Interviews

Interview d’Alexandre Aja (Mirrors)

20 juillet 2008 | Par : Gore Sliclez

Alex Aja dévoile l’envers du miroir

Allo ? Alexandre Aja ? Gore Sliclez de Cinemafantastique.be en Belgique.

Oui, bonjour. C’est ok, je suis complètement disponible. Je suis à l’heure actuelle, dans une pièce totalement insonorisée, sur le plateau de mixage à finir le film.

Des problèmes de postproduction ?

Pas du tout ! Nous avons pris trois mois de retard en raison de la grève des scénaristes. Le film a été « emprisonné » pendant 148 jours. Ça a reculé le tournage des extérieurs à New York et Los Angeles mais il n’y a eu absolument aucun problème de montage. Et pour rectifier l’article paru dans le Mad de juin, le film coûte 30 millions et pas 40, j’aurais aimé avoir 40 millions mais non...

Mirrors est-il un remake à effet miroir ou se démarque-t-il de l’original Coréen ?

C’est vrai qu’à la sortie de la Colline a des Yeux, on m’a donné un script d’un film dont je ne savais pas qu’il était Coréen vu qu’à l’époque il n’était pas encore sorti. Je n’ai pas accroché au script, je n’ai pas aimé le film original, mais j’ai accroché à la thématique des miroirs. C’est quelque chose de tellement universel, nous avons tous une manière différente de se regarder, d’appréhender le miroir et c’est également quelque chose qui peut nous fait peur inconsciemment, sinon on ne le regarderait pas de cette manière là. Je me suis dit que c’est ça qui fait un grand film d’horreur, quelque chose qui est déjà universel chez les gens et qui n’attend qu’un film pour être cristallisé, pour faire ressortir des choses, et après ne plus te quitter une fois que tu as vu le film. Changer la vision que tu as du miroir en te disant qu’il y a peut-être quelque chose qui va arriver… Donc le deal que nous avons fait avec les studios c’était de nous laisser écrire une histoire en partant du même concept mais de complètement différent. En conclusion, Mirrors n’est pas un remake mais simplement inspiré du film Coréen.

Peut-on dire que Mirrors est un film d’angoisse, différent de vos œuvres précédentes ?

C’est le film le plus gore que j’ai jamais fait ! Oui d’ailleurs j’en ai ras-le-bol parce que j’ai lu sur Internet, alors que le film n’est pas terminé, que Mirrors était déjà annoncé comme un PG-13, un film d’horreur asiatique complètement édulcoré. Ce n’est pas ça du tout, c’est ultra, ultra gore et ultra violent ! Moi, mon idée, c’était d’essayer de faire un film fantastique et surnaturel mais qui serait aussi violent qu’un Shining à son époque. Celui-ci était justement un film où l’on parlait de diable, de fantômes, d’apparitions, de phobies et de paranoïa mais aussi qui y allait quand il fallait choquer. C’était pas The Grudge, Shutter ou autres films de ce genre. Non, quand il fallait montrer quelque chose d’horrible on y allait… Mirrors m’a donné l’opportunité d’inventer des scènes qui ne sont pas réalistes dans la vie mais qui, dès qu’elles sont impliquées avec les miroirs deviennent énormes et surtout extrêmement violentes. Je pense que les gens qui s’imaginent un énième film fantastique avec des miroirs à la place de portables ou de brosses à cheveux vont être surpris (rires) !

Pas de crainte avec la censure ?

Ben, c’était encore une fois un petit combat avec la MPAA, mais moins important que ce que j’appréhendais. On a réussi à avoir pas mal de choses. La bonne surprise c’est que quand la censure américaine considère qu’un film est catalogué fantastique, le gore, n’a pas la même densité. Ils sont beaucoup plus tolérants pour du gore qui vient du surnaturel que pour du gore venant du réel.

Le film bénéficie d’un casting de haut standing : Kiefer Sutherland et Jason Flemyng. Comment s’est passée la collaboration ? C’est la première fois que vous travaillez avec deux aussi grands noms…

De toute façon le film n’aurait pas pu se faire sans eux parce qu’il coûte très cher et est très ambitieux (il y a beaucoup d’effets spéciaux, beaucoup de décors…) mais au contraire, travailler avec Kiefer c’était le même plaisir que de travailler avec Cécile de France. Ce sont des acteurs qui sont tellement professionnels, tellement investis dans le film, tellement prêts à le défendre, en plus d’être exceptionnels dans leur savoir-faire, que c’est un vrai plaisir au final.

