Interviews

Interview de Armel De Lorme

16 juillet 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Sortie du Volume 3 de l’Encyclopédie des longs-métrages français de fiction 1929-1979

Nous avons rencontré Armel De Lorme, passionné, érudit, cinéphile compulsif (voire obsessionnel - dans le bons sens du terme, entendons-nous bien !) et éminent spécialiste du cinéma français, alors que vient de paraître le nouveau volume de l’Encyclopédie des longs-métrages français de fiction 1929-1979, festin cinéphilique que je qualifierais de gargantuesque (comment pourrait-il en être autrement ?). En route pour une interview-fleuve, emplie d’anecdotes, précisions et autres mises au point.

Portrait d'Armel De Lorme - Copyright Armel De Lorme

Armel, quel est ton parcours jusqu’alors ? Les lecteurs de Cinémafantastique ne demandent qu’à mieux te connaître !

J’ai eu une amie chanteuse qui, quand on lui demandait de se présenter en deux ou trois mots, se définissait volontiers comme un "couteau suisse". Pas mieux. En fait, elle faisait référence à un parcours à la fois complexe, un peu décousu en apparence - mais seulement en apparence - et somme toute bien plus cohérent qu’il n’y paraissait de prime abord. Je me retrouve complètement dans cela. Donc, pour aller à l’essentiel, je suis tombé dans la marmite cinéphile vers l’âge de cinq ans et j’ai commencé à prendre des notes à six ou sept. Ensuite, une fois entré dans la vie active, j’ai décroché un stage à la Cinémathèque française, période Dominique Païni, celle d’avant les grands messes à la mémoire de Claude Chabrol (ciel !) sur le parvis tendu de noir, avec grandes orgues, boules d’encens et défilé d’actrices en crêpe et lunettes noires - je caricature à peine - et tout le toutim.

Donc, à la Cinémathèque française d’avant Toubiana, en contrepartie de la somme royale de 300 ou 400 francs (NB : français) de l’époque par mois – le budget moyen d’un déjeuner en ville pour deux personnes de mon directeur de stage, retiré du circuit depuis, ses illusions perdues mais l’estomac durablement calé, enfin je l’espère pour lui – et du remboursement de la moitié d’un coupon de carte orange, j’ai eu la chance insigne, pendant le fameux stage, de croiser deux authentiques électrons libres comme on n’en fait plus, Alain Marchand et Philippe Arnaud, l’un et l’autre disparus à la fin des années 90. J’en parle avec beaucoup d’émotion, des années après, d’abord parce qu’ils étaient tous deux assez épatants dans leur genre, ensuite, de façon peut-être plus égoïste, parce qu’ils ont été les premiers à me donner une vraie chance, professionnellement parlant ; Alain, un collectionneur fou amoureux éperdu du noir et blanc, dingue des actrices de 75 ans et plus, qui habitait une toute petite chambre de bonne pleine à craquer de VHS et de betacam, a parlé de moi à Philippe, et Philippe m’a engagé, à l’issue de notre toute première rencontre sur le projet Sacha Guitry, cinéaste.

De là, premier bouquin (collectif), premières tentatives critiques, coachées de bout en bout par un Philippe attentif et élégant, premier festival (Locarno 93), premières amitiés de cinéma durables avec François Gir, Howard Vernon, Mila Parely… Mila Parely Après, les choses se sont enchaînées un peu n’importe comment, en fonction des opportunités, à l’époque pas toujours très rémunératrices, mais qui m’ont permis de continuer à occuper le terrain (même modestement) et surtout, de voir et de revoir des films en très grande quantité. En gros, j’ai été tour à tour coproducteur de courts métrages, organisateur de soirées d’avant-premières, journaliste cinéma, contributeur éphémère aux Fiches de Monsieur Cinéma et aux Documents cinématographiques (mes deux souvenirs professionnels les plus épouvantables), "nègre" pour un ancien résistant – tellement résistant qu’il est mort depuis – qui écrivait comme un pied, un peu dans le style "Machin était mort, alors il n’était pas capable de rétablir la vérité le concernant"… Tu imagines un peu le volume de travail nécessaire pour rendre sa prose ne serait-ce que simplement lisible ? Puis, chroniqueur DVD pour des magazines papier et des webzines… Ensuite, de fil en aiguille, j’ai été amené à réaliser des boni DVD, j’ai même travaillé trois ou quatre mois comme responsable d’un pôle d’édition dans une usine à making of et autres produits dérivés.

C’était un placard doré, enfin, pas tout à fait doré, on ne va pas exagérer non plus, plutôt un placard argenté. J’étais grassement payé, mais je n’ai rien pu faire de véritablement concret, alors qu’initialement, je voulais sortir une intégrale "Paul Vecchiali" en un seul coffret, les six Buñuel-Silbermann, les Darrieux-Ophuls et les Darrieux-Decoin, et qu’on aurait pu le faire assez facilement avec un peu plus de méthode et de suite dans les idées côté directionnel. Tout cela pour dire qu’à la fin de mon "CDD-placard argenté", je me suis retrouvé confronté à une situation absolument nouvelle pour moi : dix ou onze mois d’allocations-chômage plein pot, sans dégressivité, et, dans le même temps, aucun projet professionnel durable, en dehors de tournages ponctuels. Du coup, tout en continuant à activer mes réseaux pour la forme et à réaliser des interviews filmées, j’ai pu prendre le temps d’écrire mon premier livre dans des conditions plutôt confortables, et les autres ont suivi, avec des parenthèses ça et là consacrées au tournage de films expérimentaux, de documentaires, de portraits filmés, dont un dont je suis particulièrement fier (Nathalie Nattier, la Plus Belle Fille du Monde, 2006) et, parallèlement à ça, à l’écriture de cinq ou six pièces.

Et puis, début 2008, il nous est apparu, à mon coréalisateur attitré et moi, qu’on avait atteint nos limites ensemble, professionnellement parlant, et qu’on ne serait peut-être pas, lui et moi, les frères Coen du cinéma français 2000 et plus, ou en admettant que cela doive être le cas, que ce ne serait pas pour tout de suite. Du coup, il a recommencé à tourner des clips façon Jean Rollin, que j’aime beaucoup, des choses plutôt originales, sexy et rock and roll avec des actrices venues du X et des escargots, et moi j’ai décidé, plus sagement, de ne plus me consacrer (provisoirement du moins) qu’à l’écriture et à l’édition, en alternant sommes "cinéphiliques" et pièces de théâtre. Dans les deux cas, c’est un peu compliqué, beaucoup plus compliqué au fond que de tourner un docu ou un film expérimental en binôme avec quelqu’un dont c’est le métier. Mais c’est bien : tu es tout le temps sur la brèche, donc tu ne t’ennuies jamais, tu ne voies pas vraiment le temps passer. Et puis, depuis un an ou deux, au théâtre, je commence à bosser avec des talents reconnus, ce qui ne m’était jamais véritablement arrivé jusqu’à présent, ça fait du bien. J’ai toujours pensé qu’il était préférable de passer de Valérie Jeannet à Christine Boisson que le contraire, même si cela n’engage que moi…

Peux-tu nous parler de ton site, L’@ide-Mémoire ?
Quels sont ses objectifs et ses différents contributeurs ?

Le site a été, au départ, conçu comme une vitrine destinée à faire connaître le premier volume de l’Encyclopédie des Comédiens. Par manque de temps et d’énergie, il est longtemps demeuré en jachère et c’est seulement au moment du lancement du premier volume de l’Encyclopédie des Longs Métrages, fin 2009, que nous avons pris la peine, son webmaster et moi, non seulement de le relooker entièrement, et il en avait franchement besoin, mais surtout d’en faire une sorte de "carnet de route cinéphile" autour du cinéma français, toutes époques et tous parcours artistiques confondus. Après, mais cela, tu dois le savoir depuis longtemps, il ne faut pas oublier que la mise en ligne d’articles sur un site est beaucoup plus longue et compliquée que sur un simple blog, d’où le sentiment assez frustrant à l’arrivée, de ne pas pouvoir parler de tout.

