Critique de film

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Hommes, porcs et loups

"Ôkami to buta to ningen"
affiche du film

Un truand solitaire cherche des hommes pour dévaliser un gang puissant et respecté.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Hommes, porcs et loups - La ferme des animaux
Par : Seb Lecocq

On connaît bien sur Kinji Fukasaku pour Battle Royale. Il est triste de constater que l’un des réalisateurs japonais les plus importants de la deuxième moitié du siècle dernier ait dû attendre son dernier film pour être enfin (re)connu en Europe, hors du milieu des asiatophiles. Pourtant, Fukasaku s’est très vite imposé comme le maître du yakuza eiga ou du polar à la japonaise en révolutionnant le genre dès le début des années soixante. Avec son premier film de yakuzas, Hommes, Porcs et Loups, réalisé en 1964, Fukasaku établit sa bible, pose les bases de son cinéma sur la table. En à peine une heure trente, il installe les fondations de toute sa filmographie. Tout est déjà là, en germe, tant au niveau des thématiques, des personnages que de la mise en scène. Regarder Hommes, Porcs et Loups, c’est contempler la venue au monde d’un homme. C’est regarder Kinji Fukasaku faire sien le yakuza eiga.

Sur le pur plan de l’intrigue, rien de vraiment novateur : le récit raconte l’histoire de trois frères, Ichiro, Jiro et Sabu, voyous à des degrés divers qui essaient de gravir les échelons de la criminalité pour sortir du bidonville dans lequel ils vivent avec leur mère. Quelques années plus tard, à la mort de leur génitrice, ils se retrouvent tous les trois impliqués dans le vol de quarante millions de yens appartenant au gang le plus puissant de la ville auquel appartient Ichiro qui va, évidemment, tenter de récupérer cet argent. A la suite du hold-up, tout le monde va se retrouver dans un bâtiment perdu au milieu du hangar. Sans l’argent mais avec beaucoup de violence et de tortures (coucou Tarantino…), Ichiro tente de récupérer l’argent et de préserver ses frères. Inutile de préciser, quand on connaît le gaillard derrière la camera que tout ne va pas se passer sans heurts. Si le scénario est somme toute assez classique, ce qui est novateur pour l’époque c’est le ton du film, sa violence sèche qui fait encore mouche aujourd’hui et son nihilisme radical. Fukasaku envoie valdinguer le mythe des gangsters magnifiques, héros valeureux dignes descendants des anciennes traditions médiévales héritées des samouraïs. Pour le metteur en scène, les yakuzas ne sont que de viles crapules sans manières, affublées d’un sens de l’honneur à géométrie variable.

Fukasaku adopte un point de vue nihiliste qui sera le sien durant toute sa carrière. La fin du métrage est sans espoir, tout le monde sort perdant de cette course à l’argent, les morts comme les vivants. Le titre Hommes, Porcs et Loups résume, en trois mots, la façon dont Fukasaku perçoit ses personnages. A la fois porcs, il suffit de voir l’endroit et la façon dont ils vivent, loups de par leur appât du gain et enfin hommes lors d ‘un dernier sursaut d’honneur. Sont déjà présentes dans ce film les trois figues type du cinéma du réalisateur nippon. La petite frappe tête brûlée et avide d’ambition (Sabu), le petit yakuza qui rêve de grandeur (Jiro) et le yakuza désabusé soumis aux ordres de sa hiérarchie (Ichiro). Ces trois personnages sont au centre d’un déferlement de violence rarement vu à l’époque. La violence est sèche et brutale et s’exprime notamment pendant de longues séances de tortures à base d’étau, de ceintures et de briques qui vont vite virer au viol. Plus besoin de se demander pourquoi Fukasaku voit les hommes comme des porcs.

Esthétiquement, le film pose les fondations du style Fukasaku avec une narration basée sur des arrêts sur images, des freeze frames de l’action, des plans décadrés, des zooms et un découpage très moderne, des scènes de combats rythmées par des sonorités jazz. A ce titre, la scène du vol dans l’aéroport fait figure de moment de bravoure pratiquement inégalé dans sa longue carrière. Hommes, Porcs et Loups n’est qu’une longue descente aux Enfers nihiliste et violente (la dernière séquence est ahurissante de noirceur) mise en scène avec brio par un réalisateur encore jeune mais déjà pétri d’un immense talent. Tout Fukasaku est là, maitrisé à la perfection pour ce qui s’avère être un des fleurons de sa filmographie. Un film en forme de profession de foi pour Fukasaku qui marque véritablement son entrée dans la cour des tout grands du cinéma japonais et mondial. Un petit chef-d’œuvre de la série B.


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