Pas trop difficile pour Kiefer de transposer Jack Bauer en Ben Carson ?

C’était extrêmement difficile ! Jack Bauer c’est quand même Kiefer (dans la vie, il a ce même côté) mais moi ce qui m’a attiré chez lui et que je voulais retrouver dans Mirrors c’est son personnage dans l’Expérience Interdite à l’époque où Kiefer avait ce côté beaucoup plus extrême, plus à fleur de peau, beaucoup moins contrôlé qu’un Jack Bauer justement. Quelqu’un qui vit toutes les émotions, mauvaises ou bonnes, jusqu’au bout. Mon travail avec lui c’était donc de faire ressortir cet autre Kiefer d’avant 24h.

Le tandem composé de Grégory Levasseur et de vous est assez complémentaire. Après la phase d’écriture, joue-t-il un rôle dans la mise en scène ?

Complètement ! Il a vraiment pris sa position sur ce film. En tant que producteur il a une vision plus macro alors que moi je suis plus dans le micro.

Que pensez-vous de la polémique sur le film Martyrs en France ? Cette censure est-elle comparable aux States ?

L’Amérique est très dure avec la censure, mais en même temps elle est tellement déséquilibrée. Je veux dire que le R-Rating c’est aussi bien pour n’importe quelle comédie un peu osée que pour La Colline. Ça n’a pas beaucoup de sens de mettre sur un même niveau un langage parlé un peu grossier et de la violence gore ultra violente. Mais tout ce qui s’est passé avec Martyrs en France en classant un film – de 18 ans c’est un peu ridicule. D’abord, quelle est la différence entre -16 et -18 ? L’interdiction -16 en France, elle est bien parce qu’elle ne crée pas une marginalisation du film. En effet, cela n’a pas empêché le succès de la Colline ou Haute Tension par exemple. Donc c’est bien, on a un bon système, mais l’interdiction -18 ans c’est juste une blague.

Pensez-vous que la liberté d’action soit plus importante pour les réalisateurs de genre qui travaillent aux States par rapport à ceux oeuvrant en France ?

Oui. Il y a tout d’abord plus de public pour les films d’horreur aux Etats-Unis. Des films comme The Happening ouThe Strangers sont des succès. Chacun a sa part du lion et fait énormément d’entrées. C’est vraiment le paradis pour ceux qu’ils veulent faire des films d’horreur ici comparé à la France où même en se débattant on ne fait pas plus de 100 000 ou 200 000 entrées maximum, ce qui n’est pas rentable pour un film qui fait plus d’un million de dollars.

Reviendrez-vous tourner en France ? Avec notre compatriote Cécile de France, par exemple ?

Je n’ai pas d’avis. J’irai là où je peux faire les films que je veux faire. Quant à Cécile, elle reste ma meilleure expérience en tant qu’actrice. Elle est géniale, c’est vraiment la meilleure actrice de sa génération.

Ça vous fait quoi, après seulement trois films (sans compter Mirrors), reconnu comme un des nouveaux maîtres du cinéma d’horreur ? Quelles sont vos impressions de faire partie du « Splat Pack »( qui regroupe tous les grands noms du cinéma d’horreur actuels (Rob Zombie, Eli Roth, James Wan etc.) ?

C’est génial ! Je ne vais pas me plaindre ! C’est inespéré ! Nous on vient au genre avec un film comme Haute Tension, qui est lui-même un hommage à tout le cinéma qui nous a donné envie de faire ce cinéma là. On avait cette volonté commune à tous les membres du Splat Pack qui est de revenir à ce côté puriste des années 70 où on était là, pour faire peur, où il n’y avait pas de place pour l’ironie, où on y allait. Et cette envie fut partagée avec justement un public demandeur désirant revoir ce type d’œuvre, créant ainsi une voie royale pour faire les films qu’on a envie de faire actuellement.