En même temps, c’est une bonne chose en soi, parce que cela m’oblige à opérer des choix éditoriaux drastiques, ce que je revendique pleinement au-delà des envies, qui sont toujours beaucoup plus vastes, mais il suffit d’être confronté dans le même temps à un bouclage anticipé et une hécatombe parmi les professionnels pour que la machine se grippe. C’est la seule raison pour laquelle il ne m’a pas été possible de traiter à chaud des disparitions récentes de Bob Asklöf, Charles Belmont, Jean-Daniel Ehrmann, Bernard Letrou, Serge Nubret ou Jane Rhodes, pour ne rien dire de Maurice Garrel ou de Marie-France Pisier. Bon, les choses ont l’air de se calmer un peu, ce n’est pas plus mal. Pour ce qui est du site, en fait, le seul véritable contributeur régulier est Stéphane, qui est également le maquettiste et le coéditeur de mes livres. Avec des apports ponctuels de spécialistes éclairés, comme Jean-Pierre Bouyxou, sans lequel le décès d’Asklöf ou celui de Letrou, artistes connotés "bis" l’un et l’autre, seraient peut-être passés à la trappe.

En fait, les contributeurs récurrents de L’@ide-Mémoire, de Christophe Bier à Raymond Chirat en passant par Italo Manzi et Jean-Pierre Pecqueriaux, interviennent essentiellement sur les publications "papier". Sinon, oui, plein d’envies : une interview long drink de la chanteuse, auteure et réalisatrice Anne Pigalle (retrouvée via Facebook), qui fera suite à l’entretien avec Yann Gonzalez (paru l’an dernier), davantage de chroniques livres et DVD, pour peu que les éditeurs aient la bonne idée de me les envoyer, d’articles de fond aussi… Je voudrais aussi étoffer régulièrement, un peu dans la continuité du Dictionnaire de Christophe Bier, une rubrique inaugurée la semaine dernière par un portrait de Maria Mancini, et entièrement consacrée aux reines du porno et aux princesses de l’érotisme du cinéma français des années 70 et 80 ; remettre Emmanuelle Parèze, Janine Reynaud, Céline Gallone, Martine Azencot, Marie-Hélène Règne ou France Lomay sous le feu des projecteurs.

Enfin, j’aimerais à terme, mettre également des extraits en ligne de mes films, dialoguer un peu plus avec mes visiteurs, qui commencent, mine de rien, à être assez nombreux. Avec mon webmaster, nous allons aussi publier régulièrement des "grilles de visionnages", des listes de titres de film activement cherchés en VHS ou DVD, pour pouvoir en publier des comptes-rendus dignes de ce nom dans l’Encyclopédie. Par exemple, les Max Pécas "seventies", que j’ai impérativement besoin de voir ou de revoir, ou bien d’autres raretés, par exemple des VHS éditées mais désormais introuvables de films rares…

Le Volume 3 de ton Encyclopédie des longs-métrages français de fiction 1929-1979 vient d’être publié le 08 juin, chez L’@ide-Mémoire Éditeur. Quelles sont les origines de cette entreprise titanesque ?

Titanesque, tu l’as dit !!! Mais pas tant que ça, en même temps, je n’ai quand même que 1500 films à voir ou revoir, ce n’est rien quand on en a déjà vu près du triple. En fait, c’est un projet de très, très longue haleine. Du plus loin qu’il m’en souvienne, j’ai toujours accompagné la découverte de films d’explorations de leurs à-côtés, avec les moyens du bord. Gamin, je découpais les distributions, les résumés, les critiques, les photos d’acteurs glanés dans Télé 7 Jours, Télé Poche ou Ciné Revue, que je collais sur des fiches bristol. Avec le recul, je me dis que j’avais déjà un rapport physique au papier. Philippe Arnaud, qui était tout le contraire de ces "cinéphiles à fiches" volontiers tâclés par Henri Langlois, mais qui ne dédaignait pas les travaux de haute précision, m’a encouragé dans cette voie, et Raymond Chirat, dont j’ai fait la connaissance à peu près à la même époque, pareillement.

J’ai donc continué à tout noter, et l’accès croissant aux professionnels du cinéma, allié à un certain sens de la tchatche, m’a permis d’aller plus avant, année après année, dans ma démarche de cinéphile et filmographe, vu que j’ai toujours pensé, moi aussi, que les deux n’étaient pas incompatibles en soi. En fait, j’ai dû attendre la première moitié des années 2000 pour commencer à y voir plus clair. Le premier déclic, ça a été le fait d’avoir contribué, dans l’ombre, à l’Encinéclopédie de Paul Vecchiali, qui s’appelait encore alors Le Cinéma français des Années Trente, ce qui m’a permis de me faire une première idée de l’ampleur de la tâche face à tout travail livresque se voulant exhaustif. Disons que je l’avais toujours su, mais que là, ça devenait concret, des simples questions, pas si simples, de méthodologie aux rapports compliqués avec le monde de l’édition tel que j’ai pu les vivre, par Vecchiali interposé, pendant quelques mois : les premiers retours favorables, puis moins, puis plus du tout, les questions d’argent… Le grand cinéaste/grand manitou qui trouve le projet merveilleux, mais qui ne le publie finalement pas parce qu’on touche au mythe Renoir, et qu’il ne faut pas toucher au mythe Renoir, jamais... Paul a un nom dans le métier depuis les années 60, mais nom ou pas, il aura mis pas loin de sept ans avant de pouvoir sortir ces deux volumes dans des conditions à peu près décentes… "À peu près" est d’ailleurs le terme qui s’impose, au vu du produit fini.

Bref, j’ai pas mal appris de ce côté-là, et c’est pour cette raison aussi, parce que je ne me voyais pas très bien, à terme, gérer une succession ininterrompue de douches alternativement brûlantes et glacées, de faux espoirs et de vraies déceptions, que j’ai décidé de devenir éditeur, histoire de ne rien avoir à demander à personne. Donc, dès 2004, je savais ce dont je ne voulais pas, mais je ne savais pas encore très bien ce que je voulais. Et surtout, je n’étais pas encore devenu éditeur. Le deuxième déclic, s’est produit à l’automne 2008, lorsque j’ai eu entre les mains les premiers fascicules du Dictionnaire des Films pornographiques et érotiques 16 et 35 mm de Christophe Bier, publiés sous forme d’inserts dans CinÉrotica. Il y a eu une sorte d’étincelle, un truc assez proche de l’eurêka d’Archimède, au fond.

Je n’avais pas cessé, pendant des années, de penser sans y penser vraiment à une colossale encyclopédie des films français, et là, en trois secondes, mettons cinq ou six, tous les morceaux du puzzle, jusqu’alors épars, se sont assemblés les uns aux autres. Je n’étais plus dans "ce que je ne voulais pas faire" mais dans "ce que je voulais faire", "ce que j’allais faire". Et les choix se sont imposés d’eux-mêmes, de façon quasi automatique : traiter de la période 1929-1979 parce qu’elle correspondait pile-poil aux cinquante premières années du Parlant en France, explorer à fond la seule décennie qui ne l’avait pas véritablement été, à savoir les prolifiques années 70, traiter également du porno, dans la mesure où j’ai toujours pensé (comme Christophe Bier) que c’était un genre cinématographique à part entière et qu’il a représenté pas loin du tiers de la production française sur la décennie concernée, et ainsi de suite… Comme je ne voulais pas paraphraser Chirat en travaillant par année, ou Vecchiali, en procédant par metteur en scène, j’ai fait comme Christophe, et rapidement opté pour un "alphabétique" stricto-senso, ce qui est finalement assez raccord avec mon côté taquin. Faire voisiner À bout de sexe et À bout de souffle, Zazie dans le métro et Les Zizis en folie, c’est plutôt rigolo en soi, et, de façon moins anecdotique, cela résume assez bien ma démarche éditoriale et ma volonté d’accorder un traitement "égalitaire" à toutes les œuvres – majeures ou mineures – abordées : "Une femme est une femme" (Godard) mais "Un film est un film" (Armel).

