Critique de film

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Interstellar

"Interstellar"
affiche du film

Le film raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire.

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Trailer - Interstellar (2014)
Par : Samuel Tubez

Les critiques à propos de ce film

Critique de Interstellar - Introspection spatiale
Par : Nicolas Hainaut

Lorsqu’il évoque Interstellar, Christopher Nolan avance qu’il s’agit d’un film consacré à l’être humain, aux relations unificatrices autant sociales qu’affectives. En s’entourant du théoricien-physiciste Kip Thorne afin de concevoir le film, Nolan et son frère, Jonathan (co-scénariste de tous ses films), semble faire prévaloir l’atout de la science en tant qu’instance narrative. Le scénario regorge de dialogues qui reposent sur des concepts physiques, venant s’incruster à un récit déjà bien encombré.

Tout commence dans un futur pas si lointain. Notre planète terre est dévorée par la sécheresse, laissant derrière elle une matière aride. La poussière envahit les champs, les habitations, annonçant hâtivement la transformation de l’environnement terrestre en un désert grandeur nature. Les financements pour les recherches spatiales sont bien entendus gelés au vu de l’investissement colossal requit pour l’alimentaire. C’est sans compter sur l’expérience, et la folie, de l’ancien pilote spatial Cooper, interprété par Matthew McConaughey, intriguant mais trop répétitivement larmoyant. A la suite d’un crash, ce dernier se recycle dans l’agriculture, dernier secteur de ressource alimentaire, toutefois également voué à disparaître. Dans cette première partie de film peu convaincante et assourdissante (les mélodies constantes et lourdes de Hans Zimmer), Nolan développe le lien affectif profond qui lie le fermier-cosmonaute à ses enfants, sa fille Murphy (interprété par Mackenzie Foy, Jessica Chastain et Ellen Burstyn, selon l’âge du personnage) et son fils Tom (Timothée Chalamet et Casey Affleck, idem).
Après avoir découvert un laboratoire de la NASA, financé secrètement par l’Etat (l’inévitable paranoïa américaine), Cooper est envoyé en mission par son ancien mentor, le docteur Brand (Michael Caine, dans une partition linéaire et froide). Accompagné de la fille de Brand, Anne Hathaway (dans la lignée du jeu de Caine), et de deux autres experts, dont le revenant Wes Bentley, Cooper doit parcourir l’univers afin d’emprunter un trou de verre menant à une autre galaxie composée de douze planètes potentiellement colonisables. Trois d’entre elles vont être visitées, chacune accueillant un chercheur-astronaute envoyé prématurément en repérage, une mission suicide commanditée par le courageux Docteur Mann (Matt Damon).

Sans prendre le temps d’exploiter son environnement visuel, d’expérimenter une quelconque forme de contemplation, Nolan brosse un portrait intéressant mais brouillon de la conquête spatiale. Le climat atmosphérique ne semble jamais en mesure d’être pleinement développé et se limite à quelques évasions aériennes. Frustrant. D’autant plus que, lorsque Nolan semble enfin décidé à s’évader de représentations trop terre à terre (chaque planète exploitée rassemblent des éléments terrestres - planète d’eau, de glace) en plongeant Cooper dans une intense descente interstellaire, il ne peut s’empêcher de tomber dans une forme de contrôle qui ne permet jamais au spectateur de s’évader. Perdu dans une autre dimension, c’est de manière surprenante le lien à l’amour, au lien familial qui prédomine. Abordé par un monologue du docteur Brand, la fille, qui loue les vertus du lien amoureux en tant que propriété transcendante, l’amour est élevé au rang d’instance suprême et prémonitoire. Il s’agirait d’un concept physique encore incompris, qui garantirait une forme de savoir pure et objectif.
Nolan brouille les pistes d’Interstellar et impose traitements de notions physiques, de concepts scientifiques, et représentations constantes du lien à l’être aimé (les messages-vidéos des enfants), via le lien familial, aux sentiments qui oppriment constamment l’homme, même perdu dans l’espace. Découlant du lien affectif, le rapport à la confiance se révèle être un des motifs majeurs abordés par Nolan et son frère. L’utilisation du personnage de Matt Damon, décrit comme le plus grand sauveur de l’humanité, qui se révèle en être le plus ignoble des salauds, illustre grossièrement l’idée de confiance manipulée et trompée. Tout comme le lien qui unit Cooper au docteur Brand, le père, dont les promesses se révèlent être démesurément trompeuses (celles d’un espoir vain). Et le départ de Cooper n’est-il pas conclu par une promesse de retour tenue à sa fille, qui ne cesse dès lors plus de douter, de remettre en question la confiance qu’elle lui accorde malgré elle ?

