je suis né et ai grandi avec les films d’horreur. Mes parents se rendaient chaque week-end à la séance nocturne du drive-in pour voir des films d’horreur et, s’il n’y en avait pas au drive-in, nous allions au cinoche du coin, et en dernier recours, nous louions une VHS (c’était le nouveau truc à la mode).

Les films d’horreur me fascinent, spécialement parce qu’ils permettent d’entasser des morts de manière variée : décapités, coupés en deux, flingués, explosés, etc. Nous louions beaucoup de films et j’étais étonné de voir un acteur mourir dans un film et réapparaître dans un autre plus tard (j’ai mis jusqu’à mes 4 ans pour comprendre ce concept, ça me fascinait). Après cet âge fatidique, j’ai assimilé le processus et, c’est également à cette époque que j’ai su que j’étais un artiste. Je me suis mis à dessiner et peindre, également à sculpter, et bien évidemment, j’étais très influencé par les films que j’avais vus précédemment. Vers l’âge de 7 ans, j’ai su ce que je voulais faire. J’aimais l’horreur et Halloween, je voulais créer des maisons hantées, des artifices comme des têtes décapitées en papier mâché. J’ai emprunté la caméra de mon père et ai commencé à réaliser mes propres petits films, toujours dans le genre horreur et gore. J’utilisais la caméra pour tester les maquillages et créations que j’avais réalisés, je rédigeais aussi de petites histoires. Je n’ai jamais arrêté, juste que les projets coûtaient de plus en plus cher mais l’envie de créer et d’apprendre à chaque fois a toujours été présente.

Comment est né 100 tears ?

J’ai donné à mon producteur exécutif, Elmar Berger, un scénario intitulé Babydoll, un film que j’ai essayé de monter pendant six ans, c’est une love story véritablement démente. Elmar a décidé qu’il souhaitait quelque chose de plus violent graphiquement . Il avait vu mes travaux sur les fx de quelques films, surtout sur Niko’s the impaler, un film véritablement affreux qui contient une tonne de boyaux et de gore et un nombre élevé de cadavres. Elmar m’a donné un partenaire, Joe Davison, nous avions la possibilité de faire ce que nous souhaitions avec pour seule ligne de conduite : « Rendez ça gore ! ». Joe et moi nous sommes assis et avons longuement discuté de ce que nous voulions.

J’ai toujours voulu faire un film comprenant un clown du fait que je les trouve réellement terrifiants. Bien décidés sur nos envies, nous avons émis quelques règles à propos du clown : 1) le clown ne parlerait jamais, 2) le clown ne tuerait personne dans un manoir grotesque (pas de ballons en forme d’animaux ni de tartes lancées sur le visage), 3) nous ne voulions pas d’un énième slasher comprenant des jeunes dans un camp estival, nous avons donc bâti une trame sérieuse. Tout ce qui touche à Gurdy le clown a été fait sérieusement. Nous aimons tous deux la comédie mais n’avons pas injecté le moindre humour via le clown, l’humour émanant seulement des personnages principaux interprétés par Joe Davison et Georgia Chris. Ce sont les seuls moments amusants du film.

L’autre règle qu’on s’est fixée est de mettre en place un réel climat différent des slashers traditionnels qui planquent leur tueur jusqu’à la révélation finale. Du coup, nous avons dû nous arranger pour qu’il y ait une accumulation lors du final sans pour autant cacher Gurdy, ce clown au couteau surdimensionné. Dès lors, dès le début du film, Gurdy apparaît et montre ce qu’il sait faire. Tout ce qui le concerne ainsi que les autres personnages est lentement révélé au fil de l’œuvre. Parti sur ces prérogatives, le premier jet du script a été écrit par Joe en quatre jours et le tournage a commencé un mois plus tard.

100 tears est un slasher particulier comme tu l’as fait remarqué. Quels sont les films de ce genre qui t’ont influencé ?