Affiche d'A bout de sexe (Serge Korber, 1975)

À l’arrivée, si le traitement n’est pas tout à fait aussi égalitaire que je le souhaitais initialement, ce sera uniquement parce que certains films sont visibles, et d’autres non, mais nous sommes tous confrontés à ce genre de difficultés. D’autre part, toujours dans le souci permanent d’aller plus loin que les grands filmographes qui m’ont précédé, Chirat en tête, j’ai décidé de traiter aussi des coproductions avec l’étranger, en tout cas dans le cas d’œuvres tournées hors de France par des cinéastes français ou labellisés français (pour peu qu’il s’agisse bien de coproductions) ou réalisées en France, même dans le cas de capitaux exclusivement étrangers. D’où les œuvres franco-italiennes tournées à Cinecittà par René Clément ou Jacques Tourneur, ou les productions hollywoodiennes "délocalisées" de Vincente Minnelli, Stanley Donen, Blake Edwards, John Frankenheimer, Otto Preminger, Clive Donner, Woody Allen et pas mal d’autres… Vincente Minnelli Idem pour les films inachevés, inédits, mystérieux, parfois découverts par l’intermédiaire de grands spécialistes du "Bis" comme Jean-Pierre Bouyxou, ou les productions Zanzibar, encore très (trop) méconnues quarante ou cinquante ans après leur réalisation. Par ailleurs - ce qui n’était pas prévu au départ -, j’ai décidé d’inclure dans l’inventaire un certain nombre d’œuvres de la fin des années 20, tournées intégralement en muet mais présentées lors de leur première exploitation en salles dans des versions tout ou partie sonorisées. Je pense tout particulièrement à Au Bonheur des Dames première version (Julien Duvivier, 1929), aujourd’hui commercialisé dans sa version muette avec accompagnement musical, mais dont on sait que les seules véritables projections d’époque étaient bien des projections sonores, sinon complètement parlantes.

Enfin, la notion de courts, moyens et longs métrages évoluant sans cesse, et changeant d’un pays à l’autre, j’ai décidé, un peu sur le tard, là encore, de faire figurer dans les volumes à paraître les films de plus de 50 minutes comme longs métrages à part entière, ce au détriment du seuil jusqu’alors traditionnellement admis de 60 minutes. Bon, et puis l’idée maîtresse, s’il ne fallait n’en garder qu’une, c’est de rappeler qu’à de très rares exceptions près, nous faisons en sorte de voir ou de revoir sur copie le plus grand nombre de films présentés. Si je tiens compte des films visionnés par Christophe Bier pour son propre dictionnaire, mais auquel je n’ai pas forcément eu accès, les volumes 3 et 4 doivent avoisiner un taux de visionnage sur copie de l’ordre de 80 %. Je suis extrêmement fier de ça, compte tenu de notre économie encore fragile et de l’absence de toute forme de soutien institutionnel, même si cela me gonfle, parfois, de devoir réinvestir les trois quarts de l’argent engrangé à la parution de chaque nouveau volume dans l’acquisition de DVD et de VHS en vue du volume suivant. À part René Chateau, qui m’a spontanément offert quelques titres (pas tous hélas) et donné à titre gracieux l’autorisation d’utiliser des photos de films dont il est l’ayant-droit, ce qui est un beau cadeau, les éditeurs ne lâchent rien, ces gens-là sont de véritables plaies, en plus d’être de gros rapiats… enfin… pas tous. En même temps, c’est bien de ne rien devoir à personne, on se sent libre. Et un semblant de liberté, même illusoire, dans la France de 2011, ça n’a vraiment pas de prix…

Combien de films cette Encyclopédie se propose-t-elle de traiter (dans les pages de son Volume 3 et à terme) ? J’imagine aussi que tu n’es pas la seule plume à t’y épancher...

Le Volume 3 traite de 206 longs métrages, de B…comme Béatrice, un film érotique hardcore – jamais vu, mais il l’a été par l’un des contributeurs – de Reine Pirau, alias Pierre Unia, au Bluffeur, série B policière assez étonnante du début des années 60, une sorte de Melville "bis" sans les effets de manche qui vont parfois avec, le côté "voyez tout ce que je sais faire". Je suis un peu injuste sur ce coup-là, parce que j’aime énormément le cinéma de Melville, mais la simplicité et l’humilité dans le travail sont des qualités que j’apprécie de plus en plus avec le temps, et ce thriller de Gobbi, très peu diffusé, a été une des deux ou trois vraies bonnes surprises parmi les 170 films (à vue de nez) vus ou revus pour ce troisième tome.
Au final, tous volumes confondus, je pense qu’il y aura entre 5500 et 6000 entrées. Quand on aime, on ne compte pas.

Concernant les plumes auxquelles tu fais allusion, la seule qui s’épanche vraiment, c’est la mienne, vu que je suis responsable de l’intégralité du rédactionnel, et que je suis très prolixe, comme tu peux le constater (NB : C’est un fait !). L’apport des divers contributeurs est davantage de l’ordre de l’information et en même temps, je suis très fier, pour chaque "cinématographie" explorée, d’avoir su emmener dans ce projet éditorial les meilleurs spécialistes du moment : Christophe Bier m’a autorisé à reprendre les génériques et les résumés, généralement retravaillés, publiés dans CinÉrotica et le Dictionnaire des Films français pornographiques et érotiques, ce qui m’a beaucoup aidé, dans la mesure où personne en France ne connaît mieux cette production dans ses moindres détails, Raymond Chirat m’a communiqué pas mal d’informations inédites glanées à la faveur de visionnages postérieurs à la parution de ses fameux Catalogues, Italo Manzi, grand cinéphile et grand bibliophile, me fournit tous les renseignements dont je peux avoir besoin sur les films réalisés en Italie, Espagne ou Amérique latine, voire leur exploitation en Argentine, puisqu’il est né et a longtemps vécu là-bas, tandis que Jean-Pierre Pecqueriaux et Stéphane Boudin interviennent de façon logistique, le premier en revisionnant énormément de films afin de pouvoir confronter ses découvertes aux miennes, le second en se comportant depuis le début comme la véritable cheville ouvrière de ce projet. En fait, je ne le répéterai jamais assez, il fournit un vrai travail de coéditeur en plus de son véritable boulot de consultant. Je ne suis pas sûr que ce projet ait pu exister, et puisse continuer à exister sans lui.

Combien de volumes sont-ils prévus et sur quel laps de temps ?

Le nombre de volumes n’est pas encore complètement arrêté, difficile de te répondre sur ce point précis. Je pense une quinzaine, peut-être un peu plus, dont la publication s’étalera encore sur cinq ou six ans. Il faut absolument, je me permets d’insister, que les lecteurs comprennent que la règle que je me suis fixée et ai imposée à mes contributeurs, c’est que tous les films traités doivent être vus et/ou revus dans la mesure du possible. Cela prend énormément de temps, si on veut bien faire les choses… D’autre part, l’accès aux DVD et VHS des films est long, compliqué et onéreux, ce qui m’oblige à espacer les sorties. C’est mieux pour le lecteur, du reste, ça lui évite l’indigestion et ça ménage ses finances.

À raison de trois ou quatre publications par an, avec une publication trimestrielle, il peut monter sa collection "@ide-Mémoire" à son rythme, avec un budget raisonnable d’une douzaine d’euros par mois en moyenne. En même temps, sortir l’intégrale 1929-1979 sur six ou sept ans, ce n’est pas si délirant que ça, je crois : c’est moins de temps qu’il n’en aura fallu à Vecchiali pour sortir L’Encinéclopédie, dont la version quasi définitive datait de 2004, et le quart de celui qu’il aura fallu à Chirat pour réussir à faire publier l’intégralité de ses Catalogues 1908-1970. Je suis un rapide, finalement, derrière mon côté "artisan besogneux qui remet cent fois l’ouvrage sur le métier…".

