Interviews

Interview de Gonzalo Lopez-Gallego (Les proies)

23 septembre 2008 | Par : Damien Taymans

Un chasseur sachant chasser...

Passionné par le genre, Gonzalo Lopez-Gallego fait partie de la jeune génération des réalisateurs fantasticophiles ibères désireux de relancer la résurrection du cinéma de genre hispanique entamé depuis les émanations de Balaguero et autres Nacho Cerda. Survival expositif, intellectuel et efficace, Les proies (El Rey de la montana en espagnol dans le texte) se révèle être une variation originale d’un concept pour le moins exploité du chasseur de de la proie humaine. Lopez-Gallego ou le chasseur sachant chasser...

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de faire du cinéma ?

Depuis que je suis gosse, je voulais faire des choses avec une caméra. J’étais stupéfié par ce langage, je me souviens que je commençais à essayer de tout enregistrer quand j’avais 8 ans, ma famille, mes amis et la maison… et ensuite je m’entrainais à monter le tout avec deux enregistreurs de k7. Dix années passèrent et j’ai commencé à m’adonner au montage via un ordinateur… Voilà, ça s’est fait comme ça. J’ai fait des études d’ingénieur en informatique pendant environ 8 ans et j’utilisais ce temps pour faire tout un tas de courts-métrages avec quelques amis animés par la même passion… Et ensuite, mon premier long métrage « Nomadas », mes débuts dans le cinéma.

Comment est né le script de Les proies ?

Le script original du film est du réalisateur Javier Gullon. J’ai reçu le scénar’ des producteurs et j’ai commencé à travailler dessus. J’ai rencontré Javier et nous avons vraiment accroché et donc nous avons commencé à travailler ensemble jusqu’à la dernière ébauche du film. Ce fut un long processus d’années de notes et de changements… Au début les chasseurs étaient différents et nous avons décidé de changer le troisième acte et de faire ce retournement de situation… Nous voulions travailler en le renversant pour le rendre imprévisible.

Aviez-vous en tête des références visuelles durant le tournage ?

Normalement je travaille vraiment dur à la « pré production », recherchant la manière dont je vais filmer le film. Tout doit avoir un sens, pourquoi tu mets la caméra ici ou là, ou cette couleur à la place d’une autre… Bref, le travail habituel du metteur en scène pour construire le film. Pour cela, j’utilisais quelques films dans lesquels j’aimais la manière dont la caméra bougeait ou la photographie adoptée. Je me souviens que Gerry m’a beaucoup impressionné … Mais je pense que j’ai plus utilisé ma propre interprétation des références de jeux vidéo.

Comment était-ce de tourner avec des enfants ? Prenaient-ils le film pour un jeu vidéo immense ?

Travailler avec eux, c’était vraiment génial. Nous avons passé de grands moments et nous avons considéré le tournage comme un jeu, pas un jeu vidéo. En fait, il n’y avait pas de joueurs avant le film… Mais nous avons toujours essayé de comprendre ce que nous faisions. Pour moi le moment du tournage est le meilleur moment dans le film, c’est comme si tu avais la chance de faire ce que tu aimes tout en t’amusant, et c’est quelque chose que nous avons fait ensemble, nous amuser.

Quelles difficultés apporte un tournage en pleine nature ?

Filmer dans la nature est difficile parce que tu ne la contrôles pas. La pluie, le vent, le froid… Mais tout tend à donner plus de réalité au film. Donc nous avons filmé dans ces conditions, parfois pour les acteurs (connaissant très bien leurs personnages), c’est plus une histoire de réaction. Moi, j’aime l’aventure, et ce tournage était une grande aventure.

Comment avez-vous travaillé les personnages du métrage ?

Habituellement, j’aime développer le background complet des personnages pour les acteurs. Ainsi, je sais exactement comment étaient leurs vies antérieures, leur enfance et leur relation de famille. J’ai besoin de savoir de qui je parle. C’est pourquoi je parle beaucoup avec les acteurs en traitant des vécus et en partageant des idées. Ensuite, j’aime aussi parler de l’ambiance, le ton du film et analyser les différentes lignes du sujet…

Créer un film dans lequel la survie devient un jeu, n’est-ce pas un peu sadique ?

Chaque « survival » a quelque chose de sadique parce qu’il est basé sur la chasse d’un humain, mais avec « Les proies », je cherchais une approche différente du genre survival et je recherchais mon point de vue personnel à propos de ce genre de violence. Ainsi, tu dois peut-être introduire un départ sadique et ensuite savoir pourquoi ces choses arrivent.

Quel point de vue avez-vous sur la violence au cinéma ? En quoi est-elle nécessaire ?

La violence dans le cinéma a toujours existé. Et elle existe dans la vie. Parfois, la meilleure façon de montrer un problème de société, c’est à travers la violence. J’aime les films de Haneke parce qu’en faisant un usage puissant de la violence, il nous montre un message d’une part de l’être humain et, à la fin, nous en apprenons beaucoup. Et la violence dans les films d’horreur … peut-être que maintenant il y a trop de situations sadiques, ce que je ressens comme une perte de sens et plus un procédé réel pour effrayer les gens. Quand tu en montres trop, selon moi, tu t’éloignes de la réalité et tu t’écartes en ne laissant plus de place à l’imagination.

Que pensez-vous des adaptations de jeux vidéos ?

Pour moi, il n’y a pas de bonne adaptation de jeu vidéo. Je pense que c’est même plus difficile que pour les livres. Les jeux vidéo sont une expérience complètement différente par rapport aux films et quand nous essayons de faire une adaptation, l’expérience elle-même disparaît. Pour moi, il sera plus question d’analyse de l’expérience en oubliant un peu l’histoire. Ce que j’aime dans les jeux vidéo, c’est quand quelqu’un joue et que les autres personnes (amis ou famille) regardent le jeu, calmement, suivant même mieux que dans un film… Ils peuvent regarder le jeu sans y participer pendant des heures, juste en suivant les mouvements du personnage principal, les combats et le suspense. Regarder quelqu’un jouer à « Shadow of the Colossus », c’est une sacrée expérience.

Pensez-vous que la résurrection du cinéma de genre hispanique va durer ?

Je ne sais pas vraiment mais je pense que nous allons avoir encore quelques années de films fantastiques en Espagne. C’est normal, si certains films font de l’argent, tout le monde veut reprendre la formule. Mais je pense que nous devrions nous concentrer en faisant plus de styles différents maintenant. Essayons d’ouvrir plus de portes afin que nous puissions commencer à penser à une industrie du film en Espagne.

Intéressé par l’aventure américaine ?

Oui, je suis intéressé par l’aventure américaine. Je suis intéressé d’y faire des films. S’ils me donnent la chance et qu’ils me donnent l’espace pour le faire de la façon que j’aime, alors je le ferai. Je sais que je n’aurai pas la même liberté qu’en Espagne, mais je vais apprendre tellement que pour le moment je me sens vraiment excité. Chaque film que tu fais doit être une quête, avec pour but final d’apprendre de nouvelles choses. Et j’aime débattre et avoir des discussions avec les producteurs en essayant de les convaincre de mon point de vue, je suis un battant… mais je suis aussi ouvert d’esprit et flexible… bref disons que je suis excité. J’ai également un projet horrifique en Espagne pour l’année prochaine...

(Interview réalisée par Colqhoun et Damien

Traduction : Han Polo)

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