Bien entendu, du fait que j’ai été môme dans les eighties, période où les slashers étaient rois (ils le sont toujours), peu importe l’importance du budget, j’aime tous ces films comme Sleepaway camp, Vendredi 13, Carnage, … Ils ont eu une grande influence sur mon éducation. Mais, je le répète, je ne souhaitais pas faire un film pour ados, juste parce que ça ne m’intéressait pas. J’ai toujours en revanche développé une obsession ténébreuse pour les clowns qui sont des êtres terrifiants à souhait (quand ils ont l’air gentil et qu’ils sourient, c’est encore bien pire). Dès que tu rends un clown démoniaque, tu perds un peu le côté terrifiant. Ce qui fout les boules, c’est que la personne qui est en-dessous du maquillage est un homme, quelqu’un d’humain. Les personnes les plus agréables sont capables de faire des choses terribles.

Du coup, j’ai mélangé cette peur profondément enracinée (beaucoup d’adultes ferment les yeux lorsqu’ils aperçoivent un clown) pour finalement doter mon meurtrier d’un physique gigantesque et d’un tranchoir à sa mesure et lui ajouter des corps découpés, des boyaux, des litres de sang pour créer un film vraiment fun !

As-tu pris comme point de départ l’histoire de John Wayne Gacy ?

Du fait que Gurdy devait être un personnage qui pourrait être réel et habiter dans ton village, nous n’avons pas voulu le développer à partir du background de Gacy. John était pourtant bien présent dans nos esprits pour donner la nature de l’histoire mais nous ne nous sommes jamais basé sur lui.

La violence est extrêmement graphique dans ce film comme dans Rot d’ailleurs. Est-ce que tu es un fan de splatter movies ?

Et comment ! Plus c’est gore, plus c’est sanglant, plus c’est bon. Peu importe que les acteurs soient mauvais, que la caméra bouge sans cesse, que le pitch soit merdique du moment que les réals s’en donnent à cœur joie pour atteindre le plus grand nombre de cadavres possible.

J’adore améliorer mes effets et devenir meilleur de film en film. J’entends des gens qui disent « Pas trop c’est bien », mais dans ce cas quand est-ce que « Beaucoup c’est bien » ? Je veux des choses grandioses, toute personne devrait répandre au moins 3 litres de sang.

Le film a reçu une restriction NC-17 de la MPAA. As-tu été satisfait de cette décision ?

Après trois mois d’attente d’un coup de fil de la MPAA, nous avons reçu cette restriction NC-17. Je n’aurais pas pu sourire plus, c’est comme une médaille honorifique. J’étais satisfait que nous n’ayons pas mis de nudité dans ce film, du coup le rating reçu s’assimile à la violence et au gore excessifs.

Malheureusement, cela nous contraint à des ventes plus compliquées car aucun distributeur américain ne souhaite se mettre en danger avec un tel film (mauvaise chose s’il en est). Mais le revers de la médaille est que les gens raffolent des Unrated cuts, ils représentent une mine d’or. Notre distributeur américain nous a demandés si nous souhaitions un R rated cut, ce à quoi j’ai dit non ! Mais après avoir parlé avec la MPAA, je suis revenu un peu sur le film, ai supprimé quelques scènes et en ai raccourci d’autres mais aucune scène gore n’a été amputée. En réalité, j’ai ajouté quelques moments sanglants pour augmenter encore le pouvoir du film.

100 tears, comme Rot, disposait d’un budget minime. Quels sont les avantages de ce type de production ?