Quels films de cet ouvrage désirerais-tu pointer pour les habitués du site ? Des œuvres qui te sont chères...

En premier lieu, il y a les vrais incontournables, bien sûr, ceux qui résistent notoirement plutôt bien aux assauts du temps, et que je peux voir et revoir sans jamais me lasser, de La Bandera (Julien Duvivier, 1935) à La Bête humaine (Jean Renoir, 1938), de La Baie des Anges (Jacques Demy, 1962) à Bande à part (Jean-Luc Godard, 1964), de Belle de Jour (Luis Buñuel, 1966) aux Belles Manières (Jean-Claude Guiguet, 1978). Il y a aussi la version "optimiste" de La Belle Équipe (Julien Duvivier, 1936), sur laquelle je reviens de façon circonstanciée, d’abord parce que je la trouve plus intelligente et moins rapportée que la version "pessimiste" (Gabin "révolvérise" Vanel à la fin au lieu de se réconcilier avec lui), ensuite parce qu’il me semblait d’une importance cruciale de continuer à faire vivre sur le papier cette version reniée – mais quand même écrite, tournée et signée – par Spaak et Duvivier, et désormais interdite de diffusion par le seul bon vouloir d’une poignée d’héritiers procéduriers, de vestales sans carrière digne de ce nom (les sœurs Spaak, bon Dieu, tu parles d’une trace pérenne dans l’histoire du Cinéma !!!) et de gardiens du Temple autoproclamés s’étant donné la peine de naître et rien de plus.

Jean Gabin dans La bête humaine (Jean Renoir, 1938)

Après, pour revenir à des sujets moins pénibles, parmi les œuvres des années 30 ne comptant pas forcément parmi les plus connues, mais pour lesquelles j’éprouve une passion tout aussi grande que pour les six ou sept titres que je viens de citer, je pourrais mettre en avant Baccara (Yves Mirande et Léonide Moguy, 1935), qui, bien plus qu’une comédie de mœurs brillantissime et enlevée, est presque un film "gay friendly" d’avant la lettre, magnifiquement interprété de surcroît par le trio Lucien Baroux-Jules Berry-Marcelle Chantal, ou La Belle de nuit (1933), rareté jadis éditée en vidéo et portant l’estampille du méconnu Louis Valray. Je crois que tout amoureux du cinéma français digne de ce nom, ou même du cinéma tout court, devrait avoir vu les deux longs métrages de Valray, Escale (1935) et La Belle de nuit, au moins une fois dans sa vie. Idem pour un film de la même veine, le Pour un soir… ! de Jean Godard (1931), récemment rediffusé sur Cinéclassics dans un "Retour de flammes" spécial marins je crois, avec un Jean Gabin débutant ripoliné comme une actrice de kabuki - donc un peu inattendu, quand même -, une Colette Darfeuil au sommet de sa beauté et une poignée d’acteurs mystérieux, n’ayant pas tourné grand chose d’autre, du style Cilly Andersen, Régina Dhally ou Guy Ferrant…

Qu’on le veuille où non, la Nouvelle Vague, la vraie, est née à l’orée du Parlant, peut-être même avant, avec ces réalisateurs-là, dont on ne sait rien ou si peu, mais certainement pas avec Le Beau Serge (Claude Chabrol, 1957) et Les Quatre Cents Coups (François Truffaut, 1958). Sinon, j’ai déjà parlé un peu plus haut du Bluffeur (Sergio Gobbi, 1961), qui me tient particulièrement à cœur, d’autant que sa découverte tardive s’accompagne des deux doigts de fétichisme sans lequel toute cinéphilie digne de ce nom ne serait pas ce qu’elle est : la VHS d’époque, achetée 2 € via Internet, le fait aussi que le générique n’ait jamais été vraiment "revisité", le film ayant été très peu diffusé… Je pourrais aussi citer Blondine (Henri Mahé, 1943), que je n’avais pas revu depuis une projection déjà lointaine à la Cinémathèque française, à la fin des années 90 et que j’ai pu redécouvrir avec une vraie excitation grâce à l’un de mes contributeurs permanents, Jean-Pierre Pecqueriaux. A fantasmagorie égale, c’est tout le contraire de La Belle et la Bête (Jean Cocteau, 1945), Jean Marais dans La belle et la bête (Jean Cocteau, 1945) que j’ai toujours trouvé pesant, insupportable et prétentieux, et qui ne vaut que pour le travail de Bérard, loin des dialogues ridicules et ampoulés de son réalisateur officiel. Je pourrais tuer Cocteau, s’il n’était pas mort depuis un bail, pour avoir à ce point enlaidi Mila Parely et l’avoir fait passer, le temps d’un film, pour une comédienne incapable de balancer ses piètres répliques ("ces chaises sont des immondices, petits-la-quais, petits-la-quais") autrement que sur le mode du phrasé parfaitement bidon et de la fausseté de ton la plus détestable. Tout ça pour rajouter quelques pierres de plus à son édifice d’autoproclamé "Monsieur Poésie multi-terrain" !!! Beurk. Et Piéral est bien mieux employé, plus drôle et génial, dans le film faussement naïf d’Henri Mahé que dans cette chose atroce et boursouflée, là encore écrite et dialoguée par Cocteau, mais qui plut beaucoup en son temps, L’Éternel Retour (Jean Delannoy, 1943).

À part ça, énorme, quoi que tardif, coup de cœur pour l’époustouflant Barbarella (Roger Vadim, 1967), dont je n’avais pas mesuré, en première vision, que c’était l’un des dix ou douze meilleurs films français – et l’un des plus drôles, accessoirement – tournés au cours des années 60, en plus d’être, sans aucun doute possible, le seul long métrage vraiment réussi de son réalisateur. Gros coup de foudre aussi pour La Bande du Rex (1979), de "108-13", aka Jean-Henri Meunier, récemment réédité en DVD (ce qui est bien) par LCJ (ce qui l’est moins, compte tenu du peu de soin apporté par l’éditeur, assez coutumier du fait, à cette ressortie : copie minable, boni anorexiques, bref…). C’est un film curieux, hybride, ovniesque, ni raté ni réussi, vraiment entre les deux, mais passionnant de bout en bout et totalement emblématique de cette période bizarre, un peu hésitante, un peu floue, qui fait la jonction entre les années 70 et la décennie suivante ; on n’est déjà plus dans l’esthétique seventies, pattes d’eph’, papier peint orange et gros pétards pour tout le monde, mais pas encore dans ce que les années 80 comporteront de plus caricatural : le bling-bling, les jeans Pantashop, les mocassins à glands, les coiffures impossibles, les maquillages de pute... Et surtout, Meunier, outre le fait qu’il fait montre d’un vrai regard de cinéaste, est un des rares cinéastes français à avoir su montrer la "jeunesse" pour ce qu’elle était, à l’inverse du Becker de Rendez-vous de juillet, du Carné des Tricheurs, ou même de Téchiné dans certains de ses films les moins réussis.

Dans La Bande du Rex, comme dans Chacun sa nuit, de Pascal Arnold et Jean-Marc Barr (2006), La Belle Personne de Christophe Honoré (2007) ou certains courts de Yann Gonzalez il y a, toutes proportions gardées, quelque chose de La Fureur de vivre (James Dean et Hollywood en moins), quelque chose aussi de l’ordre d’un regard "de grand frère", qui me parle et me touche beaucoup. Enfin, et je crois que je serai sur ce coup-là un des premiers à l’avoir mis en avant, Meunier n’est pas seulement un cinéaste "à l’arrache" comme on n’en fait plus beaucoup, c’est aussi un des meilleurs directeur d’acteurs français de sa génération : La Bande du Rex, c’est aussi Nathalie Delon, Liliane Rovère, Tina Aumont, Maurice Biraud, Claude Melki, Henri Poirier, plein d’autres, dans leurs meilleures – pour certains – prestations à l’écran. Je pense également à Higelin aussi, excessif, atypique, parfois très approximatif dans sa façon de jouer, du moins par rapport aux critères cinéphiliques traditionnels, et à la façon incroyable dont Meunier sait retourner ses défauts apparents au profit du film. Et à sa manière assez rare de coller à la réalité au plus près, sans jamais céder aux sirènes du naturalisme : belle et exemplaire leçon de cinéma. Fin de la dissertation.