Croyez-vous que cette résurgence du cinéma d’horreur des années 2000 tiendra longtemps ou est-ce déjà le crépuscule ?

Je ne sais pas… c’est une question qu’on se pose tous les trois-quatre mois avec d’autres réalisateurs et puis il y a toujours un autre film qui vient et qui relance la machine. Je pense que la 3-D va changer le film d’horreur. Cette nouvelle technologie va amener d’autre standards et que cela va ouvrir une autre époque pour les films d’horreur bien R.

Comme votre prochain film, Piranha ?

Oui ce sera le premier film d’horreur entièrement 3-D. Il y a deux trois ans, quand on a entendu parler de la 3-D, nous nous demandions pendant ce temps là, Greg et moi, comment travailler sur l’immersion, c’est-à-dire impliquer les spectateurs dans les films et leur faire vivre un maximum d’émotions comme dans un cauchemar et leur faire oublier ainsi qu’ils sont entrain de regarder un film. La technologie 3-D fut LA solution, le meilleur outil pour l’immersion la plus totale. Le spectateur devient acteur du film… Je suis vraiment très heureux, parce que là nous sommes en pleine préparation et je vois déjà pas mal de visages et d’essais, nous allons tourné là en septembre, et c’est énorme !

Toujours avec la même équipe ?

Toujours ! Total contrôle sur le film… Je croise les doigts…

Que pensez-vous du succès relatif de votre ami Franck Khalfoun avec son film P2 ?

Je suis très attaché à P2. Nous avons fait le film ensemble et j’aime beaucoup ce film. J’ai été dégoûté par le sabotage marketing horrible qui a été fait dans tous les pays où il est sorti et principalement en Europe, je trouve que c’est une œuvre qui méritait tellement mieux. J’espère que les gens se feront un avis par eux-mêmes quand ils verront le film. C’est absurde de l’avoir massacré ainsi, c’est un film qui devait faire les festivals comme Bruxelles (BIFFF) ou Gérardmer.

Vous en voulez à ces différents médias (blogs, forums, sites) qui contribuent parfois au bide d’un film ?

Oui, c’est dur ! Même si c’est un gosse de 13 ans qui écrit ça à l’autre bout du monde et qui ne sait pas du tout de quoi il parle, ça a la même importance qu’un professionnel qui va écrire un article. Il y a quelque chose de démesuré entre celui qui écrit et l’importance que cela a sur Internet. Mais bon c’est comme ça maintenant, il faut faire avec…

Une chance de vous voir un jour au BIFFF ?

Honnêtement, de tous les festivals que j’ai fait, ça reste mon meilleur souvenir. J’étais venu avec un film (Furia) il y a neuf ans de ça et il y avait cette descente en kayak dans la foule ! Je trouvais ça tellement exceptionnel ! Mais bon, quant à venir, autant en France on garde un certain contrôle sur son film, autant aux Etats-Unis ce sont les studios qui décident de tout. C’est la machine marketing qui décide de tout ce qui se passe…

Vous allez avoir trente ans dans deux mois, quel serait votre plus beau cadeau d’anniversaire professionnel ?

Je l’ai ! Je vais fêter mes dix ans de réalisateur de long métrage en même temps puisque quand j’ai fait mon premier film j’avais 20 ans. Je me pince pour me dire que c’est incroyable ce qui s’est passé, la chance que j’ai eue, les rencontres que j’ai faites... je suis très gâté par la vie…

Le papa doit être content (Alexandre Arcady) ?

Oui, il est surtout très fier.

Il vous conseille encore ?

Oui toujours ! Je lui montre toujours la première version de mon film, une fois qu’on a fini le montage. Il a déjà vu Mirrors d’ailleurs. Ce n’est pas du tout son genre de film et en plus il ne parle pas anglais mais il était impressionné. Il se demande parfois ce qui s’est passé dans mon enfance pour que je fasse des choses aussi horribles (rires)…

Un grand merci, Alexandre...

Commentaires

Impressionant ouais, approcher Aja, c’est un rêve quand même ^^

20 juillet 2008 | Par Dante

Merci à toi jp22...

20 juillet 2008 | Par Damien

quelle belle interview ! merci à vous !

20 juillet 2008 | Par jp22

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