Interviews

Interview - Park Chan-wook

25 avril 2017 | Par : Samuel Tubez

Rencontre avec le génie coréen

Après un passage au Festival International du Film policier de Beaune, le cinéaste coréen Park Chan-wook s’est immédiatement rendu à Bruxelles pour rejoindre l’Ordre des Chevaliers du Corbeau lors du 35e BIFFF. Adoubé dès la cérémonie d’ouverture, ce génie du 7e Art était paré pour déguster durant quelques jours moult Cuvée des Trolls et affronter les fantasticophiles azimutés de Bozar. Humble et accessible malgré une certaine timidité, il n’était pas rare de le voir se mêler au public, farfouillant notamment dans les nombreux DVD et Blu-ray de la boutique de notre ami Richard. Nous avons toutefois pu obtenir un moment privilégié (20 petites minutes) avec ce grand monsieur pour nous entretenir sur son cinéma.
Une rencontre partagée avec un confrère du site Cinephilia durant laquelle le réalisateur consultait des livres d’art pour nous présenter, à l’issue de l’entretien, une représentation de « L’homme des douleurs » du peintre ostendais expressionniste James Ensor, un tableau aperçu dans son chef d’œuvre Old Boy qui l’inspira pour son personnage d’homme séquestré en quête de vengeance…

Sans JSA et son succès commercial en Corée du Sud, votre formidable trilogie sur la vengeance n’aurait peut-être jamais vu le jour…
En effet. Mes deux premiers films (Moon is the Sun’s Dream et Saminjo, N.D.R.) n’ont pas du tout eu de succès, tant critique que commercial. Ce fut un échec total. Donc pouvoir faire un troisième film, c’était pour moi tout à fait miraculeux. J’étais déjà content, d’autant plus que JSA fut un grand succès. C’est la raison pour laquelle j’ai un attachement émotionnel pour ce dernier. En raison du grand succès de JSA, j’ai ensuite pu avoir une sorte de carte blanche pour réaliser le film que je voulais faire. J’ai alors osé faire Sympathy for Mr Vengeance. C’est comme ça que la trilogie a débuté. Chaque film sur lequel vous travaillez est influencé par le précédent d’une manière ou d’une autre. Quand j’ai fait Old Boy, on m’a beaucoup critiqué en me reprochant : « Pourquoi faites-vous toujours des films sur la violence ? » Ce qui n’est pas toujours forcément agréable à voir... J’étais un peu fâché suite à ces remarques et je me suis dit que j’allais faire une trilogie sur cette idée de vengeance et j’ai entamé Lady Vengeance.

Avant Sympathy…, le cinéma coréen ne montrait pas ou très peu la lutte des classes. Or aujourd’hui c’est devenu une constante.
Les réalisateurs sont influencés par leur travail précédent. J’ai fait JSA dans lequel j’ai traité de la problématique de la division, un sujet important en Corée. Après ça, j’ai pensé tout simplement que c’était le bon moment pour aborder le problème de la lutte des classes.

A cette époque vous disiez que les injustices vous mettaient en colère et que vous faisiez du cinéma pour interroger le spectateur sur ces injustices. C’est toujours le cas aujourd’hui ? Etes-vous toujours autant en colère ?
J’ai mûri et la colère présente dans mes films actuels n’est plus la même que celle présente dans Sympathy for Mr Vengeance. Dans ce film j’y montrai une colère directe et crue. Actuellement, ce n’est plus le cas. Je pense que cette colère a muri, un peu comme les grappes de raisin deviennent du vin.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre travail depuis le début de votre carrière ?
Il y a sans doute une évolution globale et je crois surtout que mon intérêt est de plus en plus porté sur la féminité. Chaque fois que je fais un film, je fais de mon mieux pour mener à bien le projet en cours. Je ne sais pas si je peux dire qu’il y a un processus d’évolution réfléchi.

La féminité, c’est donc un thème que vous allez continuer d’explorer ?
Je pense avoir clôturé le premier chapitre. Pour moi Mademoiselle forme une sorte d’apogée à propos de la féminité et du caractère des femmes. Je n’ai pas vraiment l’intention de réaliser ce genre de choses à l’avenir mais je suis en train de travailler sur plusieurs projets en même temps et, dans certains, il y a évidemment des héroïnes au caractère bien marqué. En ce moment il y a beaucoup de scénarios qui émanent des Etats-Unis comprenant des personnages féminins très forts.

A propos des Etats-Unis, plusieurs réalisateurs coréens sont partis tourner là-bas dont Kim Jee-woon (Le dernier rempart) ou Bong Joon-oh plus récemment avec Okja. Que pensez-vous de cette expérience américaine ?
Je dirais que le pouvoir des studios de production aux Etats-Unis est très important, ils sont omnipotents. En Corée, l’industrie cinématographique est en train de se transformer et de devenir comme cela. Heureusement, j’ai un statut plutôt agréable et je suis bien installé donc je ne suis pas trop influencé par les studios. Ce qui est un bonheur. C’était pénible de travailler aux USA (sur Stoker, N.D.R.) en raison de l’interférence du studio mais je me disais que si j’étais là, je devais m’adapter à la situation. C’est comme cela pour tout le monde. Le système américain est comme ça. J’ai donc acquis une certaine patience et j’ai beaucoup discuté avec les studios. Ils proposaient quelque chose alors que j’avais déjà ma propre idée mais, au final, c’était toujours moi qui proposais une troisième idée qu’heureusement, ils aimaient à chaque fois. J’ai beaucoup appris en travaillant là-bas de la sorte. Je me suis beaucoup disputé avec les gens du studio mais, une fois le tournage terminé, on a tous pleuré et fait des câlins (rires).

Parmi tous les détails que vous mettez en scène on constate (presque) toujours la présence d’animaux (une chouette dans JSA, des araignées dans Stoker, la pieuvre dans Old Boy ou encore le poulpe, renforçant la dimension érotique de Mademoiselle,…). D’où cela vient-il ? En quoi est-ce important d’inclure des bêtes dans votre mise en scène ?
Si je parle des objets ou de l’architecture, il n’y a pas de vie. Par contre, les animaux et autres êtres vivants se situent au milieu, entre les humains et les objets. Les choses vivantes comme les animaux, peuvent montrer ce que les humains et les objets ne possèdent pas. Ça peut donc être intéressant de montrer leurs propres particularités.

Pouvez-vous nous parler de votre projet de film de SF co-produit aux Etats-Unis, Second Born ? Est-il toujours d’actualité ?
Il fait partie des 4 ou 5 projets que je suis en train de suivre. Parmi ceux-ci, il y a des projets américains et coréens. Le scénario de Second Born n’est pas encore finalisé et l’investissement n’est pas confirmé donc je ne peux encore rien garantir à ce stade. Mais c’est en travail…

Propos recueillis par Samuël Tubez
Merci à Jonathan Lenaerts ainsi qu’à l’équipe du BIFFF.

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