Les différents volumes ont été autoédités. Quelles libertés cela offre-t-il ?

Holà, attention, on va éviter les expression qui fâchent, si tu le veux bien… Je suis très susceptible en fait, sur ces histoires d’auto-édition, même si tu as complètement raison, sur le fond. Le premier volume de L’@ide-Mémoire (paru en 2006), était effectivement 100 % auto-édité, mais à partir du suivant, j’ai très vite appris à me considérer comme un éditeur à part entière… un éditeur qui, pour l’instant, sort en priorité ses propres livres, mais un éditeur à part entière. Bon, je joue un peu sur les mots, parce qu’effectivement, un éditeur, professionnel ou non, qui édite en priorité ses propres livres, est un auto-éditeur, d’accord. Mais c’est surtout quelqu’un qui a appris à placer plus haut cette liberté, que suggère fort bien ta question, que le prestige - très parisien au fond - d’être édité par un éditeur "extérieur" déjà connu ou identifié, avec une image de marque plus ou moins bandante.

Tu sais, en caricaturant un peu, c’est l’histoire de Boris Vian qui a été malheureux, toute sa vie, de n’avoir pas vu les livres (sauf deux) signés de son nom édités par Gallimard, alors que Gallimard lui prenait sans discuter les "Vernon Sullivan". Concrètement, et cela vaut aussi pour l’édition papier de mes pièces de théâtre, le fait de me positionner d’emblée en dehors de tout ça, même si comme n’importe quel écrivain, je rêve moi aussi de Gallimard au fond, implique que je suis à la fois libre et responsable de tous mes choix : la couverture, le choix du papier, de la police employée, de la quantité d’encre usitée, et j’en passe, ce qui me convient tout à fait, vu que j’ai absolument horreur que l’on puisse décider quoi que ce soit à ma place, ou même chercher à le faire, et me semble être le comble du luxe pour un auteur. Et donc, bizarrement, alors que je n’ai pas, dans la vraie vie, une confiance démesurée en moi, je me fais pleinement confiance dès que je me trouve confronté à la question de choix éditoriaux. L’expérience venant, j’ai appris à la fois à me passionner pour les moindres aspects du métier d’éditeur et surtout, à trancher très vite, ce qui n’est pas non plus une chose forcément évidente chez moi lorsqu’on me connaît un peu. Et quand je vois ce que l’éditeur des deux volumes de Paul Vecchiali a fait de son livre à l’arrivée, ou les conditions-obligations "offertes" aux auteurs "Harmattan" (dont je chronique d’ailleurs parfois les publications sur mon site, parce que certaines sont de véritables modèles d’intelligence, de pertinence et de réflexion), je me dis, de façon très prétentieuse, mais tant pis, que c’est moi qui ai raison.

À quand remonte ton premier contact avec le cinéma ? Je suis intrigué par les origines d’une telle hardiesse cinéphilique...

Tu peux… tu peux… Bon. Premiers films à cinq ans, sur grand écran pour les uns, à la télévision pour les autres : Blanche Neige et les 7 Nains, Peau d’Âne, Si Versailles m’était conté… Les Aventures de Robin des Bois et Jason et les Argonautes, aussi… De la couleur, de beaux acteurs, de belles actrices, de belles robes, des amours généralement compliquées mais pas absolument impossibles pour autant à l’arrivée… très instructif pour la suite… Et puis, très vite, vers six-sept ans, l’envie de voir le plus grand nombre de films possible, d’où combat acharné, très tôt, avec ma famille, qui n’était pas du tout branchée cinéma, pour avoir le droit de voir ce que j’avais envie de voir, au moment où j’avais envie de le voir. À l’époque, il n’y avait ni vidéo, ni DVD, ni VOD, donc quand tu ratais un film, tu ratais un film, point barre.

Jason et les Argonautes (Don Chaffey, 1963)

Donc, j’ai appris très très tôt à faire des caprices, dignes d’une véritable tête à gifles, du style "non, je veux pas aller me promener en forêt avec vous, je préfère rester à la maison et regarder La Marseillaise de Renoir" (Armel, huit ans), ou à négocier d’arrache-pied le droit de pouvoir regarder en entier (!) le film du mardi soir. Pas toujours facile, mais bon… En fait, dans ma logique d’enfant, qui n’était pas si stupide en soi (j’ai toujours pensé que les enfants sont beaucoup plus intelligents et rationnels que les adultes sur pas mal de points), il était évident que la forêt n’aurait pas changé de place entre deux promenades en famille, alors que le film que je voulais voir ne repasserait peut-être pas avant des années, d’où priorité absolue au film et merde pour la forêt, le match de rugby à ne pas rater (quelle angoisse, ce truc), la visite dominicale à Oncle Truc ou Tante Machin. En même temps, avec le recul, je suis infiniment reconnaissant à mes parents de m’avoir contraint, très jeune, à de si âpres négociations : d’abord parce que cela m’a permis de me forger un caractère bien trempé, limite chieur, ce dont je suis finalement assez fier, même si cela a fini par faire de moi quelqu’un d’absolument invivable au quotidien, ensuite, parce que cela a provoqué chez moi, de façon tout à fait inconsciente, la certitude que les films, bons ou mauvais, n’étaient pas uniquement des produits de consommation courante, mais bel et bien des objets de désir, ou même un désir permanent en soi. C’est un peu comme des partenaires en amour : il y a le coup d’un soir dont il ne reste pas grand chose une fois l’excitation retombée, le ou la partenaire qui déçoit au bout de la première demi-heure passée au lit, l’impossible objet ou l’amour impossible dont on rêve des années ou, parfois, sa vie durant… Il y a des films qu’on a envie de revoir (ou pas) comme il y a des personnes qu’on a envie de revoir (ou non). Et dans les deux cas, le fait de se dire de temps à autre "tiens, c’était pas une bonne idée, au fond, de le/la revoir, j’aurais mieux fait de rester sur ma première impression".

Une chose dont je voudrais parler, aussi, puisque je suis en train de soulever les vieux couvercles de marmite, c’est la place prépondérante tenue par les livres de cinéma dans mon parcours de cinéphile, et qui remonte, là aussi, à l’enfance. Je me rappelle très bien les premiers que l’on m’a offert, je devais avoir huit ou neuf ans : Le Cinéma et moi de Sacha Guitry, un bouquin sur le cinéma de Jean Renoir, que j’ai encore quelque part mais impossible de me rappeler qui en était l’auteur, le Dictionnaire des Films de Sadoul, dont je trimballais partout l’édition de poche avec moi, et que j’ai appris, évidemment, à détester depuis. Tu imagines le postulat : Le Chanois est encarté au PC donc tous ses films sont formidables, Guitry est de droite, donc tous ses films sont de la merde, sauf Le Roman d’un tricheur, bien sûr, parce qu’il y a inventé la voix off. On peut rêver mieux comme approche, non ? À ces réserves près, c’était vraiment important à mes yeux, les livres, toujours en raison de la difficulté d’accéder aux films, a fortiori pour un gamin n’ayant pas grandi à Paris et n’étant pas issu d’un milieu spécialement cinéphile : tu n’as pas idée du nombre d’œuvres que j’ai d’abord découvertes sur le papier – et auxquelles j’ai longtemps rêvé – avant de pouvoir les voir, effectivement sur copie… Je crois aussi que c’est d’avoir énormément aimé ces bouquins, même si je me suis détourné, avec l’âge, de la majeure partie d’entre eux, qui m’a donné, inconsciemment, l’envie d’écrire des livres des années plus tard. J’ai toujours su que j’écrirais… En revanche, jusqu’en 2005, je n’aurais jamais imaginé devenir un jour éditeur. La vie est parfois pleine de surprises.

