Interviews

Interview de Jean-Marc Vincent (Lady blood)

6 août 2008 | Par : Damien Taymans

Allô maman bobo

Quasiment vingt ans d’attente avant que le cultissime splatter movie Baby blood ne connaisse une suite. Le coup d’étrier donné par Emmanuelle Escourrou (Yanka), le projet tombe entre les mains de Jean-Marc Vincent, fantasticophile passionné déjà paternel de trois courts métrages dans le genre dont une succulente comédie fantastique avec Jean-Pierre Coffe, bruno Solo et Tom Novembre, intitulée Noël et les garçons et un hommage aux lycanthropes (Wolfpack).

Bien loin de fonder une séquelle inodore et insipide qui se contente de reprendre les éléments du premier en les compilant maladroitement, Jean-Marc s’investit complètement dans le projet, n’hésitant pas à reprendre les attributs essentiels du premier épisode tout en les remodelant à sa sauce, faisant du même coup de Lady blood un produit aussi fidèle que personnel.

Entretien avec un réalisateur passionné...

Comment es-tu arrivé dans le cinéma de genre ? Peux-tu nous retracer ton parcours ?

J’ai eu la chance de rentrer dans une maison qui s’appelle Starfix en 1986 suite à un pari avec un copain de fac. Nous avons tiré au sort pour savoir où nous irions faire nos stages et mon copain a tiré le Mad movies tandis que moi je suis tombé sur Starfix, ce qui nous contentait tous les deux, étant respectivement fans de l’un et de l’autre magazine. Le garçon en question s’appelle Vincent Guignebert et est devenu secrétaire de la rédaction de Mad. Ce fut ma première démarche pré-professionnelle.

J’ai en réalité versé dans le genre par le biais de quelques immenses rencontres cinématographiques : La planète des singes de Schaffner sur un 51 cm Sony trinitron couleur d’abord, une baffe en pleine tronche, Star wars en 1977 qui était un phénomène grandiose à l’époque, le premier King Kong qui est passé en 1979 et Mad Max en 1982 en salles. Toutes ces rencontres se sont passées dans des circonstances exceptionnelles. Les trois premières rencontres m’ont donné le goût du fantastique, mais Mad Max m’a amené à devenir réalisateur. A l’âge de 16 ans, j’ai d’ailleurs réalisé en super 8 ma propre version de Mad Max avec des mobylettes… Peut-être un bonus sur un prochain DVD…

Peux-tu nous parler de la genèse du film ? Au départ, c’est Emmanuelle Escourrou qui en était à l’initiative je crois ?

Emmanuelle a rencontré tout à fait par hasard Eric Porcher. Au moment où elle cherchait à faire un film de genre, Eric, qui avait vu Wolfpack, a provoqué une rencontre entre Emmanuelle et moi. Le projet d’une suite à Lady blood était un pari risqué, je m’y suis donc lancé tête baissée.

Comment a évolué la scénarisation depuis le matériau de base d’Emmanuelle jusqu’à la version définitive ?

Emmanuelle avait rédigé un synopsis d’une quinzaine de pages qui ont été retravaillées par Hubert Chardot et moi-même. Mettre face à face Hubert et Emmanuelle n’était pas une chose gagnée d’avance, Hubert étant renfermé tandis qu’Emmanuelle est totalement extravertie. Curieusement, ils se sont entendus comme cochons. Nous sommes donc partis sur l’écriture du scénar’.

Au même moment, nous avons rencontré Manuel Alduy quand nous avons su que Canal se lançait dans les films de genre. L’entretien s’est extrêmement bien passé et Manuel était réellement intéressé par le projet. Coup de bol monstrueux peu de temps après puisque Manuel est devenu le boss du cinéma de Canal. Il a donc entériné ce qu’il avait promis.

J’ai également rencontré Alain Robak. Je tenais à lui faire part de mon projet parce que je ne suis pas un usurpateur et que je tenais à savoir ce qu’il avait en tête en tournant son Baby blood. On a donc longuement discuté mais il n’a pas voulu s’investir dans l’écriture et est resté totalement en retrait.