Bien que le parallèle semble inévitable, Gravity s’impose comme le contre-pied idéal au film de Christopher Nolan. Le récit spatio-initiatique de Alfonso Cuaron se révélait être un parfait mélange entre, d’une part, émotions, rapports à l’être humain via l’absence, le souvenir, et, d’autre part, contemplation, exploitation d’un univers visuel singulier, poétique, propre à l’immersion. Interstellar n’est pas dénué d’intérêt et repose sur des intentions louables, une odyssée spatiale consacrée à la volonté de survie perpétuelle de l’être humain trompé par sa nature propre et égoïste. La démarche de Nolan se révèle cependant être bien trop lourde et conjugue sérieux absolu et contrôle total de son audience. Le spectateur ne bénéficie jamais de marge de liberté, de temps morts, qui auraient permis à Interstellar de jouir d’une aura plus héroïque mais nettement moins confortable.


Critique de Interstellar - S.O.S. de Terriens en détresse
Par : Nicolas Zinque

La méthode Christopher Nolan est bien connue : ancrer ses histoires dans un réalisme, quand bien même leur sujet les rapprocherait du fantastique ou de la science-fiction. Le scénario d’Interstellar (rédigé dans un premier temps par son frère, Jonathan, quand Steven Spielberg occupait encore le poste de réalisateur) est donc idéal, puisque développé sur base des travaux du physicien renommé Kip Thorne, auteur d’ouvrages sur la gravitation et sur les trous noirs. Accompagnant le récit tout au long de son développement, il est le garant de l’exactitude scientifique du film. Sa présence a été fortement mise en avant (bon coup marketing !), mais son apport est certain : pendant près de 3h, le spectateur a l’impression d’assister à une authentique mission spatiale (même si bien entendu, fiction oblige, certaines libertés sont prises). Les effets spéciaux, impressionnants, contribuent également à ce réalisme. S’opposant à l’évolution du milieu, Christopher Nolan privilégie les effets de plateaux et tourne le strict minimum sur fond vert. Une bonne chose, même si quelques plans sont curieusement mal truqués (des maquettes visibles). Point de vue sonore, le réalisateur reprend également la trouvaille de Gravity, avec une alternance entre des silences et l’ample musique d’Hans Zimmer. Tout est donc fait pour que Cooper nous emmène avec lui dans sa mission, à des milliards de kilomètres de la terre.

Pour quoi faire ? Sauver l’humanité, pardi ! Partant d’une vision pessimiste (réaliste ?) de notre avenir, Nolan présente une terre en phase terminale, sans espoir de guérison. Le réalisateur prend son temps (45 minutes) pour exposer la situation et ses enjeux, pour ancrer ses personnages et mettre en place les éléments nécessaires au développement du récit. L’occasion d’admirer l’excellent travail de caractérisation dont bénéficie Cooper : au-delà de ses discours, le personnage sait se montrer intéressant par sa débrouillardise et par ses actions. Cette exposition pourrait paraitre longue, mais elle ne l’est pas. Au contraire, elle est une merveille de concision, évoquant par une situation particulière l’état du globe terrestre. Cette capacité à lier le destin d’un individu et celui de l’humanité est l’une des réussites du film.
Après une transition un peu trop brutale, qui voit Cooper retrouver son statut de pilote de l’élite, Interstellar décolle et s’élance dans son épopée spatiale. Se détournant d’une réflexion poussée sur l’avenir de l’humanité, il se transforme alors en un récit d’action et d’exploration. Le découlement différent du temps entre la mission et la terre devient le ressort principal du suspense. Nolan nous rappelle le côté sombre de ce rêve que beaucoup d’entre nous avons et les sacrifices inhérents à un tel voyage. Des années pour atteindre la destination, avant de devoir explorer une planète sur laquelle 1h équivaut à 7 ans sur terre ! La moindre seconde gaspillée, la moindre erreur est synonyme d’années- peut-être vitales- perdues dans cette course contre la montre. Pour sauver l’humanité mais, surtout, pour revoir sa famille vivante.
Contrairement à ce que l’on pouvait penser, le réalisateur ne s’engage donc pas vraiment sur un chemin « philosophique ». On peut s’en plaindre, mais ce manque de profondeur reste tout de même relatif, au vu de son statut de blockbuster (si tous les films à gros budgets pouvaient être aussi « superficiels »…). D’autant plus que l’action est de qualité, avec une accélération progressive et un dernier acte asphyxiant, lorsque le destin des astronautes et des personnages restés sur terre se rejoignent, dans l’espace et dans le temps. Le final, troublant, verse dans la science-fiction pure et dure. Comme Inception (mais en plus poussé), il suscite déjà son lot de débats et de théories, visant à expliquer ses incohérences (mais en sont-elles vraiment ?). Difficile de trancher : Nolan est-t-il un maître de l’entourloupe qui cache les errements narratifs de son script derrière une résolution mystérieuse ? Ou a-t-il lui-même une théorie secrète pour l’expliquer ?

La (science-) fiction spatiale vit de beaux jours. Un an après l’époustouflant Gravity, c’est au tour d’Interstellar de nous entrainer dans une épopée riche en action et en émotion. Certes, le scénario est moins novateur qu’espéré, mais il surprend, positivement, par ses autres qualités et par ses personnages. Repoussant une nouvelle fois ses limites, Nolan livre un film à la fois intelligent et explosif, qui combine rigueur scientifique et récit populaire (dans son sens le plus positif).


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