Quelle est ta perception de l’évolution du cinéma français ces dernières années ?

Personne ne peut répondre à une question pareille, Alan, en tout cas personne de sensé, parce qu’il n’y a pas un cinéma français, mais des dizaines de cinémas différents qui cohabitent et tentent d’exister, vaille que vaille, en même temps. Quel point commun entre la démarche d’un Paul Vecchiali, sorti du "système" à 75 ans passés et qui ne tourne plus qu’en format vidéo, pas à l’arrache mais presque, en lorgnant directement vers le DVD ou la VOD, ou un jeune vieux metteur en scène "avec carte", style Emmanuel Mouret, qui réalise depuis dix ans en toute impunité des films absolument inutiles et démodés avant même d’avoir été tournés, mais bien perçus dans le Landerneau parisien, vu qu’ils confortent les bobos dans leurs certitudes, ne font jamais de vagues et n’obligent à réfléchir que de manière très superficielle ? Emmanuel Mouret Entre un 40 minutes réalisé avec un portable par des post ados nourris aux indies américains et les derniers – if only… – Patrice Leconte ou Bertrand Tavernier ? Le cinéma français a toujours été riche, varié, pluriel, avec des pics de créativité intense tous les 25 ou 30 ans. Bon, ok, le dernier pic de créativité commence à dater un peu, il n’y a quasiment rien eu depuis "l’écurie Diagonale" (Vecchiali, toujours), mais malgré tout, je n’ai pas le sentiment que, d’un point de vue général, les auteurs, scénaristes ou comédiens contemporains aient grand chose à envier à ceux des décennies passées.

Concernant les acteurs, je les trouve même plutôt globalement meilleurs qu’il y a ne serait-ce que 30 ou 40 ans, en dépit de toute la tendresse que j’éprouve pour la plupart de ceux liés au cinéma en Noir et Blanc. En plus, de ce point de vue-là, on pourrait presque parler d’une contuinité : la première fois que j’ai vu Jean-Paul Rouve dans un long métrage, vers la fin des années 90, j’ai eu l’impression d’avoir en face de moi Saturnin Fabre et Robert Le Vigan réunis en un seul acteur, le résultat était assez épatant en plus : deux – et pas n’importe lesquels – pour le prix d’un ! Ou alors Anna Mouglalis, là, tu as à la fois Hollywood, Saint-Germain-des-Prés, Cinecittà et le XXIe siècle, il y a absolument tout chez elle : l’allure, la classe, la sensibilité, l’autorité, le glamour, la modernité, le vintage chic… Je suis très fan de ce qu’elle véhicule à l’écran.

Cela dit, Alan, la seule chose que je pourrais dire, au fond, pour répondre à ta question, que j’imagine quand même d’ordre plus général, c’est que le cinéma français des années 2010 naissantes ressemble assez à notre époque, dans ce qu’elle peut comporter de plus passionnant et de plus terrifiant à la fois. Côté passionnant, il y aurait le cinéma français selon Maïwenn, Jean Dujardin, Fred Testot, Jean-Marc Barr, Pascal Arnold, Yann Gonzalez, je passe sur Romain Duris, Louis Garrel, Julie Gayet, Héléna Noguerra, Marina Foïs et quelques autres, dont l’éloge n’est plus à faire depuis longtemps… Et puis l’intégration, tardive mais bien réelle, au paysage cinématographique des "minorités" de manière autre qu’anecdotique ou caricaturale, le fait que des comédiens comme Roschdy Zem, Jamel Debbouze, Tomer Sisley ou Aïssa Maïga, puissent accéder à de grands premiers rôles, ce qui aurait été encore impensable avant le milieu des années 90… C’est presque empiler lieu commun sur lieu commun que de rappeler tout cela, tellement les uns et les autres font l’unanimité, mais tant pis, j’assume pleinement mon côté doxa sur ce coup-là…

Bon, côté terrifiant, il y aurait le cinéma français selon Fabien Onteniente, Dany Boon, Franck Dubosc, Kad Mérad, Gérard Jugnot ou ce qui en reste, Michèle Laroque, que j’adore, enfin, que j’aime beaucoup, enfin… que j’aime bien, mais qui n’a pas joué dans un seul film potable depuis le Améris avec Bruno Putzulu il y a quinze ans, à croire qu’elle le fait exprès… Ou alors, dans un tout autre ordre d’idées, le cinéma français selon Pascal Thomas (foirer un film avec Julien Doré et Marina Hands, fallait quand même le faire !) ou Jean Becker. Guillaume Canet aussi. Lui, c’est terrible : il a un potentiel inouï, un charisme incroyable, une meuf limite star, toutes les portes ou presque s’ouvrent devant lui, et il te fait quoi ? Une comédie générationnelle à la Sautet 2.0, interminable en plus, pour te dire que l’amitié, y’a que ça de vrai et que c’est pas bien de laisser tomber ses amis qui vont pas bien pour aller passer des vacances au soleil entre amis qui vont bien mais pas si bien que ça non plus, enfin, moins mal que celui (d’ami) qui va vraiment pas bien… Et en plus de balayer un à un tous les poncifs passés, présents et futurs, ça dure dix plombes… Au moins, chez Sautet, on avait encore le droit de fumer dans les cafés ; là, même pas, juste un vieux bout de shit entre potes, histoire de dire qu’on sait quand même s’éclater de temps à autre… tout ceci est terriblement vieillot pour un film de trentenaires, non ?

Les petits mouchoirs (Guillaume Canet, 2010)

Le pire, je crois, c’est encore Isabelle Mergault cinéaste, ou toutes ces apprenties réalisatrices bas-bleu au look de secrétaires bilingues, comme je les découvre, la nuit, dans d’interminables makings of diffusés en boucle sur les chaînes cinéma du câble, toutes interchangeables, avec les mêmes discours, les mêmes pull trop grands, les mêmes soucis de peau, de cheveux, de look, de mecs, d’enfants, de baby-sitters, de chiens, de chats, de tout, les mêmes petits problèmes existentiels à deux centimes d’euros, les mêmes petites préoccupations "au quotidien" (vélib ou taxi ? coquillettes ou basmati ? ketchup ou mayonnaise ? margarine ou lubrifiant ? amour ou amitié ? grossesse ou IVG ? Pierre-André ou Martin-Frédéric ? Lennon ou McCartney ? La Baule ou La Bourboule ? Charybde ou Scylla ?), les mêmes histoires de poussettes à pousser, de pilules à ne pas oublier, de speed datings à ne pas foirer, d’amants à ne pas laisser partir parce qu’on ne sait pas s’il y en aura encore un derrière, de CB avalées par le distributeur de billets au mauvais moment, comme si ça pouvait jamais être le bon moment, de portables qui tombent dans une bouche d’égout à l’instant précis où le mec dont on attend désespérément le coup de téléphone se décide enfin à appeler, la même petite vision coconne, étriquée et faussement humaniste – genre Amanda Sthers à l’écran – d’un Septième Art qui ne leur a rien demandé (ni rien fait, le pauvre !), le même fantasme de tourner avec Cécile de France, Mélanie Laurent, Mélanie Thierry, ou les trois à la fois, avant de se rabattre sur Judith Godrèche (bien fait pour elle), la même attitude un peu schizo par rapport au fait de viser à la fois le public d’Arte et le pognon de TF1, même si c’est plus judicieux en soi que de viser le contraire…

