Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Snuff à la coke
Remis sur le devant de la scène par les succès successifs de Témoin muet (Anthony Waller), de 8mm (Joël Schumacher) et de Tesis (Alejandro Amenabar), le snuff movie reste plus que jamais un tabou inavouable, même dans les milieux les plus pervers de la pornographie brute et crasse. Pourtant, ces uniques plans-séquences filmés de manière instable au fond d’une cave continuent d’alimenter les légendes urbaines et de hanter les marchés clandestins de la vidéo pour
trouducuteux en quête d’extrême. Evidemment, le cinéma d’exploitation horrifique ne pouvait passer à côté du phénomène et les pellicules comportant de pseudo meurtres et de vraies exécutions animales pullulent sur les rayons empoussiérés des vidéoclubs insalubres. Plus grand exemple, la série des Guinea pig a fait son chou gras de ces fausses mises à mort aux détails anatomiques macabres. Plus accessibles et moins onéreuses, les plate-formes vidéo regorgent de morceaux amateurs présentant tantôt des lynchages publics, tantôt des exécutions écoeurantes (Nick Berg et Saddam Hussein, en tête) tantôt de vagues humiliations de rues tout aussi abjectes puisqu’elles flirtent avec une semblable soif de voyeurisme.
Conscient de ce changement de mentalité, le réalisateur Shane Ryan réalise en 2007 son premier long-métrage, intitulé Amateur porn star Killer, plus connu sous l’acronyme APSK. Complètement amateure, la bande propose un spectacle extrêmement réaliste qui s’inscrit complètement dans la lignée du snuff puisque l’essentiel du métrage offre en pâture une jolie donzelle qui entretient un dialogue avec un caméraman invisible qui l’insulte, l’humilie et la châtie à tour de bras. Une œuvre qui se veut le reflet d’une société en pleine dérive qui salive devant l’intensité de l’expérience, une main dans le caleçon, tout en vêlant, l’autre poing tendu, sa haine à l’égard des téléréalités et des journaux à scandale. Depuis la création d’Internet, les vidéastes amateurs qui mettent en avant les galbes de leur chérie ou d’obscures inconnues a décuplé et la crédulité des futures stars de l’écran ne cesse d’atteindre des abysses devenues depuis insondables. Amateur star porn killer, malgré sa construction lassante, possédait au moins ce mérite de révélation, tout en entretenant une impression de réalité
d’autant plus efficace que la pellicule ne se voyait jamais obscurcie par des effets gore outranciers. Malgré un succès quasi immédiat sur la Toile, le film de Shane Ryan ne trouve dans un premier temps pas de distributeur pour le marché DVD auquel l’œuvre était pourtant initialement destinée. Injustement estampillé porno (l’érotisme ne dépasse pas le cadre d’Aphrodisia) ou étiqueté horreur (autant de sang déversé que dans le Massacre à la tronçonneuse de Hooper), Amateur porn star killer franchit finalement doucement le cap, au point qu’un deuxième volet soit mis en chantier courant 2008. Un deuxième volet qui explore plus profondément encore le personnage de la séquestrée au détriment de l’inaltérable "tueur invisible" incarné par le réalisateur.
Invariablement, des actrices inconnues et inexpérimentées, des connaissances du cinéaste, relèvent le défi proposé par Shane Ryan et subissent ses outrages durant quelques heures non-stop sous l’œil avide de la caméra qui continue de tourner quoiqu’il advienne. Aux Michiko Jimenez et Kai Lanette des deux premiers opus succède, pour cette nouvelle cuvée 2009, l’actrice adulte professionnelle Regan Reese, vue dans une cinquantaine de films de boules auparavant. Une véritable aubaine pour Ryan, alors en plein désarroi devant le refus perpétuel d’actrices qui craignent que la pellicule nuise à leur image. « Cela prend deux heures de tourner un de ces films mais des mois pour
trouver des gens qui veulent y figurer » avoue le réalisateur, bien conscient de la difficulté de l’entreprise et de la bizarrerie du projet pour les néophytes. Car son étiquette de « spécialiste du viol » lui colle à la peau et l’idée de rester enfermée pendant des heures dans une pièce avec un tel « obsédé », qui simule viols et corrections et tourne en rond, sa caméra à l’épaule ne réjouit généralement pas les postulantes. Le déclic aura finalement lieu lors d’une partie Troma au cours de laquelle Ryan rencontre le producteur Ron Jeremy qui le met en contact avec Matt Zane, autre messie du cinéma adulte, lequel lui présente Regan Reese.
Cerise sur la gâteau, la jeune actrice aux formes ravageuses figurera également dans le dernier volet de la franchise, intitulé Amateur porn star killer 3D. Cette dernière volée se posera comme une parodie de la trilogie dans son entièreté sous forme d’expérience stéréoscopique qui compte sur son gimmick du relief pour engranger un beau score au niveau des ventes (les lunettes accompagneront le DVD). Le voyeur n’aurait-il donc pas encore tout vu ?
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