Restait à trouver un lieu en France pour mettre en place l’intrigue du film. Marseille, impossible puisque c’est la ville de Taxi et de Plus belle la vie, la Haute-Savoie était compliquée au niveau de la logistique et la Picardie, tant que les Ch’tis ne les auront pas reconnus comme leurs cousins, pas évident. En même temps, comme Baby blood se terminait dans la mer, j’ai opté pour la région de La Rochelle qui dispose d’une lumière absolument magnifique due, je pense, à la rencontre entre des vents chauds et froids. Comme La Rochelle est un lieu qui accueille beaucoup de tournages, le lieu était trouvé.

Baby blood est-il une réelle séquelle ou se démarque-t-il de l’original ?

Le métrage se démarque de l’original tout en restant fidèle au précédent. Par exemple, un personnage dans le film est une référence directe à un personnage de Baby blood. La Christine Pollack, qui était caissière de supermarché, se retrouve dans le second également. On respecte donc vraiment le premier film même si celui-ci verse plus dans le polar que dans le splatter movie.

Tu insistes sur le changement de ton de Lady blood par rapport au film de 1989. Cela signifie qu’il n’y aura plus autant de gore ?

Effectivement, Lady blood est au confluent de toute une série de genres sans s’inscrire dans un en particulier. Ca signifie que la première visée n’est pas le gore même s’il y a encore quelques séquences assez trash, tournées en plan séquence et pas avec un cut. J’ai gardé une cohérence formelle en décidant de mélanger plusieurs genres en une seule œuvre : c’était le cas dans Noël et les garçons (fantastique et comédie), Wolfpack (drame, film de guerre et horreur) et dans Faux départ, mes trois précédents courts-métrages.

Lady blood est donc inclassable puisqu’il inclut des moments de comédie sans en être une, des scènes d’horreur sans pouvoir en recevoir l’étiquette, du polar sans réellement en reprendre tous les éléments et du drame psychologique sans en être un.

Qui s’est occupé des effets spéciaux ?

David Scherrer, un garçon qui a énormément de talent. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Il a un côté étudiant en médecine d’ailleurs il a un rôle qui lui va à merveille au sein du film. Pour faire les effets qu’il voulait faire, je lui donnais trois tests possibles, sinon on passait à autre chose. Il a réussi tous ses effets malgré la pression que je lui mettais (rires). Je pense qu’il a les moyens de remplacer ceux qui sont partis à la retraite dans les effets spéciaux. Avec cinq textures de sang différentes, il t’en fabrique dix autres en respectant le timing à une ou deux minutes près.

On avait comme projet de faire exploser la tronche d’un chien. David s’est débrouillé pour réussir son effet en utilisant une tête de chien empaillée. Magnifique effet ! Ca fait partie des grands moments qu’on a vécus sur le tournage. Ca figurera normalement dans le bêtisier du DVD qui sera respectueux des comédiens et irrespectueux du metteur en scène (faut bien se mettre en danger de temps en temps) (rires).

Quelques-uns de tes amis font partie du film (Philippe Nahon, Bruno Solo qui était dans Noël et les garçons). Etait-ce la volonté de poursuivre la lignée du film de Robak qui incluait quelques gueules du métier (Alain Chabat, Lafesse) ?

Quand j’ai fait le casting, j’étais parti sur des choses plus radicales, des gens plus habitués aux films de genre en France. Et puis je me suis rendu compte que je m’éloignais du but premier qui était de faire un film de bande.

Un tournage où l’ambiance est au beau fixe ?