Travailler sur des low budgets contient son lot d’inconvénients, c’est le genre d’entreprise où tu te dis constamment « Si seulement j’avais un peu plus d’argent » mais, finalement, tu te retrouves avec ce que tu as et tu te dis que même les meilleurs réalisateurs doivent parfois se contenter de ce qu’ils ont. Je me suis même retrouvé dans des situations que l’argent n’aurait pas permis de rendre meilleures. Je suis heureux des budgets dont je dispose. Posséder de plus petites sommes contraint à augmenter la créativité. J’ai tourné Rot alors que je n’avais que 18 ans et 1000 dollars de budget. A peine de quoi nourrir les acteurs et leur payer une bière, le reste incombant aux fx. Douze ans plus tard avec plus d’expérience, nous avons un budget plus conséquent pour 100 tears. Mais le procédé est le même. Un rassemblement de personnes qui aiment ce qu’ils font et contribuent à créer un truc visuel qui peut être regardé plusieurs fois. Je pense que travailler dans de telles conditions demande cent fois plus d’investissement et de travail mais que c’est une telle récompense une fois le film terminé.

Pourquoi as-tu choisi Jack Amos pour incarner Gurdy le clown ?

Joe Davison et moi connaissons Jack depuis des années et avons collaboré sur de nombreux projets. Jack n’avait jamais fait de film d’horreur, il n’en regarde pas, n’a jamais eu la moindre audition pour un tel rôle, ce n’est pas du tout sa tasse de thé. Mais, lorsque nous lui avons parlé de ce rôle, il a accepté, uniquement parce que nos relations professionnelles étaient bonnes dans le passé et que nous nous sommes toujours bien amusés sur les tournages. Nous lui avons donné le script, il l’a aimé. Pourtant le rôle n’ets pas évident vu que Gurdy n’a pas une seule ligne de dialogue, il a donc dû uniquement utiliser le langage corporel et les mouvements pour personnifier le tueur. Jack a fait du bon boulot. Il ne parlait que pour nous poser certaines questions et habitait littéralement le personnage, fixant longuement ses victimes étendues pour les mettre dans une situation inconfortable.

Pourquoi avoir doté le tueur d’un si gros tranchoir ?

Difficile de choisir une bonne arme de nos jours. Les tronçonneuses évoquent Leatherface, les machettes appartiennent à Jason, les couteaux de cuisine à Michael (Myers – ndlr) et tous les autres ustensiles de jardinage ont été vus à l’écran, même un zombie qui mâchait la courroie d’une tondeuse. Je désirais quelque chose de simple. Je suis tombé sur un show culinaire japonais où les chefs utilisaient ce style de hachoirs géants pour découper la viande. Des trucs gigantesques, presque irréels. Je pense qu’ils sont utilisés pour couper des morceaux de bétail en deux d’un seul coup. Du coup, je me suis dit : « Ne serait-ce pas flippant de voir Gurdy courir vers vous avec un tel truc en main ? ». Bien entendu, cela lui convenait tout à fait.

D’autres projets en tant que réalisateur ?

J’aimerais réaliser plus de films mais j’aime trop les fx que pour effectuer un tel virage. Mais je réfléchis à de nombreux scénarii en ce moment et à la manière dont les faire vivre. Celui en particulier que je rêve de monter est Babydoll mais trouver l’argent nécessaire risque d’être compliqué. Je me dis que les films pour lesquels j’ai créé les fx et mes deux réalisations ont développé mes connaissances et mon expérience pour mettre en scène Babydoll plus tard.

Pour le moment, je me sens bien dans les effets spéciaux. Je voyage beaucoup, travaille avec des équipes vraiment bonnes et de grands acteurs et j’en profite pour établir des relations. Le monde me semble plus petit maintenant. Et voir 100 tears distribué en France et en Allemagne est grandiose. Les languies sont différentes et je ne suis pas sûr que l’humour soit le même outre-mer. Mais une chose est certaine : le sang répand toujours son flot rouge…

Pour info, 100 tears est paru en DVD Zone 2 chez Uncut movies en France...

(Interview réalisée par Damien)

Commentaires

Des parents qui vont avec leurs gosses voir des films gore...quelle honte,après on gueule parce que les ados regardent des films pornos...

19 mars 2010 | Par jojo 2012

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