Isabelle Mergault

Et puis, par association d’idées, forcément, ce repli un peu rance sur le passé, cette volonté de ressusciter à tout prix la France d’avant la Crise et de refaire du neuf avec du vieux, qui aboutit surtout, à l’arrivée, à faire du vieux avec du vieux : les flippants Choristes et leurs non moins flippantes têtes d’affiche, l’horrible remake de Boudu sauvé des eaux, l’inutile resucée de La Fille du puisatier… On est mal barré, quand même, non ?! Mais bon, il y a aussi les autres. Heureusement. L’incroyable Yann Gonzalez que j’attends impatiemment de voir passer au long métrage, son talent et la richesse de son univers artistique le lui permettent largement. Maïwenn. Je n’ai pas encore vu son Polisse, j’ai hâte, mais je pourrais lui ériger une demi-douzaine de statues – au moins – pour avoir filmé Marina Foïs, Karin Viard, Romane Bohringer ou Mélanie Doutey comme elle l’a fait dans Le Bal des Actrices, les avoir emmenées les unes et les autres, pendant quinze ou vingt minutes, à des années-lumières de leur emploi-type. Et surtout, j’admire, et c’est un terme que je n’emploie pas beaucoup, quand on me connaît un peu, sa capacité si particulière, si mal partagée chez la plupart des metteurs en scène contemporains, à prendre une comédienne déjà connue, talentueuse, charismatique, parfois extrêmement brillante, et d’en faire le temps d’un film (ou d’un bout de film), quelque chose comme "la plus grande actrice du cinéma français". Même si, à l’arrivée, cela fait beaucoup de plus grandes actrices du cinéma français en même temps. Pas grave. Mieux vaut trop que pas assez.

Tu fais partie des contributeurs de l’imposant Dictionnaire des films français pornographiques & érotiques 16 et 35 mm, coordonné par Christophe Bier. Comment t’es-tu retrouvé mêlé à pareille entreprise ? Et qu’en retires-tu ?

Ce que j’en retire ? Des euros, tout simplement, pas mal à l’arrivée, qui me permettront de financer tout ou partie mes prochaines publications. Bon, plus sérieusement, j’en tire surtout une immense fierté, surtout depuis que l’"éroticodico" existe physiquement, en tant qu’objet tangible, et que je peux mesurer, sur pièces, le volume de travail qu’il a représenté, pour Christophe en premier lieu. Ce projet a mis plus de dix ans à voir le jour, on était tous peu ou prou sur la brèche depuis 2005 ou 2006, parfois même avant pour certains d’entre nous, et là, ça y est, il existe !!! De façon plus personnelle, je suis arrivé sur ce projet un peu grâce à mon côté grande gueule, qui m’a toujours réussi professionnellement, même si, pour les mêmes raisons, je me suis mis et continue à me mettre pas mal de gens à dos. Je connaissais Christophe depuis 2002, j’avais pas mal planché avec lui sur les troisièmes couteaux de chez Mocky, dont nous sommes friands l’un et l’autre, on se donnait des coups de pouce de temps à autre et surtout, il avait été, avec Raymond Chirat, le tout premier "auteur invité" du premier volume de mon Encyclopédie des Comédiens, pour lequel je souhaitais d’autres plumes que la mienne, et accessoirement, des cinéphilies différentes ou complémentaires.

Christophe Bier

Du coup, Christophe m’a fourni, à titre gracieux, de très beaux portraits d’une demi-douzaine d’acteurs de "bis" qu’il affectionnait depuis longtemps, comme Jacques Herlin, Reggie Nalder, Sabine Sun, Véronique Vendell, Jean Abeillé et quelques autres… Lorsque j’ai appris qu’il s’apprêtait à lancer le projet CinÉrotica, je lui ai déclaré tout de go que je voulais absolument faire partie de son équipe de rédacteurs, j’ai même dû lui sortir, au flan, quelque chose du style "tu peux chercher autant que tu veux, tu ne trouveras personne de plus compétent que moi pour traiter de l’érotisme au cinéma sur la période 1930-1960". En fait, pour Christophe, on en a un peu reparlé depuis, c’était compliqué à ce moment-là, d’abord parce que, s’il acceptait de m’intégrer à mon équipe, les rôles respectifs de chef de projet-contributeur lambda s’inversaient forcément par rapport à notre première collaboration, ensuite parce que s’il aimait ma façon de parler des comédiens, il n’avait jamais lu, et pour cause, de chroniques sur des films portant ma signature, encore moins d’articles de type "transversal". Mais comme c’est quelqu’un d’intelligent et d’ouvert, il ne m’a pas dit non, non plus. Initialement, on est parti, lui et moi, sur la base d’une dizaine de titres, et de là, on est passé successivement à vingt, trente, quarante, jusqu’à cinquante ou soixante à l’arrivée, je crois.

Dans le même temps, j’ai décroché le fameux dossier sur "l’érotisme dans le cinéma français de l’immédiat après-guerre à la Nouvelle Vague" publié en 2008 dans CinÉrotica, après qu’on se fût mis d’accord pour que ce soit Italo Manzi, que j’avais entretemps présenté à Christophe, qui traite de la large période courant du Muet à la fin des années 30, qu’en tout état de cause il maîtrisait, et maîtrise toujours, beaucoup mieux que moi. Qui à part Italo aurait pu parler de la sortie américaine de Club de femmes (Jacques Deval, 1936) sous le label "film pornographique" ou du tournage de scènes additionnelles – destinées à l’exportation – de baise avec "doublures" dans des productions "tout public" de l’entre-deux-guerres ?

Donc voilà, c’est juste un projet ambitieux, magnifique, géré de bout en bout avec un professionnalisme rare et une équipe incroyable, le mot n’est pas excessif pour le coup, je suis très fier d’y avoir participé, de me retrouver associé, le temps d’un livre, à des personnalités extrêmement douées, comme Grégory Alexandre, Pierre-Arnaud Jonard, Hervé Joseph Lebrun et pas mal d’autres. Après, ce que j’appelle un peu pompeusement mon bâton de Maréchal, ce sont deux ou trois lignes consacrées par Aurélien Ferenczi sur le blog de Télérama, au moment de la sortie des premiers fascicules de ce qui allait devenir le dico, à un de mes textes, parce que leur auteur, parmi soixante ou soixante-dix notules proposées, avait choisi d’extraire celle dans laquelle je disais tout le mal que je pensais des Amants de Louis Malle (1958), prototype du film intouchable dont on se rend compte, en creusant un peu, qu’en fait on est nombreux à le trouver totalement "fake". Je pourrais dire la même chose de Baisers volés (François Truffaut, 1968), dont je viens de boucler la critique pour le Volume 4 de mon Encyclopédie, et dont je m’aperçois, sur le tard, qu’autour de moi, tout le monde ou presque le déteste, en fait. Oui, parce que le mot de la fin sur tout ce qu’a pu m’apporter ma participation récurrente au Dictionnaire des films français pornographiques & érotiques 16 et 35 mm, c’est quand même le fait d’avoir franchi le pas d’écrire sur les films et décidé, du coup, d’inclure de nombreuses notules critiques dans mes propres publications, ce qui n’était pas forcément le cas dans la configuration de départ…

Où peut-on se procurer les volumes de cette Encyclopédie des longs-métrages français de fiction 1929-1979 ?

Vaste et vraie question. Par correspondance, via le site Internet www.aide-memoire.org ou par les plateformes de e-commerce habituelles, type "PriceMinister". Pour de simples questions d’intendance, pour ne pas dire de survie économique, il est apparu, dès la parution du premier volume de la collection en 2006, que je ne pouvais pas faire face aux exigences - je préfère d’ailleurs utiliser le mot “diktat” - de la plupart des libraires, et à leurs marges délirantes. Dans la pratique, j’ai eu affaire à quelques marchands de tapis assez sinistres – je demande pardon, au passage, à tous les vrais marchands de tapis – qui m’ont un peu vacciné contre une partie de la profession : imagine un peu, ces mecs qui me réclament des marges supérieures à celles qu’il prennent à Gallimard, alors qu’ils savent pertinemment avoir un petit éditeur en face d’eux. Donc, comme petit éditeur ne veut pas forcément dire gros pigeon, j’ai cherché, et trouvé très vite, des solutions alternatives, plus viables sur le moyen et le long terme.

