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HALLUCINATIONS COLLECTIVES - Ouverture

5 avril 2012 | Par : Seb Lecocq

The Raid

Comment un jeune réalisateur gallois exilé en Indonésie a-t-il pu mettre à genoux toute la communauté, pourtant exigeante, des amateurs d’action, de tatane, de violence, d’asiateries en tout genre et, plus généralement, de cinéma au sens large ? Tout simplement en mettant en scène The Raid ou l’histoire d’une troupe d’assaut de la police indonésienne chargée d’exfiltrer un baron de la drogue et de nettoyer l’entièreté d’un immeuble de la racaille qui y pullule. Pour cela, c’est très simple, tous les coups et toutes les armes sont permises. Sur un postulat de base on ne peut plus plus classique, Gareth Evans va construire une véritable ride d’action, de violences et de bastons. Une orgie de coups de lattes dans la gueule, une overdose de gorges tranchées, un festin de fusillades. A ce niveau ce n’est même plus un film, c’est Bacchus au pays de la bagarre. Misant une grosse partie de son film sur le rythme, il ne faut guère patienter plus d’une toute petite dizaine de minutes pour que l’équipe de Robocop indonésiens ne se mette en action. Et quelle action mes amis, quelle action ! Piégée et coincée à l’intérieur par une horde d’hommes de main armés jusqu’aux dents, la bleusaille va très rapidement se retrouver décimée et réduite à sa plus simple expression. C’est à ce moment très précis qu’Iko Uwais entre en scène.

Expert du silat, il l’a prouvé dans le déjà très réussi Merantau, Iwais, sous l’impulsion de son réalisateur pousse son art martial dans ses derniers retranchements et se diversifie en y intégrant armes à feu, armes blanches et tout autre objet pouvant servir de projectile. A ce propos, les scènes d’action redoublent d’inventivité et fourmillent d’idées plus tarées les unes que les autres afin de mettre son héros dans la plus mauvaise posture qui soit. L’action est omniprésente et se trouve au centre du film. Passé la première demi-heure, on cesse de compter les moments de bravoure et on se contente de vivre le film, les yeux en sang, les mains moites et la mâchoire décrochée devant tant d’inventivité, de brutalité et de violence orchestrés par son gallois de réalisateur. Il serait impossible de lister ici tous les moments de bravoure que recèle le film mais on mettra malgré tout en exergue le combat final long d’une bonne dizaine de minutes qui est tout simplement hallucinant. Une séquence qui, à elle seule, nécessita une semaine entière de tournage. Elle constitue le point d’orgue du final et se permet, en sus, le luxe de régler les enjeux installés par le scénario.

The Raid ce n’est pas non plus que de l’action brutale, sauvage, violente, gore et décomplexée (le film sera d’ailleurs interdit au moins de seize ans en France et en Belgique). Evans trouve le moyen d’y placer quelques moments de tension pas piqués des hannetons lors d’une séquence hallucinante sise à l’intérieur des combles d’un appartement. The Raid joue et fait mouche sur plusieurs niveaux. L’action, omniprésente et véritable cœur du film, la tension créant des cassures dans le film et posant une vraie ambiance tendue et délétère mais aussi l’interprétation des acteurs qui rendent crédible ce jeu de massacre et offrent une âme au film. Sans en faire des tonnes, Iko Uwais se montre meilleur comédien que ses collègues rois de la tatane et parvient sans grande peine à rendre son personnage attachant et permettant de fait au spectateur de s’y identifier dès le début du film. On suivra le film avec lui, on souffrira avec lui, on flippera avec lui, on pleurera avec lui, on frappera avec lui. Autre personnage emblématique de The Raid : Mad Dog, le bad guy sosie du légendaire Al Leong qui s’imposera comme la parfaite Némésis de notre héros lui volant même la vedette lors d’une scène de combat anthologique. Je vous rassure elle le sont toutes.

Ce qui différencie The Raid des tas d’autres films de frappe, c’est bien entendu son caractère extrême, rarement un film martial n’avait été aussi violent, mais aussi le talent de metteur en scène de Gareth Evans qui ne cède pas à la facilité et laisse le temps aux comédiens de démontrer leurs capacités en laissant les plans durer le temps de plusieurs enchainements de coups rompant avec cette frénésie du cut en vogue dans le cinéma d’action américain. Evans, conscient du potentiel de son film et du niveau de ses artistes martiaux, leur laisse toute latitude en créant (il est co-chorégraphe avec Iko Uwais et Yahyan Ruhian) des situations et des combats d’une extrême violence et d’une grande variété leur permettant de s’exprimer à 100%. Le jeune Gallois évite aussi le piège du tout action bas du front en ornant son film de vrais enjeux dramatiques et de légers atours politiques justifiant au mieux la situation de départ et le dilemme de certains personnages.

Au niveau des points négatifs - très légers, on retiendra un score passe-partout et balourd, surtout lors des combats. Si on veut chercher la petite bête et se montrer hyper-pointilleux on dénotera une direction photo à la qualité un peu aléatoire et un montage par moments légèrement trop shaky ou cut, surtout en début de métrage. Passé la première demi-heure tout le monde trouve son rythme de croisière et tout revient dans l’ordre. The Raid entre autres innombrables qualités possède ce très sympathique effet madeleine de Proust, rappelant via son côté paroxystique et over the top les meilleurs moments du cinéma d’action hongkongais des années 80 qui ont bercé l’enfance des amateurs de film de tatane dans mon genre.

Vous l’aurez compris, The Raid tient toutes ses promesses en matière d’action mais ne tombe pas dans le piège du tout action gratuit sans aucun contenu derrière en y ajoutant une petite trame et quelques dilemmes moraux, sans toutefois faire du Bergman. Evans s’inspire du jeu vidéo avec une progression en niveaux à la difficulté croissante typique du beat’em all eighties pour offrir en pâture aux fans de bagarres en tout genre le film qu’ils attendaient depuis Ong Bak. The Raid, s’il s’en inspire n’est pas le nouveau A toute épreuve ni le nouveau Time and Tides (mètre-étalon insurpassable du genre) mais s’impose facilement comme un gros moment de pellicule hyper joussif, violent, brutal, sauvage, maitrisé de bout en bout et foutrement bandant. Cherchez pas, on n’a pas fait mieux depuis un bon moment et on ne fera pas mieux avant la suite dont le tournage débute en janvier. Bref, en un mot comme en cent, The Raid nique tout.

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