Critique de film

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Il était une fois le diable - Devil Story

"Il était une fois le diable - Devil Story"
affiche du film

Un jeune couple tombe en panne de voiture lors d’un voyage en Normandie. C’est pour eux le début d’une terrible malédiction qui les verra croiser le chemin d’un serial killer nazi, d’une momie, d’un bateau zombie et d’autres envoyés du diable!

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Trailer - Il était une fois le diable - Devil story (1985)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Devil story - Le Saint-Graal du Nanar
Par : Fred Pizzoferrato

Mythique long-métrage de l’Histoire du cinéma français, Devil Story se trimballe, depuis un quart de siècle, la réputation d’être le « plus mauvais film d’horreur de tous les temps ». Si la vision de certains classiques du Septième Art déçoit, l’édition en dvd de Devil Story prouve, par contre, que l’œuvre de Bernard Launois n’a pas volé son statut. Premier et, à l’heure actuelle, unique « film de momie » normand, le gloubi-boulga indigeste de l’auteur des immortels Sacrés gendarmes et autre Touche pas à mon biniou accumule, avec une désinvolture désarmante, toutes les bourdes possibles au point d’en devenir pratiquement surréaliste et fascinant.

L’intrigue, ou plutôt l’argument, débute dans une forêt dans laquelle nous suivons un type au visage de monstre ridé portant un uniforme nazi (joué par Pascal Simon, alias Pascal Launois, le propre fils du cinéaste) qui déambule en grognant. Sa première victime est une fille (ce qui est précisé par le commentaire audio car la jeunette ressemble surtout à un garçon) venue camper en forêt. Le serial killer tue la sautillante demoiselle puis part poursuivre ses méfaits et supprime gratuitement deux quinquagénaires innocents (Bernard Launois et son épouse). Peu après, un jeune couple venu de Floride (!) se perd dans la région et, suite à une panne de voiture, arrive, non pas au manoir de Frank N Further, mais bien dans un hôtel sinistre, ce que souligne l’utilisation répétitive du fameux « Toccata et Fugue en Ré Mineur » de Jean Sébastien Bach. Les propriétaires du lieu se mettent immédiatement à raconter aux amoureux les horribles histoires qui se sont déroulées dans la région deux siècles plus tôt. Les récits impliquent des naufrageurs ayant fait échouer un navire, lequel revient, un peu plus tard, sous la forme d’un bateau zombie (une première !) s’extirpant de sa gangue rocheuse. La suite de Devil Story échappe définitivement à tout contrôle et résiste à l’analyse mais implique, pèle mêle, la mère du tueur en série nazi, une momie ressuscitée, un cheval noir personnifiant Satan, une jumelle morte vivante de l’héroïne et un chat maléfique au rôle indéterminé.

Incompréhensible, ridicule, stupide, Devil Story a été tourné avec des bouts de ficelle et le résultat final constitue un incroyable nanar dans lequel chaque scène est étirée au-delà des limites du supportable. « Un enfant qui tape sur un tambour trouve ça génial et ne s’arrête pas » déclare un des intervenants dans les bonus pour justifier la manière de filmer de Bernard Launois, lequel cadre un monstre vomissant du sang durant trois minutes ou un vieillard agoniser durant un temps incalculable. Durant les trois quart du trop long métrage, ce même papy tente d’abattre un cheval apparemment possédé par le Diable. D’où des plans répétitifs de l’acteur tirant sans jamais s’arrêter tandis que l’étalon galope en contre champ. Le procédé épuise les plus patients et n’apporte strictement rien à une intrigue totalement obscure que même David Lynch ne saurait sans doute pas expliquer. Mais Devil Story bouleverse par sa naïveté comme si, à chaque prise, le cinéaste découvrait les merveilles du cinéma et ne voulait jamais stopper sa caméra, emporté par sa fougue enfantine. Lorsque le sang gicle d’une blessure, par exemple, Launois ne s’en détourne pas mais, au contraire, s’y attarde durant une bonne minute en dépit de trucages rudimentaires et de comédiens calamiteux. Cette joyeuse complaisance rappelle, d’ailleurs, les exactions d’Antoine Pellissier, le bien connu Dr Gore. Mais Devil Story a l’excuse du manque de moyen et l’obligation de garder la première prise, même ratée, comme en témoigne ce passage digne de « Red Is Dead » des Nuls où le monstre se prend les pieds dans les fils d’une tente de camping. Fou rire assuré ! Or, des prises ratées, Devil Story en regorge et, comme disait l’autre, « on dirait que Launois y a mis tous les rushes ». Bref, le film réussit l’exploit de se suivre sans recourir à l’accéléré et sa nullité incroyable (à côté de ça des nanars réputés comme Virus Cannibale ou Le Clandestin apparaissent comme des chefs d’œuvres !) le sauve de l’ennui. Devil Story permet, également, de réévaluer toute l’Histoire du Cinéma car aucun film n’approche cette grandiose pureté dans le n’importe quoi généralisé.

Le chroniqueur de Nanarland, éditeur du film, terminait sa critique de Devil Story par cette sentence superbe : « Un peu comme le monolithe noir de « 2001 Odyssée de l’espace », on devine que l’humanité n’est pas encore prête d’en percer tous les secrets. Et peut-être cela vaut-il mieux ainsi... ». Laissons lui le mot de la fin et invitons tous les cinéphiles déviants à découvrir le Saint Graal du Nanar, le Mètre-étalon de la nullité, la Huitième merveille du Z… Devil Story. Un film français ! Parfaitement !


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