Tu sais, il y a quelques semaines, Christophe Bier m’a dit avoir rencontré, autour de la mise en rayons de son dico, des libraires parisiens qui lui expliquaient très benoîtement qu’ils étaient très malheureux de devoir ne se contenter que de marges allant de 33 à 40 %, et qu’ils trouveraient dans l’absolu tout à fait normal de pouvoir les faire passer à 50 ou 60 %. Bizarrement, ma logique d’écrivain et d’éditeur est un peu beaucoup à l’opposé de ça : filer 60 % à un libraire qui va vendre parfois en même pas 24 heures un livre qu’il aura fallu des années à écrire, à fabriquer, on marche sur la tête, non ? Et au nom de quelle logique, j’aimerais bien le savoir, une personne montant un projet financier lourd, parfois dangereux, devrait gagner moins à l’arrivée qu’une personne pour laquelle le seule risque pris consiste à poser un livre pendant quelques heures sur une table ou un coin de rayonnage ? Si je prends le temps de parler de tout ça, ce n’est pas pour débiner les libraires en général, il y en a de très bien, mais simplement pour répondre à certains lecteurs ou visiteurs de mon site qui s’étonnent du mode de diffusion confidentiel adopté. Le message à faire passer, en gros, c’est "ce ne sont pas les libraires qui boudent nos livres, mais nous qui boycottons et continueront à boycotter les libraires trop gourmands".

Quitte, parce que c’est le revers de la médaille, à vendre moins d’exemplaires dans un premier temps, et à miser davantage sur le bouche à oreille, qui, par chance, s’avère plutôt bon. C’est également pour cette raison que j’ai fait le choix de mettre, pour chaque volume publié, les huit ou dix premières notules en ligne au format PDF, ainsi que l’index des films répertoriés. Le lecteur qui a envie de voir de plus près ce qu’on lui propose, avant de passer commande, a de cette manière tout le loisir de le faire, et d’y revenir aussi souvent qu’il le désire. Il peut même se manifester par téléphone ou par courriel, je réponds toujours.

Au final, je pense que les choses évolueront durablement dans le bon sens quand l’Encyclopédie des Longs Métrages n’en sera plus au troisième volume publié, mais au cinquième ou au sixième, et que les professionnels du livre comprendront qu’auto-édition (on y revient) ne rime pas forcément avec amateurisme, que notre ambition – je parle au nom de tous les coauteurs – est d’emmener ce projet le plus loin possible, de manière à ce qu’il devienne, avec le temps, quelque chose de l’ordre de l’incontournable. Cela, les Archives du Film du CNC, la Cinémathèque corse, la Bibliothèque de l’Institut Lumière, le noyau dur des cinquante ou soixante premiers lecteurs "non institutionnels", l’ont très vite compris. D’autres sont un peu plus longs à la détente, pas grave, Paris ne s’est pas fait en un jour non plus.

Ça m’amuse beaucoup, au fond, de me dire que nos derniers opus ne sont pas encore à la BIFI, ça en devient même une sorte de promotion interne qui nous amuse beaucoup, mes contributeurs et moi. Imagine un peu : le seul inventaire écrit véritablement exhaustif sur le premier demi-siècle du Parlant en France, même s’il est encore en cours de publication, n’est toujours pas accessible aux lecteurs de la plus grande bibliothèque cinéma de France, simplement pour des questions d’organisation interne ou parce que les responsables des acquisitions ne font pas forcément leur travail aussi sérieusement qu’ils le devraient !!! Cela m’ennuie davantage pour les chercheurs, que nos travaux pourraient sans doute aider à sortir du "tout-IMDb", mais bon, on ne va pas refaire l’administration française non plus… Pas le temps.

Quels sont tes futurs projets ?

Pour commencer, il y a les tomes quatre et cinq de l’Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979, le premier (de Bob le Flambeur à Bye Barbara) quasiment bouclé, avec moins d’une dizaine de films à revoir in extenso, le second (Du C… de Marilyne à Cette vieille canaille) terminé aux deux tiers. Ensuite, j’ai prévu de sortir le second volume, intitulé pour le moment Un monde fou ou De Louis de Funès à Louis Gauthier, consacré aux interprètes de Sacha Guitry à l’écran, Sacha Guitry dont le premier opus (Ceux de chez lui ou de Pauline Carton à Howard Vernon) est paru en décembre dernier. Le premier jet est, lui aussi, quasiment achevé, ne manquent que cinq ou six portraits de comédiennes-chanteuses, dont celui de votre compatriote Annie Cordy, et les deux textes "commandés" à Christophe Bier, que je souhaiterais voir croquer, sur le papier, Michel Lemoine et Darry Cowl que je sais qu’il affectionne beaucoup.

Plus trois ou quatre pièces de théâtre qui me tiennent à cœur – dont la dernière en date (Mothers/Fuckers) dont je publie le texte courant juillet – et que j’aimerais bien voir exister autrement qu’en lectures, même si je suis toujours très client de ce type d’expériences, comme il y en a déjà eu deux ou trois entre 2007 et 2010, surtout lorsqu’elles fonctionnent bien auprès des spectateurs. Ou alors ressusciter cette idée, un peu vintage maintenant, qu’avait eue mon ex-coréalisateur attitré, de tirer un film underground de ma première pièce, Des hosties & des hommes, avec des comédiens différents de ceux de la version d’origine ; la proposition m’excitait beaucoup, même si elle n’est plus tout à fait d’actualité. Bref, je reste très en demande par rapport à tout ce qui permettra à ces textes, tous supports confondus, de retourner devant le public, vu que, d’après ce que j’ai pu constater, le public a eu l’air de plutôt aimer. Et puis, très sincèrement, j’ai envie de me dire que je serai joué pour de vrai, avec costumes, décors, lumières et mise en scène, avant d’être devenu une sorte de vieux croûton tout juste bon à fabriquer de la chapelure avec. Bon, si je m’en tiens à la photo ci-dessus, il reste encore un peu de marge, non ?

Quelques espions bien informés me soufflent que tu participeras bientôt à la grande aventure du site Cinémafantastique, que nous réserves-tu ?

J’en ai très envie, vraiment, je suis très fan de ce site à la fois atypique, curieux et pointu, c’est tout ce que j’aime, on va tâcher de… Je voudrais - on en a déjà un peu parlé ensemble, je crois - faire quelque chose sur le cinéma de Jacques Baratier, en tout cas au moins sur La Poupée (1961), que j’ai découvert sur le tard, il y a quelques mois à peine, et que je situe depuis extrêmement haut dans mon panthéon personnel, pour un milliard de raisons sur lesquelles j’espère avoir prochainement l’occasion de revenir : le fait d’avoir accordé la tête d’affiche d’une production française à une transexuelle, ce qui ne s’était jamais vu à l’époque – et ne s’est pas forcément beaucoup revu après –, le règlement de comptes en sous-main avec saint François Truffaut et l’orthodoxie truffaldienne qui va avec, le constat politique assez terrifiant, les choses n’ont pas beaucoup changé depuis cinquante ans, renvoyant dos à dos la gauche et la droite, le dézingage en règle de l’opportunisme propre à la plupart de nos chers politiques, on a même eu en France un très grand président de gauche venu de la droite dure… bon, je sais bien qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, mais quand même... En fait, plutôt qu’une simple approche critique parmi tant d’autres, j’aimerais vraiment faire quelque chose de complet et de circonstancié autour de ce film, en étroite liaison avec Diane Baratier, qui essaie, depuis sa disparition, de donner un second souffle à l’œuvre de son père et connaît bien la genèse de chacune de ses réalisations. J’espère qu’elle sera partante, lorsque je lui soumettrai ce projet. Inch’Allah.

Lien vers le site L’@ide-Mémoire : http://www.aide-memoire.org/
Un tout grand merci à Armel De Lorme, pour sa sympathie et sa disponibilité.

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016
affiche du film
Wonder Woman
2017
affiche du film
Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
2017
affiche du film
The End
2016