Non. L’ambiance sur un plateau n’est jamais au beau fixe, c’est une illusion. Le tournage est une guerre stratégique où tu dois continuellement solidifier ta position par rapport à des gens qui sont tous les meilleurs réals du monde. La seule personne qui doit avoir le mot de la fin, c’est toi, sinon c’est le bordel. Et être en immersion totale avec quarante personnes, ce n’est pas une chose facile à gérer. Le professionnel ne relègue pas toujours le facteur humain au second plan. Du coup, avoir des amis comme Bruno près de moi sur le plateau m’a vraiment fait du bien, ça permet de souffler.

Je profite d’ailleurs de l’occasion pour saluer les comédiens luxembourgeois extrêmement talentueux qui ont rejoint le casting grâce à Josiane Belair, ma co-productrice Luxembourgeoise : Luc Shiltz qui est un garçon épatant, Serge Wolf et Jean-François Wolff, Jean-Michel Larré et Norbert Rutili qui se fait, le pauvre, défoncer la gueule à coups de pied et arracher l’oreille, t’imagines ? En plus du talent, tous ces gens faisaient preuve d’une vraie gentillesse qui faisait chaud au cœur.

Je suis vraiment content de l’expérience où on a joui de beaucoup de liberté puisqu’il y avait beaucoup de contraintes. La liberté se construit à partir des contraintes. Au final, ce qui me réjouit, c’est que je reconnais le bébé.

Tu m’as dit qu’il y avait qqch. de commun à tes films. Quel est cet élément qui constitue ta marque de fabrique ?

Ma marque de fabrique est simple : la destruction de la cellule familiale par un élément extérieur, si possible monstrueux. Ce thème, on le retrouve dans tous mes courts et dans Lady blood. Comme quoi, je te l’ai dit, en tant que réal, on fait tout le temps le même film en y apportant des différences liées aux sujets qu’il traite.

Est-ce qu’un Papy blood comme le suggère Philippe Nahon est possible ?

Un Lady blood 3 est possible. J’imagine un truc avec des bikers et la fille de Yanka comme personnage principal. Un road movie. Un truc à l’américaine extrêmement sanglant…

D’autres projets fantastiques en vue pour toi ?

Une série télévisuelle pour le petit écran français, un mélange entre The Shield et Desperate Housewives. Sinon, je suis aussi sur un long métrage, une version de Wolfpack située à l’époque de la conquête de l’Ouest qui s’appelle Silver blood. Mais le projet n’en est qu’à ses prémisses pour le moment…

Un mot sur la situation actuelle du cinéma de genre en France ?

Il va mal. Parce que d’abord, il n’a jamais été compris. Ensuite, il aura du mal à se faire comprendre, car personne n’y croit vraiment ni ne veut investir dedans. Le cinéma de genre, ça coûte du pognon. Une des seules solutions est finalement de partir à l’étranger pour avoir de vrais moyens qui ne se résument pas avec un million d’euros. Il y a une espèce d’antiaméricanisme nauséabond qui est dans l’air du temps et qui est chiant. Partir aux States ne signifie en rien être obligé de faire un film qu’on ne veut pas faire. On peut tout à fait discuter avec les productions.

Un tout grand merci à toi Jean-Marc

Commentaires

Pas de moi ces phrases mais de Jean-Marc. C’était sans doute pour signaler que le texte était pas définitif...

1er septembre 2008 | Par Damien

PETITES MODIFICATIONS D’UN FAN DE " BABY BLOOD" : EMMANUELLE ESCOURROU N’A PAS ÉCRIT 15 PAGES D’UN SYNOPSIS MAIS BIEN UNE SOIXANTAINE DE PAGES D’UN SÉQUENCIER QUI COMPORTAIT TOUTES OU PRESQUE LES SCÈNES DU SCÉNARIO DE " LADY BLOOD" SANS LES DIALOGUES PUISQU’ELLE A RETRAVAILLÉ, IL EST VRAI , LE SCÉNARIO AVEC HUBERT CHARDOT ET JM VINCENT QU’ELLE A RENCONTRÉ PAR LE BIAIS DU PRODUCTEUR ERIC POCHER.

1er septembre 2008 | Par ANGE

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage